Stratégies de l’agresseur sexiste dans la famille

*        LE CAPRICE… nommé, selon les institutions et le lieu social où il s’exprime : « autorité parentale », « loi du père », « symbolique ». Il est l’expression résiduelle de la puissance paternelle (abolie en 1972), hérité d’une époque où, dans la lettre du droit, le caprice de l’Homme faisait loi. Le comportement, la volonté ou l’humeur de l’homme déterminent le comportement, l’action ou l’humeur des autres membres de la famille.

*        LA TOUPIE… technique masquée par les formules : « C’est un grand enfant », « C’est un passionné, un rêveur, il n’a pas le sens de la réalité », « Il ne prend aucune responsabilités », « Il ne se rend pas compte ». L’homme utilise le chantage affectif, organise l’imprévisibilité de son comportement, il fait des promesses tactiques et, par égocentrisme ou par sadisme, il provoque la déception de l’autre.

*        LE YOYO… technique masquée par les formules : « C’est un bon père, mais il est très occupé », « Il m’aime, mais il ne sait pas me le montrer », « il ne sait pas exprimer ses sentiments ». L’homme impose à l’autre un yoyo émotionnel, où il l’accapare puis l’abandonne, se rend très présent puis disparaît, il met des coups de pression (chantage, ultimatum, souvent pour que l’autre s’engage auprès de lui) puis il simule l’indifférence.

*        LE MARIONNETTISTE… cette technique est à la base de tous les retournements de situation, des inversions de culpabilité qui caractérisent la violence masculine. Elle est très efficace, car elle bénéficie du préjugé sexiste social que les hommes sont manipulables et aiment les femmes et sont les pourvoyeurs de ressources pour les enfants, et, à l’inverse, les femmes et les filles seraient manipulatrices, vénales, ingrates et nymphomanes. Par cette technique, l’homme compose une pièce de théâtre, où lui joue le père aimant, le conjoint désespéré, l’éducateur, l’Autorité ou la vraie victime. Souvent, la pièce de théâtre marche avec un public-témoin qui valide la thèse de l’agresseur : l’homme fait passer la femme pour une hystérique ou une mauvaise mère aux yeux de l’enfant, pour une irresponsable ou un tyran auprès de l’école ou du médecin … puis il fait passer l’enfant pour une peste auprès de la mère, pour un enfant mal élevée (par la mère) auprès de la belle-mère, pour une enfant « à problèmes » auprès de l’assistante sociale (qui serait prête à faire un signalement). De même, l’homme fait passer ses caprices pour des impondérables ou pour une réaction raisonnable aux « caprices » d’une de ses marionnettes (une « saine colère », une « punition méritée »).

*        LE THEATRE D’OMBRES CHINOISES… le principe de l’ombre chinoise est qu’une réalité toute simple peut devenir monstrueuse, et un infime détail peut devenir immense. La toile, l’écran, qui permet de réaliser ce tour de passe-passe est l’ensemble des représentations sociales sur un père, une mère, une enfant, une fillette, une adolescente … autant de condamnations pour les victimes féminines, et de pardons pour les hommes. Un autre écran très efficace est la violence qu’il a commise avant : c’est une caisse de résonnance monumentale, surtout si la victime s’est sentie en danger de violation ou de mort. Cette technique permet à l’homme de garder le contrôle même quand il n’est plus à domicile. Il peut insinuer, cela ressemblera à une vérité … s’il affirme, cela vaudra pour preuve. Il peut soupirer, cela sera perçu comme un ordre. Auprès de l’enfant, il se réserve les rôles du père-loisir, père-voyage (aux frais de l’entreprise ou d’une autre femme), père-surprise (sidérant, pour marquer les esprits et qu’on en parle longtemps), et fait passer, par contraste, la mère pour la rabat-joie, la sorcière-corvées et la « castratrice ». Il utilise beaucoup les dates anniversaires (de la famille, des traumas de leur victime) ou les événements sociaux (attentats, etc.) comme toile ou caisse de résonnance. 

*        LE LABYRINTHE FOU… Technique facile à masquer derrière l’argument des « impondérables » (professionnels ou familiaux) d’un père « chef de famille » ou d’une mari « pourvoyeur de ressources »… Le principe est simple : l’homme exige une organisation millimétrée dans la famille ou après la séparation. Il se peut que ce soit un fonctionnement personnel de l’agresseur (hyper-contrôle pour mieux organiser sa domination), mais le plus souvent, il se contente de donner ses ordres et taper ses scandales. A force de se trouver des excuses pour sa violence et sa paresse, il organise un dédale de règles absurdes, d’ordres et de contre-ordres qui rendent folle. Puis, une fois que la victime agit au quart de seconde, il désorganise tout, avec méthode.

*        LE BILLARD FRANCAIS … la technique la plus efficace pour masquer l’agresseur et faire le maximum de dégâts. Uniquement possible dans une société sexiste, car l’agresseur ici s’appuie sur ses privilèges et ceux de son groupe de sexe pour écraser une victime, ou toute une famille. Il tient en main sa boule de privilège, il la lance sur une victime, qui ira percuter la troisième boule, sa cible. Ce mouvement, qui masque l’agresseur et fait passer une victime (une femme souvent) pour un agresseur est d’autant plus facile et efficace qu’il s’inscrit dans un cadre fermé : les boules rebondissent plusieurs fois sur les bords de la table de billard (qui est le système social sexiste). Il fait deux victimes en un coup, et si la cible se retourne et riposte, elle s’en prendra au pion de l’agresseur. Un exemple parmi d’autres, observé par tous les psychologues de la petite enfance opposées à la garde alternée systématique : l’homme, par son comportement toxique, angoisse l’enfant et le musèle pendant sa garde. Cela crée des psychotraumatismes intenses, que l’enfant n’exprimera que peu auprès du père, car elle sait que le père ne la consolera pas, au contraire. Quand il la rend à la mère, il lui rend une bombe émotionnelle à retardement. De même : il épuise la mère, l’écrase de corvée, la viole la nuit, lui lave le cerveau pendant des heures ou l’abandonne après l’accouchement en la culpabilisant … il la mène méthodiquement au burn-out et à la dépression post-partum. Cela a des conséquences très graves sur l’enfant, surtout bébé. Cette technique permet aux hommes d’exprimer un maximum de sadisme et de lâcheté.

papa billard

LES VISAGES DU PERE TOXIQUE

*        PAPA COQ… Cette tactique de tyrannie repose sur le préjugé social qu’il n’est pas bon d’être « maman poule ». En retour, « faire l’homme », « prendre sa place de Père » dans la famille, c’est bon : imposer, décider, se dégager des corvées et superviser … bref, être le maître. L’homme peut commettre en toute impunité les actes quotidiens de violence psychologique, verbale voire physique qui démoralisent l’enfant (ces actes sont appelés par les psy « frustration » ou « castration symbolique », et considérés comme nécessaires au développement de l’enfant). Il a toujours de grands dictons sur les femmes et les besoins de l’enfant, pour justifier sa tyrannie et ses absurdités.

*        PAPA de CHOC… Ce profil de père passe pour « un peu autoritaire » mais « attentionné » ou « ayant ses principes sur l’éducation ». Il utilise la stratégie du choc pour dresser son enfant à l’obéissance et le forger à son image (ou à l’image détestable qu’il veut en faire pour l’assimiler à la mère, et la haïr comme elle). Il multiplie les défis irresponsables envers l’enfant, ne faisant attention à lui que quand il se met en danger pour lui ou agit comme il le veut. Il a toujours de grands dictons sur la vie (qui serait dure et faite pour les « gagnants », pas pour les « fillettes »), ce qu’est être un garçon ou une fille, pour justifier ses violences.

*        PAPA VENT… Ce profil, hyper courant, s’appelle « le père absent ». Absent même quand il est dans la pièce. Si ses attitudes se voyaient chez une mère, elle serait accusée de négligence (or la négligence est un acte grave contre un bébé, car il est dépendant des soins des adultes pour survivre) et abandon. Et en effet. C’est tout cela. Il laisse l’enfant toute la journée devant la télé, parce que Lui, Monsieur, ne veut pas lâcher son jeu vidéo ou son extra. Il laisse l’enfant de 5 ans se préparer à manger, avec ce qui reste dans le frigo. Il prétend ne pas savoir à quelle heure doit se coucher l’enfant. Plus égocentrique encore, il fait se coucher l’enfant quand il va se coucher, ou quand il veut accaparer une femme. Plus sadique, il laisse l’enfant devant un jeu vidéo ultra-violent. Il a toujours une phrase assassine envers la femme qui représente les règles de vie pour l’enfant, en disant que c’est sa faute s’ils mangent à cette heure, ou qu’elle est vraiment casse-c*** à toujours imposer ses horaires…

*        PAPA COUP d’ECLAT : une variante du papa vent, à ceci près qu’il est soucieux de son image de « Père » (pour manipuler l’entourage ou les institutions). Alors, régulièrement, il va apparaître de manière sidérante avec fracas : un anniversaire fêté avec prestige, un voyage de rêve, un stage trouvé en un claquement de doigt … L’emprise découle de l’impression de toute-puissance que donne l’agresseur, et l’alternance entre froideur relationnelle et intensité des émotions quand il est là.

*        PAPA GLUE … Ce profil est rendu invisible par le préjugé social des « pères absents », et valorisé par le mythe des « pères présents ». L’homme accapare l’enfant, non pour le bien de l’enfant, mais pour deux raisons : absorption ou utilisation. Il absorbe son identité par égocentrisme et vampirisme ou pour l’utiliser : l’enfant n’est qu’un bout de Lui, le Père, il va pouvoir le forger à son image … ou l’enfant n’est qu’un copié-collé de la mère, il va pouvoir la chosifier (risque majeur de violences sexuelles par inceste) ou la persécuter comme elle. On voit ces pères insister pour donner le bain, y compris à des enfants de 5 ans, 7 ans … Ils dorment volontiers avec l’enfant, bébé ou petit, ou même 7-9 ans. Ils imposent des baisers à leur fille au nom de l’amour paternelle, souvent devant la mère (pour isoler la fille, lui faire croire que la mère cautionne, et pour amadouer la mère, lui faire croire qu’il est un père attentionné, tout en faisant passer sa fille réticente pour une mauvaise fille). Ils jouent les amants passionnés ou les proxénètes généreux avec l’enfant quand elle est pré-pubaire (« Ah, regardez comme elle est belle ma fille ! ») et les pères-la-vertu ou les proxénètes jaloux quand elle est adolescente (« Couvre-toie », « Mais voyons, je te regarde comme un père, tu n’as rien à cacher à ton père »). Ce profil est difficile à détecter pour deux raisons. Première raison : le papa glue détruit le lien mère-enfant en parasitant la relation, et, petit à petit, par des mises en scène et des phrases, il parvient à faire croire à l’enfant qu’il est le parent qui l’aime le plus, et à la mère, que sa fille ne l’aime pas, ne la respecte pas, voire est vicieuse. L’autre raison : nos sociétés sexistes normalisent les comportements de prédateurs pédocriminels (petites filles chosifiées pour/par le regard masculin, pères investis du devoir d’incarner le modèle hétérosexuel pour l’enfant et introduire la fille à l’amour pour les hommes, pornographisation des adolescentes).

*        PAPA VENT GLUANT… le comportement incestueux ou pédocriminel de l’homme dans la famille est encore plus difficile à détecter chez les pères « absents ». Ils sont peu présents auprès de l’enfant, souvent, ils profitent des absences de la mère pour agir. L’emprise sur l’enfant est entre autres causée par l’alternance entre froideur relationnelle et proximité maximale qu’impose l’agresseur.

*        PAPA GRUE … Une forme achevé du papa coup d’éclat. Il manie les stratégies du choc à la perfection et les applique au quotidien. Il intimide quand il murmure, il diffuse des messages non-verbaux intimidants (serrer la mâchoire ou le poing quand il parle, il fait un bruit brusque, il se penche …) tout en gardant un ton de voix ou un visage avenants. Brutalement, il réclame en hurlant, puis, il est charmant, le tout, noyé dans des faux raisonnements pseudo-savants … Pour le reste, il ne parle pas, il agit : lettres sous contrainte pour piéger les victimes, lettres recommandées si elles tentent de s’enfuir de son joug, il se présente comme l’incarnation de la Justice (humaine ou céleste) et toute contestation est un affront fait à Dieu.

*        PAPA FORCEUR … sa devise : « non, c’est oui et un petit oui vaut un grand encore » … une version sadique du papa glue. Un profil connu pour persécuter les femmes, mais il y a beaucoup de pères glue qui agissent ainsi. Comme pour les femmes, sur lesquelles pèse une présomption de consentement au désir du conjoint, il existe pour les enfants une présomption de consentement aux volontés paternelles. Les unes, c’est pour leur libération sexuelle. Les autres, c’est pour leur éducation.

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