Un petit soldat de leur armée de l’ombre.

Ilias KASIDIARIS, porte-parole de la droite extrême grecque poursuit la chaîne privée TV Station Antenna pour détention abusive. Il avait été enfermé dans une des pièces afin de le neutraliser après la violente agression qu’il avait commise. Il avait réussi à sortir de cette pièce en cassant la porte. Il porte plainte aussi contre ses deux victimes: « I have come to the prosecutor today to file a lawsuit against Mrs Kanelli and Mrs Dourou for unprovoked defamation » déclare-il.

Voici les images de l’agression :

Les deux victimes sont Rena DOUROU, députée gauche radicale au parti Syrizia & Liana KANELLI, une députée communiste chevronnée.

Cette attaque est exemplaire de la violence masculine comprise comme protocole de guerre de classe contre les femmes.

1) agression d’une femme, pour la faire taire quand elle affirme une position qu’il lui suffit de prendre en compte (l’entendre tout simplement, sans persister à l’ignorer comme on le fait d’un bruit parasite).

2) tentative par une seconde de la défendre ;

3) réplique disproportionnée car décuplée de monsieur face à l’opposition d’une femme et face à la solidarité féminine ;

4) il porte plainte contre ces femmes pour l’avoir provoqué.

Je souligne la précision avec laquelle cet homme porte les coups, la maîtrise parfaite malgré la colère dont certains diraient qu’elle le « dépasse ». En fait, la socialisation à la virilité (dont l’armée est la quintessence) soude la colère à la maîtrise et au calcul de l’attaque, alors que la féminité est non seulement contraire à la colère (la rend illégitime) mais en plus la rend ridicule et infondée, nous jetant dans la perte de moyens, l’impuissance acquise, la défense désordonnée et la culpabilité.

Sa plainte : il démontre le « pouvoir de nommer » dont parle Andrea Dworkin dans « Le Pouvoir » : même le flagrant délit, la réalité indubitable étalée aux yeux de tous, doit plier devant la version dominante qu’en énonce un des représentants légitimes du discours de vérité.

Je me rappelle les coups qu’avait portés JM Le Pen à une journaliste : la même fulgurance, la même intention déterminée, et la précision des gestes qu’elle leur donne, la même arrogance après les faits.

Pour notre sécurité et celle des femmes, nous devons comprendre, profondément, intuitivement, quelle violence est au coeur des agressions masculines envers nous :

– elle est précise, préméditée en un instant et administrées sans un doute, car elle s’appuie sur un protocole commun d’agression, partagé entre eux dès l’enfance ;

– elle est unilatérale et disproportionnée, révélant un réel monopole de la violence armée, car elle est organisée et bénéficie d’une légitimité sociale absolue ;

– elle peut être fulgurante, et intégrée immédiatement à l’être-là de l’agresseur, sans rupture de personnalité, car les sentiments qui la font exploser sont communs entre eux, enracinée dans l’identité virile et latents socialement de manière permanente : * haine pour la résistance vivante que nous opposons à leur projet de destruction  * mépris pour les êtres subalternes et serviles à quoi ils nous réduisent  * sentiment de propriété et rapport instrumental à nous, bases indiscutables des intéractions, incontestables, surtout pas par une subalterne  * impunité totale.

Rejetons tous les clichés qui justifient la violence masculine : Oui ça peut arriver en une seconde. Oui il était normal juste avant et juste après. Non il ne se sent pas coupable car cela lui paraîtrait à un moment illégitime. Non il n’a pas conscience que c’est grave car il verrait que cela a blessé un alter-ego. Oui, l’explication par la provocation est fausse : * d’une part, les seuils de tolérance à la provocation sont inversement proportionnels entre hommes et femmes : les hommes se sentent provoqués par les femmes quand, comme tout subalterne, elles incarnent la vision que les dominants ont d’elles et leur imposent (être « Femme ») et quand elles existent en dehors du contrôle partiel ou total de leurs tuteurs existentiels (réfléchir sans citer un homme, parler sans demander l’autorisation, s’opposer sans s’excuser et sans nier sa légitimité, etc.). Alors que les femmes ne se sentent jamais provoquées à la violence par les hommes ; or leurs provocations sont permanentes et systématiques : banales ….. agressions verbales (humour, allusions, commentaires, dénigrement, sabottage de la légitimité, empêchements de penser et de parler), agressions physiques (intrusion corporelle, utilisation cynique) ; ou saisissantes, afin de ponctuellement rappeler qui détient le pouvoir ….  simulacres d’agression (sous couvert d’humour ou de sexualité), humiliations publiques, mises en danger matérielle (économique, profesionnel, psychique, etc.). * D’autre part, on ne peut pas analyser par une dynamique duelle (provocation/réaction) ue situation de violence unilatérale. La réplique disproportionnée, en tant qu’elle démontre un monopole des moyens de la terreur, évacue cette analyse et nous situe au plan de l’analyse de la stratégie de l’agresseur, dont l’explosion finale n’est qu’un élévement du degré de violence face à l’échec d’une stratégie antérieure de contrôle et de maltraitance. Que l’on pense, à un niveau géopolitique, aux « conflits » qu’engage l’impérialisme Etats-Unien envers les pays jugés appartenir à l’Axe du Mal : l’alibi de la « provocation » par les terroristes ne tient pas, en tout cas pas parmi les progressistes.

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1 réponse à Un petit soldat de leur armée de l’ombre.

  1. A Ginva dit :

    Encore bravo pour cette fulgurante analyse!

    La rapidité et la précision de ses gestes démontrent effectivement à quel point la répression et la réprimande des femmes qui ne se plient pas à sa suprématie est immédiate et spontanée, pleinement intégrée au point de devenir un réflexe, un automatisme. Le fait que son extrême violence soit aussi décomplexée démontre également une impunité qui a dû être totale depuis les débuts de sa pratique de domination et de domestication des femmes.

    Je soupçonne aussi que l’unique raison pour laquelle l’affaire est médiatisée est parce que l’agresseur porte plainte. Habituellement, les agressions des hommes contre les femmes ne font jamais évènement (« il n’y a pas mort d’homme! »), sauf si les médias trouvent un moyen de pornifier ou d’érotiser la violence en question, non pas pour la dénoncer mais pour la promouvoir.

    Si cet agresseur est marié et a des enfants, son épouse et ses enfants (et tout autre être vivant sous sont toit) doivent être en danger grave.

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