Solidarité avec Sheila Jeffreys, victime du front activiste sex-positiv.

29.05.2012. Sheila Jeffreys, une de nos plus grandes théoriciennes féministes radicales, a été exclue de la RadFem 2012 par le Conway Hall, sous la pression de quelques activists.

Voici sa réponse.

Cela fait suite à une campagne de pression. Leur argument : la rencontre est non-mixte, elle exclut les Trans, et elle invite une Transphobe, nommément Sheila Jeffreys.

Des méthodes masculinistes.

La campagne d’exclusion a suivi toutes les règles du genre :

– isolement de la victime par des scandales, procès publics basés sur les amalgames et la diffamation ;

– instauration de l’insécurité par le harcèlement, l’insulte et la menace ;

– recrutement d’alliés par la menace d’être complice, l’imposition d’un faux-choix (« ou bien tu es mauvaise [transphobe, sexophobe, etc.] contre nous ou bien tu es mauvaise [freak, salope, pute] avec nous« ), et le chantage à l’exclusion. L’usage de la violence et des paradoxes ont pour effet de canaliser le dialogue dans la pensée binaire de l’agresseur ;

– réquisition de l’agenda féministe, cristallisation autour des seuls intérêts de quelques hommes (qui en l’occurence invoquent leur transition pour imposer qu’on les « respectent dans LEUR choix ») et réinterprétation dominante des actes féministes (ils ont réduit une conférence féministe dont les urgences se comptent par dizaines à une réunion qui exclue les trans).

– inversion de la culpabilité quant à l’agressivité et à la gravité des actes en accusant les radFem d’être haineuses, agressives, excluantes, etc.. Plus globalement, les féministes sont accusées de provoquer les souffrances qu’organise le pouvoir (persécution des femmes prostituées, stigmatisation de groupes de femmes, etc.) et de posséder les pouvoirs propre aux hommes : par exemple, les activistes Trans dénoncent le pouvoir qu’auraient les « Cisgenres » de les exclure et de les nommer [insulter ou assigner à un sexe]. Ainsi les féministes radicales jouiraient du pouvoir des Cisgenres et en useraient contre les Trans nés hommes …. Pure mauvaise foi masculiniste : ignorer à ce point que les femmes n’ont pas ces pouvoirs – car ils sont monoplisés par les hommes et utilisés contre nous – révèle sans équivoque l’absence totale de culture féministe de ces activistes. Cela révèle aussi leur stratégie : ils masquent le fait qu’ils usent de ces pouvoirs [insulter, diffamer et exclure les féministes ; puis prétendre définir mieux qu’elles le concept politique de « femme », ceci en ne se basant que sur leurs expériences individuelles d’hommes défroqués et uniquement pour pouvoir se faire une place, pour eux ; nommer les femmes « Cisgenres » aux côtés des hommes … tout cela alimente l’anti-féminisme et corrobore les mensonges dominants sur les bénéfices qu’ont les hommes à dominer et les préjudices qu’ils font endurer aux femmes].

L’idéologie individualiste est reine.

> L’agenda politique est individualiste et egocentrique :  « Je suis mon propre étendard politique. Ma simple existence vaut pour preuve que mon système politique est viable et souhaitable. » L’interdit de penser et de critiquer leur agenda en découle : « Si tu critiques mes lignes politiques, tu me juges MOI. Tu n’as pas le droit de ME juger« .

> La conception sociologique qui sous-tend ce système individualiste est la suivante : « JE fais mes choix dans la multiplicité des choix, je consomme ma vie dans le vaste marché des possibles« . Ce raisonnement est réactionnaire, autant viriliste que capitaliste : pour les tendances individualistes, il n’y a pas d’oppression, mais seulement des winner et des loser, des warrior et des victimes. Cette vision est basée le plus souvent sur des statistiques personnelles, des amalgames et des chimères idéologiques. Pour toute éthique, une morale du winner et un curseur d’hédoniste : les jugements moraux sur les victimes, sur les femmes fleurissent – elles sont scrutées dans leurs moindres « choix », pour tous leurs « bénéfices » … mais ils se taisent sur les bénéficiaires de notre oppression, sinon pour les défendre contre des femmes (leurs thèmes préférés : à cause des féministes, les prostitueurs sont pénalisés, les proxénètes sont criminalisés, les violeurs moisissent en prison). La conclusion de cette idéologie du self-made-man est : Si tu es à genoux, c’est que tu aimes ça ou que tu as fait le mauvais choix. De plus, leurs conceptions psychologiques sont aussi inacceptables que leur sociologie. Pour eux, il n’y a pas de détermination sociale (donc oppressive) de la conscience ni de l’action des individus. Leur postulat est libéral : seul règne un sujet pur, neutre, dont la conscience est homogène à la volonté et à l’action : « Je sais, je veux, je peux car je suis libre à tous ces niveaux« . De fait, le jugement de valeur le dispute à l’insulte : l’aliénation de la conscience – analysée pourtant par le bien misogyne Lacan comme étant au fondement même de la conscience , et analysée par les matérialistes comme étant une conséquence de la violence des oppressions  – devient bêtise ou « inconscience » au sens le plus positiviste du terme ; la dépendance matérielle devient une faiblesse morale de la victime et un poids, inutile voire mort, pour le dominant. Les concepts de victime et d’oppresseur sont donc totalement disqualifiés.

> Donc l’interdit de critiquer les lignes politiques inclut aussi un interdit d’analyser la position individuelle de l’activiste. Face à toute analyse en terme d’aliénation et d’oppression, les militant-e-s individualistes répondent : « Ne me traite pas de débile et/ou de faible et/ou de soumise … ne diabolise pas les hommes« .

La méthode révèle le but.

Cette exclusion d’une impressionnante violence est exemplaire. Son caractère masculiniste ne fait aucun doute. Tant par ses méthodes que par sa conséquence actuelle.

A peine rendue publique, cette conférence a été dénoncée, dévalorisée, accusée, par quelques individus au nom de quoi ? un droit masculin de base : briser la solidarité des femmes, envahir les endroits qu’elles veulent non-mixte. Autre conséquence : toutes les urgences et les souffrances qui nous réunissent ont magiquement disparu derrière la fumée du scandale qu’éprouvent et agitent quelques individus (je dis bien quelques car dès que les rencontres sont mixtes, ils sont rares parmi ces misogynes à venir participer à une conférence féministe – sinon pour la saboter de l’intérieur cette fois).

Ces méthodes de l’agresseur sexiste sont de plus en plus utilisées en France contre les féministes, lors de rencontres, de manifestations ou dans des collectifs plus ou moins formels. Elles proviennent d’activistes aussi différents que des militants LGBT, des anti-racistes, des anar ou libertaires, ou des auto-proclamé-e-s féministes.

Ils ont un seul point commun : tous défendent au moins un des piliers de la politique sexuelle patriarcale actuelle.

A lui seul ce point commun explique le choix des méthodes de l’agresseur sexiste. En effet, ces stratégies d’agresseur, décrites par les associations féministes (CFCV, Mémoire Traumatique & victimologie, AVFT), sont les moyens qu’utilisent les hommes pour infliger leurs violences sexuelles aux femmes et aux enfants. Elles sont au coeur des politiques de libéralisation sexuelle du patriarcat actuel. Il est logique de les retrouver au plan local chez des militant-e-s qui soutiennent et/ou justifient et/ou pratiquent ces violences sexuelles et sexistes.

L’alibi victimaire au service d’un agenda ultra-dominant.

La seule raison pour laquelle cette conférence a été médiatisée, jusque dans The Guardian, est la pression anti-féministe imposée par ces activistes. Ensuite, quand il s’est agit de choisir entre les intérêts de la RadFem et ceux des activists, qui a été entendu ? Sheila Jeffreys a été exclue. Or son importance dans notre mouvement est colossale : elle enquête et dénonce inlassablement toutes les formes de violences sexuelles qui, depuis 50 ans, ont pris une ampleur industrielle. La conclusion s’impose : notre persécution par les hommes, notre dénonciation de leurs violences sexuelles et économiques est moins importante que l’exclusion dont se plaignent ces individus.

Moins importante ou carrément contraire à leurs intérêts ?

Car comme d’habitude, le fond rejoint la forme. La forme est le protocole de l’agresseur sexiste qu’ont déployé ces activistes. Le fond est leur vrai agenda. Pas celui qu’ils agitent sous le nez des organisateurs ou des médias en les menaçant d’être les complices du « hate speech » féministe. Non, celui qui fait que leurs agitations ont ému nos ennemis.

Le 25 mai, Roz Kaveney a porté jusque dans The Guardian l’argumentaire des transActivists qui depuis quelques jours déjà menaçaient les féministes radicales d’éradication.

Qui est Roz Kaveney ? Entre autres postes d’influence, il est un membre fondateur de Feminists Against Censorship :

Feminists Against Censorship (FAC) is a large network of women founded in 1989 in the United Kingdom to present the feminist arguments against censorship, particularly of sexual materials, and to defend individual sexual expression. FAC originally came together in response to the passage of a resolution by the annual general meeting of the National Council for Civil Liberties in 1989 condemning pornography. FAC and its members have produced several books presenting research reviews, analysis, and personal experiences related to censorship and pornography. They are a member of Backlash, which was formed in 2005, in order to oppose a new law criminalising possession of « extreme pornography ». FAC responded to the Government consultation on this law.

Loin d’être un individu n’ayant que sa personne en transition à exposer pour agenda, Roz Kaveney milite pour l’un des « discours de haine » les plus fondamentalistes qu’ait produit le patriarcat : la pornographie. Il n’est pas l’un de nos sympathisants à la française qui profitent de leur statut universitaire ou médiatique pour la promouvoir. Non. Il est un activist, organisé dans un puissant Lobby qui a été auditionné par le gouvernement. Il appartient au groupe Backlash composé de :

Feminists Against Censorship, Unfettered, Ofwatch, The Spanner Trust, the Libertarian Alliance, the Campaign Against Censorship, the Sexual Freedom Coalition, the Society for Individual Freedom, SM Dykes and the International Union of Sex Workers(IUSW).

 SM Dykes … The International Union of Sex Workers…. Pornographie, Sadisme sexuel (SM Dykes & The Spanner Trust) et Prostitution … voilà en effet un vrai agenda de Backlash.

D’autant que la pornographie que ces groupes défendent ne se contente pas d’être banalement haineuse et tortionnaire envers les femmes. Il s’agit de « pornographie extrême », jugée telle par le droit patriarcal d’Angleterre :

It refers to pornography which is « grossly offensive, disgusting or otherwise of an obscene character » and portrays « in an explicit and realistic way » any of the following:

  • An act threatening a person’s life
  • An act which results (or is likely to result) in serious injury to a person’s anus, breasts or genitals
  • An act which involves (or appears to involve) sexual interference with a human corpse
  • A person performing (or appearing to perform) an act of intercourse (or oral sex) with an animal (whether dead or alive)

La dite « zoophilie » n’est rien d’autre que la maltraitance ciblée, qui vise uniquement les femmes, par des pratiques d’invasion corporelle : elles sont pénétrées par des animaux jugés représenter mieux qu’un homme la destructivité et la dangerosité du pénis (serpent) ou la domination (chien). La dite « nécrophilie » est le stade ultime de haine des femmes, la célébration de l’état final auquel mène le sadisme sexuel propre au sexisme, c’est le fétichisme sexuel propre aux dominants poussé à son extrême. Enfin, les blessures volontaires des organes sexuels ou des seins expriment violemment une haine sans limite des femmes, jusque dans leurs stigmates corporels de subalterne.

Ainsi celui qui accuse les féministes séparatistes de propager un « discours de haine » défend une des violences les plus extrêmes qui existe sur terre, car non seulement elle relève objectivement de la torture mais en plus elle est filmée puis rediffusée pour exciter des millions d’hommes. L’énormité du procédé révèle deux choses : a) le statut de dominant de cette personne, car aucun-e subalterne ne peut faire passer ses vessies pour les lanternes de l’autre ; b) une stratégie de manipulateur (commune dans l’activisme sex positiv), car eux seuls attribuent aux victimes la responsabilité de ce qu’ils font eux-mêmes.

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Une régression dans nos luttes contre les industries sexistes et leurs bouffons à paillettes.

Sheila Jeffreys est l’auteure d’une critique magistrale de la réquisition virile de l’agenda féministe des lesbiennes, des politiques queer, elle a analysé et dénoncé la réquisition industrielle et masculiniste de la libération sexuelle, elle dénonce la brutale misogynie du sadisme sexuel qui ne concerne pas que le SM mais aussi toute sexualité dans une société inégalitaire, elle mène des enquêtes sur la prostitution depuis des années, et a publié un incroyable document abolitionniste.

L’exclusion de Sheila Jeffreys n’a donc que peu à voir avec quelques transexuels qui lutteraient contre le pouvoir d’exclure et de nommer qu’auraient les RadFem « Cisgenres ». Au plan global, il s’agit pour eux de disqualifier et d’éliminer une des féministes les plus dangereuses pour le business du sadisme sexuel viril, « the global rape-trade ». Au plan local, ils empêchent d’autres féministes de la rencontrer et donc de s’organiser avec elle, pour elle, aussi. L’intérêt politique majeur de cette action coup-de-poing ? Réaffirmer l’impunité de ceux pour qui la violence sexuelle est un grand divertissement à démocratiser à coups d’industries au profit de n’importe quel homme.

Ils ont aussi une autre victoire : démentir sans appel notre droit à la non-mixité politique. Cette attaque est très dangereuse car elle signifie la mort de la conscience radicale. En effet, celle-ci ne peut émerger que si les conditions matérielles le permettent, et la condition sine qua non pour penser et s’organiser dans notre intérêt est la cessation, au moins temporaire, de la violence masculine. Le contrôle masculin de nos vies est colossale : on voit les hommes anti-capitalistes s’effrayer de la multiplication des caméras de surveillances, ils dénoncent le « viol » de leurs libertés. Que doivent dire les femmes ? Elles trouvent en chaque homme, inconnu ou connu, une caméra de surveillance qui lui rappelle, passivement ou activement, sans cesse et son rang et ses fonctions. La non-mixité est plus qu’une liberté, c’est une urgence vitale, pour survivre psychiquement à leur colonisation mentale et physique.

La destruction méthodique de nos outils militants (non-mixité, concepts de classe de sexe, d’oppression spécifique) sévit depuis des années dans tous les milieux militants. Elle avance à la faveur des « troubles dans la conscience politique » qu’organisent les jeux et rhétoriques queers.

Le backlash du patriarcat néolibéral et néocolonial a anéanti nos rares espaces de répit : la non-mixité était l’inoffensif rempart que nous opposions au contrôle viril permanent et au risque d’être maltraitée voire agressée sexuellement. Que nous reste-t-il si nous ne voulons pas endurer la présence d’hommes, et moins encore celle d’activistes que la haine et la violence extrême contre les femmes excite ou met en joie ? Passer à la résistance violente ? Ce qu’ils nous ont démontré là est une loi du genre : seuls les dominants peuvent vraiment se servir des outils des dominants (usage de la violence, stratégie de l’agresseur sexiste, pouvoir de nommer, pouvoir d’exclure) ; même défroqués, ils seront toujours plus efficaces que n’importe quelle femme, même activiste, car ils sont les représentants légitimes du langage, du discours d’autorité, ils sont aussi les instruments nés de la violence légitime.

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Links Roundup : Radfems respond to Transpolitickers’ and MRAs’ attempted silencing of Radfem 2012

by HUB Newsfeed

Sheila Jeffreys writes at the Guardian:  Let us be free to debate transgenderism without being accused of ‘hate speech’

Rainsinger writes at the new Liberation Collective:  Radfem 2012 – Trans acting like a Lynch Mob

Davina Squirrel writes at Radfem Groundhog Day:  Radfem2012 and Conway Hall’s ‘ethics’

Radfem-ological Images writes: MRAs and MTFs sitting in a tree

FCM writes at femonade: Moron Surveillance

CBL writes at Cherryblossomlife: Time to Go Underground

Conway Hall, the venue that canceled the booking, issued a statement on its website justifying its decision, and can be reached via its Facebook page.