CAMPAGNE VIOLENCES ET SOINS, témoignages.

Série de témoignages recueillis par Dr. Muriel SALMONA.

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« 36 ans de questionnement sur moi-même, de recherche, de lutte, d’espoir et de désespoir, et surtout, d’une solitude immense ».

Mon témoignage : J’ai rencontré un psychiatre pour la première fois à l’âge de 17 ans lorsque j’ai été hospitalisée en psychiatrie pour des crises de tétanie, des angoisses et des hallucinations.

Peu de temps après, j’ai demandé un suivi en psychothérapie car je me sentais vraiment mal et je pensais souvent au suicide. J’ai alors vu, chaque semaine, une psychologue au Centre psychothérapique de mon secteur. Elle ne me parlait pas, ne répondait pas à mes questions, elle écoutait ce que je disais.

Durant cette période, j’ai effectué de nombreux séjours en hôpital psychiatrique, environ une quinzaine, d’une durée allant de quelques jours à plusieurs mois, pour des angoisses importantes, des hallucinations, de la dissociation et quelques tentatives de suicide. J’ai été suivie par la psychologue et par différents psychiatres du secteur pendant 7 ans.

J’ai mené par la suite une vie à peu près normale jusqu’au jour où je me suis séparée de mon compagnon, après avoir subi plusieurs années de violence morale. Je me suis alors effondrée psychologiquement. J’ai cherché une aide et j’ai commencé un suivi, au Centre de santé de ma ville, avec une thérapeute spécialisée dans les problèmes de couples. Elle ne me parlait pas, ne répondait pas à mes questions, elle m’écoutait. J’ai vu cette thérapeute chaque semaine pendant 6 années durant lesquelles les violences physiques, psychologiques et sexuelles que j’avais subies dans le passé ont resurgi à ma mémoire de façon envahissante. Je souffrais de troubles physiques et psychiques importants et j’ai été à nouveau hospitalisée en psychiatrie.

Je pensais que j’étais folle, mais en même temps, je voulais savoir de quelle maladie je souffrais. J’avais besoin de mettre un nom sur ma souffrance. J’ai alors pris rendez-vous dans un service spécialisé de l’hôpital Sainte-Anne pour effectuer un diagnostic. Le psychiatre que j’ai rencontré m’a reçu 15 minutes et m’a fait comprendre que j’étais borderline. J’ai lu de nombreuses informations concernant cette appellation mais je ne me suis pas reconnue dans ce qui était dit et décrit.

Ma thérapie se poursuivant, je cherchais toujours à savoir de quoi je souffrais. J’ai trouvé sur internet le forum d’Alice Miller auquel j’ai participé. Alice Miller est la thérapeute qui a dénoncé les maltraitances que les adultes, principalement les parents, font subir aux enfants. C’était la première fois que je pouvais dire et raconter les violences que j’avais subies, que des personnes m’écoutaient, me croyaient, s’indignaient et me comprenaient. Ces personnes n’étaient pas thérapeutes mais c’est avec elles que j’ai commencé à désamorcer les violences qui étaient incorporées en moi. J’ai compris alors que les violences subies dans mon enfance et mon adolescence étaient à l’origine de mon mal-être, que je n’étais peut-être pas folle mais plutôt victime de nombreuses maltraitances.

Je me suis alors adressée à une association spécialisée dans l’aide aux enfants maltraités et aux adultes victimes de maltraitances dans leur enfance. J’ai pu commencer une thérapie et, pour la première fois, j’étais face à une psychothérapeute avec qui je pouvais vraiment échanger. Elle me parlait et répondait à mes questions.

Un an plus tard, elle est partie en province.

A cette époque, je ne sortais plus de chez moi en dehors de ma thérapie, de mon travail et des courses. Prendre les transports m’était difficile. Je me retirais du monde. Des symptômes avaient resurgi et je souffrais de troubles physiques et psychiques invalidants. J’ai dû trouver une psychiatre pour m’aider. Celle-ci m’a accompagné durant 7 ans. Il y eut des moments difficiles, car en période de crise, elle me proposait un traitement pour plusieurs années, durée que je refusais sans cesse parce que je souhaitais, je demandais à être soignée avec un traitement à court terme et surtout avec un objectif de guérison.

En parallèle, j’avais commencé une nouvelle thérapie avec une psychologue d’une association d’aide aux victimes de violences familiales. Face à mes interrogations, celle-ci avait évoqué comme diagnostic possible le stress post-traumatique. Je ne connaissais pas. Je voulais savoir si c’était bien de cela dont je souffrais. J’ai alors cherché et lu tout ce que j’ai pu trouver concernant les traumatismes psychiques, le stress post-traumatique et la victimologie.

Au cours de mes recherches, j’ai eu connaissance d’un centre spécialisé dans le traitement des psycho-traumatismes. J’ai pris contact afin d’obtenir un rendez-vous pour un diagnostic. Ils ont simplement refusé de me recevoir. Sans aucune explication. Ce refus m’a beaucoup affecté, j’étais découragée et très abattue, j’avais perdu confiance, et j’avais toujours ce sentiment profond de ne pas être considérée comme un être humain à part entière.

Il y a deux ans environ, souffrant de crises envahissantes pouvant surgir à tous moments, et toujours en recherche d’un diagnostic, je suis arrivée sur le site internet Mémoire traumatique. Toutes les informations que je lisais sur ce site correspondaient exactement à ce que je ressentais à l’intérieur de moi, à l’enfer que je vivais au quotidien. Apprendre que les troubles physiques et psychiques qui me paniquaient étaient normaux fut une information extraordinaire. Comprendre comment fonctionnait l’intérieur de mon cerveau et de mon corps pendant et après les violences était inespéré.

Ainsi je n’étais pas folle, c’était les violences physiques, psychologiques et sexuelles que j’avais subies qui provoquaient mes troubles, cela ne venaient pas de moi, tout était normal. J’avais juste développé des mémoires traumatiques qui pouvaient être soignées. Je pouvais donc guérir.

Depuis ma première rencontre avec un psychiatre, 36 années se sont écoulées. 36 années durant lesquelles j’ai croisé sur ma route environ 21 psychiatres et 10 psychologues, sans jamais trouver réellement ce dont j’avais besoin. 36 années de questionnement sur moi-même, de recherche, de lutte, d’espoir et de désespoir, et surtout, d’une solitude immense.

A ce jour, je désespère encore d’entendre dire qu’il faut « avoir de la chance » pour trouver un suivi avec des personnes vraiment compétentes, et pouvoir prétendre à Vivre, quand on a été victime de violences.

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[La police] va me dire qu’il aurait fallu que je reste près de mon violeur, tout en me protégeant dans ma voiture. Il aurait fallu le suivre, voir sa direction, et les appeler en même temps : «  à faire la prochaine fois si vous le voyez ! »

Alors que je sortais d’une soirée, j’ai été violée dans ma ville, par un inconnu, avec menace de mort.

C’est au bout d’un mois qu’une personne me poussera à parler, j’avais perdu 10kg.

Ce jour là je me suis complètement effondrée, et les jours qui ont suivi ont été de plus en plus insoutenables.

Dans un premier temps, une empathie s’installera autour de moi, je verrai un médecin traitant, puis une psychologue qui me dira les premières séances que je ne suis pas coupable, que j’ai 10 ans pour porter plainte. Je vais être mise sous lexomil, par la suite viendront les anti depresseurs , l’abilify, le tercian , et les somnifères.

Mon état s’empire, j’ai aussi l’impression d’être shootée, je n’arrive plus à me lever le matin, et l’on me poussera à travailler ainsi. L’empathie a laissé place au  » il faut prendre sur toi « ,  » qu’est ce que tu faisais en chemin aussi cette nuit là « ,  » arrêtes d’y penser » … ma culpabilité n’aura de cesse de grandir.

Je vais également croiser à plusieurs reprises mon violeur, en allant chercher ou déposer mon enfant à l’école. Quand je commence à parler de dépôt de plainte j’entendrai :  » à quoi ça te servirait qu’il soit derrière les barreaux« ,  » s’il t’a revu, et qu’il n’a rien fait, c’est qu’il ne reviendra plus t’embêter « , je vais prévenir ma psychologue, mes employeurs , mais personne ne réagira.

Visiblement aux yeux d’autrui, ce violeur n’est dangereux que pour moi, je suis la seule qui en ai peur, et la seule à qui cela peut arriver ! je vais donc vivre dans la peur permanente de le croiser et je vais de plus en plus me sentir coupable d’avoir été violée ainsi que de ma souffrance et, ses conséquences qui semblaient démesurées aux yeux de tous.

Je vais un jour me retrouver en pleine nuit dehors , un autre jour me tailler le bras , très peu de temps après je ferais une tentative de suicide avec médicaments. J’avais l’impression d’être une morte vivante qui devait juste travailler, et qu’il ne fallait surtout pas ébruiter ce qui m’ était arrivé. Je vais cumuler les arrêts de travail , avec culpabilité toujours, l’envie de me jeter sous un train était grandissante.

Je vais le recroiser à nouveau en ville, avec un sourire, je vais rentrer chez moi avec mon enfant complètement terrorisée, je me sens suivi et en danger, encore une fois je vais en parler , pas de réactions, je commence à me demander si je ne suis pas folle … une semaine après en pleine après midi, je tomberai nez à nez face à mon violeur, je suis avec des enfants , à deux pas d’une école : il ne me laissera pas le temps de sortir mon téléphone , cognée au visage et dans les côtes, ça sera ma piqure de rappel ! deuxième menace de mort !

Les gendarmes viendront me chercher sirène à fond et m’ emmèneront pour m’interroger, dépôt de plaintes, portrait robot, ils me diront qu’ils feront tout pour le retrouver. Ca se terminera par un tuyau pour me sentir plus en sécurité : une bombe Lacrymo.

J’ai eu ensuite une expertise psy, que j’ai très mal vécue. Il m’a fallu répondre à de multiples questions sur mon enfance, ma scolarité, mes parents, avec une série de pourquoi, puis du pourquoi j’étais parti de chez mes parents, du pourquoi je vivais seule, parlé de ma sexualité actuelle aussi, si j’avais un partenaire, si non si je me masturbais , etc. Non seulement cela m’a été insupportable mais il en rajoutait en me disant « c’est quand même pas dur comme question « , j’ai réellement eu envie de tout péter dans son bureau et quand je lui ai demandé si c’était obligatoire que je réponde à une telle question (sur mon enfance) il m’a répondu «  c’est pour vous aider pour votre dossier « . Je suis ressortie seule avec encore l’envie de mourrir, j’ai eu beaucoup de mal à rentrer surtout qu’encore une fois on m’attendait pour travailler !!! J’en parlerai à ma psy de cette expertise mal vécue, mais elle n’y verra aucun problème.

Je vais ensuite déménager mais dans la commune voisine, ce qui me permettra de ne pas perdre mon emploi, bien que n’étant pas apte du tout à travailler et en danger dans mon ancienne ville, mais apparemment il n’y avait pas de quoi, alors mon bien être, ma santé, et ma sécurité passaient au second plan.

Quatre mois après mon dépôt de plainte, la gendarmerie m’appellera, je demanderai pour combien de temps il y en a, afin de m’organiser pour la garde de mon enfant, on me dira « Ca ne dépendra que de vous  » !!!

J’ irais seule, un officier me dira « on pense que vous nous dites pas toute la vérité, que vous le connaissez « , ce qui m’a achevée. Il a enchaîné  » on vous croit« , se référant à mon expertise psy, puis « on va vous faire visionner des photos et vous poser des questions plus précises.« 

Me voilà à répéter que je ne le connaissais absolument pas, on va me montrer quand même des photos de personnes connues, je sens une pression qui n’a aucun sens, si ce n’est celui de me rendre encore plus mal. On va ensuite me demander avec qui j’ai parlé pendant la soirée, de quoi, comment je me sentais moralement, combien de verre exact j’ai bu, etc. Et si j’ avais vu des personnes autres que mon violeur autour de moi pendant le viol, et apres le viol. Là je vais craquer ! Ca se terminera en me disant que la prochaine fois si je le croise, il faudra que je le prenne en photo, et les appeler immédiatement.

A partir de ce moment là, j’ai tout stoppé, les médicaments, ma psychologue et mon travail. Je vais aller voir plusieurs fois la gendarmerie pour prendre des nouvelles, je ressortirai avec : « il faudrait que vous le re-croisiez pour qu’on l’attrape, ou hélas il faudrait d’autres victimes ! », et  » pourquoi vous ne pouvez plus aller travailler ? il faut vivre normalement et sortir pour votre enfant « . C’est donc à moi d’arrêter mon violeur !! peu importe le danger, je vais du coup avoir un sentiment insupportable d’être responsable de sa liberté en pensant aux autres victimes.

Je me suis sentie en grande détresse, je ne pouvais plus sortir de chez moi sans crises d’angoisses , les seules sorties étaient celles d’emmener mon enfant à l’école, et les courses très loin de mon domicile avec un sentiment d’insécurité permanente. En parallèle, ma mémoire traumatique s’est réveillée violemment avec beaucoup de flashs sur mon enfance où j’ai connu sévices sexuels, actes de torture, et tentatives de meurtre.

A ce jour je ne suis plus seule, j’ai enfin les soins adaptés à mes traumatismes avec une psychiatre spécialisée, et c’est ce qui fait que je suis en vie et que je peux avancer.

Il y a une semaine, j’ai croisé mon violeur qui était à pied et qui m’a vu. J’étais en voiture avec mon enfant à quelques pas de la gendarmerie, en 2 minutes ils étaient prévenus ; après le descriptif de ses habits, j’ai dû refaire le descriptif de son visage malgré le portrait robot, après une demi heure de recherche, c’était fini ! « On ne l’a pas retrouvé, on est même allé jusqu’à la ville ****  » . Sont- ils sortis de leur voiture ? non. Ont-ils interrogés des personnes ? ciblés les lieux où j’ai vu ce violeur au lieu d’aller en voiture jusqu’à la ville voisine ? non.

Ils vont enfin se mettre à réaliser quelque chose : «  il doit en effet connaitre des personnes dans le secteur  » ça fait 8 mois que je le leur dis, mais la parole d’une victime c’est quoi ? !

Puis avec une empathie sortie tout droit de l’école, on va me dire qu’il aurait fallu que je reste près de mon violeur, tout en me protégeant dans ma voiture. Il aurait fallu le suivre, voir sa direction, et les appeler en même temps : «  à faire la prochaine fois si vous le voyez ! » Ils ne comprennent pas que je ne veux pas de prochaine fois ! Que le danger est réel, me dire aussi que la vie est difficile, merci mais je le sais !!! Ils vont aussi être très rassurants et sécurisants en me disant d’essayer de rester à l’abri ce soir là , pas seule ! J’ étais terrorisée …

Aujourd’hui, c’est moi qui ai peur, je refais des crises d’angoisses dès que je sors même loin de la ville où cela s’est passé, ça fait 4 jours que je suis enfermée chez moi. C’est moi qui ai perdu mon emploi, qui ai dû déménager et qui vais sûrement redéménager, c’est à moi, la victime, de me protéger. C’est mon enfant qui a dû arrêter l’école du jour au lendemain, et qui ne peut plus aller même au parc avec ses copains-copines. Pendant ce temps là, un violeur impuni, peut lui marcher tranquillement en ville, avec son sentiment de toute puissance …

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« [Ma fille] a lu votre phrase : « des manifestations normales à une situation anormale »… elle est maintenant persuadée de ne pas être ni psychotique ni schizophrène.

Madame,

Je viens de lire vos propositions pour la prise en charge des victimes d’agression sexuelle. Pour la première fois depuis trois ans, j’ai le sentiment que les multiples interrogations que j’ai eu, les certitudes, les choix difficiles apparaissent entre les lignes de vos propositions. Je vais vous apporter mon témoignage de simple maman, puisse-t-il vous aider, être une petite goutte d’eau dans votre action.

Voici trois ans, Ma fille cadette alors âgée de 17 ans, a été emmené par sa meilleure amie chez un monsieur de 40 ans qui l’a agressée sexuellement et chez qui elle a été séquestrée, insultée, menacée de mort, une nuit entière. Je vais vous résumer son parcours au niveau de la justice qui, bien que navrant, est malheureusement banal mais je crois que celui de sa prise en charge médicale vous étonnera..peut-être.

Quelques mois plus tard, elle s’est confiée à sa sœur puis à moi et elle a porté plainte. L’enquête a été particulièrement longue, elle a « subi » une première « expertise » par un psychologue qui mit en cause la parole de ma fille, lors d’un entretien qui se déroula porte ouverte.. Il a fallu attendre deux ans pour que l’agresseur soit entendu puis relâché.

Durant la première année, ma fille a été déscolarisée et a passé son bac sans avoir été en cours. Elle a ensuite voulu entamer une année de droit puis une année de lettres mais son état de santé l’a contrainte à abandonner. Les événements liés à l’enquête, confrontations, convocations… la rattrapaient toujours. L’an passé elle a reçu l’avis de classement sans suite, puis le dossier de l’enquête avant de décider de faire appel. Cela fait maintenant un an et elle vient d’être convoquée chez le juge d’instruction et elle ne pense plus être en mesure de poursuivre plus loin l’action judiciaire pour des raisons de santé.

Durant la première année ma fille a commencé à développer tous les symptômes qui sont décrits sur votre site : stress, insomnie, cauchemars, souvenirs intempestifs, elle entendait ou revivait son agression et toutes les agressions de l’enquêtes, confrontations etc.. Pendant longtemps elle m’ a dissimulé ces troubles qui l’effrayaient. Elle a rencontré psychologue, psychiatre sans avoir l’écoute qui lui convenait pendant deux ans. Les traitements à base d’antidépresseurs ne semblaient pas l’aider ou du moins pas suffisamment. Au bout de deux ans, dans le cadre d’une association d’aide aux victimes, elle a enfin rencontré la psychologue qui la suit depuis plus d’un an.

Après avoir eu l’avis de classement sans suite et après avoir demandé la réouverture du dossier, l’anxiété de ma fille s’est accrue considérablement et elle a fait une tentative de suicide en prenant des médicaments quelques jours avant l’anniversaire de ses 20 ans. Je l’ai emmenée aux urgences, on me dit très vite qu’elle était hors de danger mais sa sœur et moi n’avons pas eu le droit de la voir. Le psychiatre responsable du service psychiatrie nous a rencontrées pour nous expliquer le « protocole » : « En cas de tentative de suicide le patient est isolé de sa famille ». Nous avons tenté de lui expliquer les circonstances de son geste et nous lui avons dit également qu’elle devait sans doute demander à nous voir et que cela la rassurerait. Ce monsieur nous a affirmé que ma fille avait accepté de se faire hospitaliser et qu’elle ne demandait pas à nous voir. Sa sœur et moi-même avions conscience de la nécessité d’une prise en charge mais il nous semblait inconcevable de la priver de sa famille en des moments si difficiles. Sa sœur aîné a dit au psychiatre : « Mais c’est le classement sans suite, les témoignages qui ont déclenché cela, ma sœur allait mieux, elle avait même des amis à la faculté. » Il lui fut répondu : « Si elle était morte, elle n’aurait plus d’amis, plus de famille, et puis cela n’a pas empêché qu’elle fasse une tentative de suicide. »

Nous avons pendant la nuit cherché une solution et le lendemain nous avons présenté une lettre de ma fille hospitalisée précisant que j’étais son référent. Devant le refus des infirmières, j’ai rencontré une personne de la direction qui m’a reçue et a convoqué le psychiatre. Celui-ci a alors dit que si je rencontrai ma fille, il ne l’accepterait pas dans son service et qu’elle devait accepter de sortir contre avis médical. Lorsque sa sœur et moi avons enfin pu la rencontrer, nous avons appris que depuis la veille, elle demandait à nous voir et qu’elle avait accepté de faire hospitaliser sans savoir qu’elle ne pourrait pas nous rencontrer. Nous sommes sorties au plus vite de cet hôpital.

L’état de ma fille demeurait très inquiétant. Sa souffrance était très importante et omni présente, elle éprouvait le besoin d’une prise en charge hospitalière. Nous avons donc rencontré son médecin traitant qui lui a conseillé une clinique privée. L’hospitalisation de ma fille a eu lieu deux semaines plus tard.

J’ai accompagné ma fille et, avec son accord, j’ai rencontré le psychiatre pour lui expliquer ce que ma fille avait subi. A ce moment là, elle avait des difficultés d’élocution proche du bégaiement et s’exprimait très difficilement devant d’autres personnes que sa famille. Néanmoins, je peux dire que ce monsieur était au courant de son vécu.

Ma fille était en attente de prise en charge psychologique et dés les premiers jours, elle me disait vouloir rencontrer la psychologue et participer à des groupes de paroles. Au bout de quelques jours je la vis de plus en plus diminuée. Elle ne pouvait plus parler. Elle n’avait plus le contrôle de la mâchoire inférieure et était visiblement la personne la plus médicamentée de la clinique. M’inquiétant, je réussis à avoir le psychiatre au téléphone qui me dit : « avant de rencontrer la psychologue il faut calmer l’anxiété de votre fille et nous soupçonnons une autre maladie car votre fille a des hallucinations. »

Le lendemain, je rencontre ma fille et lui pose quelques questions et là, elle me dit tristement : « on m’a dit que j’avais une autre maladie et que je devrais prendre des médicaments toute ma vie. Je n’ai pas osé te le dire mais j’ai des hallucinations ». Je continue à lui poser des questions sur ce qui s’est passé dans le service et sur le contenu de ses hallucinations. Je réalise alors trois choses : premièrement la fatigue de ma fille est telle qu’elle a de grandes difficultés pour s’exprimer et que ses crises de dissociation s’expriment de façon pauvre : « j’entends des voix, on crie sur moi, on va me tuer, les gens veulent m’agresser » puis les injections pour la calmer, l’endorment profondément. En second lieu, ma fille se croit folle, et n’est pas étonnée par le diagnostic à peine dissimulé, de la schizophrénie, il fait écho à tous les étranges symptômes qu’elle dissimule depuis plusieurs années. Enfin en continuant à l’interroger, elle me décrit plus en détail le contenu de ces états et je réalise qu’ils correspondent tous à une réalité de son passé : la lecture de témoignages qui l’agressent, l’agression proprement dite, elle entend des phrases que j’ai lu dans le dossier, elle décrit des endroits précis (l’appartement, la gendarmerie) j’apprends aussi que personne dans la clinique ne lui a posé les questions que je lui pose. Je lui dis alors que ce qu’elle vit correspond à des souvenirs bien réels et que ce ne sont pas des hallucinations. Je lui conseille d’en parler à la psychologue ou au psychiatre.

Durant les jours qui suivent ma fille essaiera en vain de rencontrer la psychologue. Elle tombera à plusieurs reprises avec une tension qui chute à 7. Elle garde encore aujourd’hui les cicatrices de ses chutes. En colère, elle se heurte à un des psychiatres et trouve l’énergie de sortir de la clinique une semaine plus tard après quinze jours d’hospitalisation. C’est la deuxième sortie contre avis médical.

Nous rencontrons son médecin traitant qui découvre que ma fille a un traitement extrêmement lourd : risperdal à haute dose, tercian, injections de calmant dont j’ai oublié le nom et arrêt des antidépresseurs. En une semaine, malgré le contexte psycho traumatique, ma fille a été traitée pour schizophrénie.

Son médecin traitant diminue les doses de risperdal et la place sous antidépresseur avec des anxiolytiques. Nous trouvons un hôpital de jour à 50 km qui pratique des activités basées sur la voix et le chant. Cela aide beaucoup ma fille qui s’y rend une fois par semaine.

Le médecin traitant de ma fille lui fait lire le compte rendu fait par le psychiatre de la clinique : il évoque un contexte traumatique sans le lier réellement aux symptômes.

Durant les mois qui ont suivi, ma fille a eu plusieurs épisodes dissociatifs devant moi. J’ai remarqué qu’ils étaient toujours déclenchés par une lumière particulière, une fenêtre. Je l’ai rassurée, je lui disais qu’il s’agissait de souvenirs, je lui ai demandé de dire ce qu’elle voyait et j’ai constaté à chaque fois qu’il s’agissait de souvenirs précis. Je l’ai aidée comme je pouvais à sortir de ces souvenirs, en se rappelant qu’elle était sortie de l’appartement où elle a été agressée, qu’elle était sortie de la gendarmerie où elle avait revu son agresseur. Je la guidai parfois pour trouver la porte. A chaque fois que je pouvais faire cela, elle se calmait progressivement et se sentait beaucoup mieux en revenant à elle.

Ma fille avait des épisodes où sa souffrance était insupportable et j’ai parfois tenté de lui obtenir de l’aide en allant aux urgences. Je croyais naïvement qu’on pourrait lui administrer un calmant pour atténuer momentanément sa souffrance. En rencontrant une infirmière, je posais simplement la question et elle me répondit : cela dépend de l’interne. Puis au fur et à mesure des questions qu’elle posait, je réalisais que l’on soupçonnait ma fille d’être en manque de drogue. Ce jour là ma fille sortit sans aucune aide. J’ai d’ailleurs pensé que si sa prise en charge n’était pas satisfaisante, celle des jeunes en état de manque ne devait pas l’être non plus et qu’il fallait être inhumain pour ne pas soulager de telles souffrances qu’elles soient dû à un état de manque ou à un traumatisme.

J’ai remarqué qu’il y avait un décalage important entre les émotions que ma fille ressentait et les manifestations anxieuses et j’ai tenté au quotidien de réduire ce décalage et de l’encourager à s’exprimer soit directement soit en écrivant pour ses rendez-vous avec sa psychologue.

Dans le même temps la juge d’instruction qui avait accepté immédiatement de rouvrir le dossier a demandé une nouvelle expertise psychologique. Cette dame a fait l’effort de chercher quelqu’un de compétent et nous avons dû faire 150 km pour nous rendre au rendez-vous…

Ma fille a ensuite tenté d’arrêter elle-même ses anti dépresseurs et a fait une rechute au mois de juin, un peu avant la date anniversaire de son agression. Les anxyolitiques qui lui furent prescrit (lysanxia puis xanax) semblaient augmentait ses crises d’anxiété qui étaient telles qu’elle perdait conscience durant plus d’une demi-heure. Elle a du être mise sous oxygène par les pompiers à plusieurs reprises. Elle a été hospitalisée deux jours en psychiatrie.

Là, elle a précisé qu’elle ne voulait pas de neuroleptiques et malgré cela, dés le premier jour elle en a eu associés à de l’effexor et du temesta. En sortant deux jours plus tard, son médecin traitant a commencé à être ébranlé par tant d’avis médicaux convergents (mais sans doute motivé par un seul dossier médical ) et a évoqué la nécessité de poursuivre le médicament prescrit .

Ma fille avait eu des difficultés à arrêter le risperdal quelques mois auparavant. Ses troubles par contre étaient apparus après l’arrêt des antidépresseurs et avec la prise de lysanxia et de xanax. Nous avons donc décidé de poursuivre uniquement le traitement sous effexor et temesta.

Celui-ci a beaucoup aidé ma fille. Elle a pu reprendre la lecture. Les crises d’angoisses sont gérables et baissent considérablement sous témesta à dose correcte.

En août ma fille a fait une cure à Néris les Bains. Les massages lui furent très bénéfiques.

Depuis le mois de septembre, elle est partie vivre la semaine chez son frère dans une ville à plus de 100 km pour reprendre une vie sociale avec des jeunes de son âge. Elle a entamé une formation pour s’orienter vers un bts en alternance. Elle continue à voir très régulièrement sa psychologue.

Elle avait décidé d’arrêter la procédure mais a été convoquée par la juge d’instruction. Elle vient d’apprendre qu’il n’est pas possible d’arrêter la procédure. Bien sûr elle n’a pas été bien. Elle a eu de nouveau des épisodes de souvenirs non maîtrisés mais elle a lu votre phrase : « des manifestations normales à une situation anormale »… elle a lu vos articles et elle est maintenant persuadée de ne pas être ni psychotique ni schizophrène.

Cela lui a permis de continuer son stage, de retourner chez son frère, d’être moins exigeante envers elle-même et en étant moins anxieuse devant les symptômes de son traumatisme, l’anxiété est globalement moins importante même si les circonstances restent difficiles.

Pour accompagner ma fille ces dernières années, j’ai été contrainte de me mettre en arrêt maladie. J’ai été plus d’un an avec la moitié d’un salaire, je suis en surendettement, j’ai fait le choix sans hésiter de sacrifier ma vie professionnelle. Pour garder les idées claires, je n’ai jamais pris de médicaments, j’ai pratiqué la brain gym pour gérer la fatigue et le stress, j’ai dévoré des milliers de pages médicales en Français et en Anglais sur Internet. Le vide existant au niveau d’une bonne prise en charge médicale ne m’a pas laissé le choix mais j’ai eu conscience que cette absence de prise en charge correcte constituait pour ma fille un traumatisme supplémentaire avec une nouvelle mise en danger, une perte de confiance en son environnement médical.

Souvent ma fille évoque les personnes agressées qui n’ont pas le soutien de leur famille ou pis encore, celles dont on remet leur parole en doute au sein même de la famille. Comment survivre ?

Bien sûr, j’ai eu le sentiment de prendre des risques en faisant confiance en mon intuition. Je suis certaine d’avoir fait des erreurs dans ce parcours pour lequel je ne m’étais pas préparée. Néanmoins le fait de voir ma fille s’exprimer, pleurer, rire, prendre de l’autonomie, choisir une direction est une joie pour moi. Les feux orange clignotant de l’inquiétude d’une maman sont toujours prêt à s’activer et, actuellement mon travail consiste à les entretenir à bon escient, c’est-à-dire être là quand il faut, seulement quand il faut.

Je me pose cependant une question, au niveau médical, quand je vois les études et les enquêtes sur les schizophrènes et les terrains à risque de cette maladie. Les études se situent toujours sur un diagnostic établi et que l’on ne remet pas en cause or le diagnostic ne s’appuie que sur une série de symptômes qui se répètent dans le temps. Si on prend pour exemple des personnes ayant subi un traumatisme, les symptômes de stress post traumatique alliés à la mauvaise prise en charge de ces malades et donc à la répétition de ceux-ci dans le temps peuvent permettre de faire un diagnostic de schizophrénie erroné pour peu que l’on ne fasse pas de lien entre les états dissociatifs et les traumatismes antérieurs. Dans les mêmes enquêtes sur la schizophrénie on voit que les traumatismes durant l’enfance font partie d’un terrain favorable, ainsi que les facteurs environnementaux or en changeant de point de vue, il semble légitime de se demander si tous les schizophrènes diagnostiqués dans ce cas ne sont pas des personnes souffrant de SPT.

De même on parle des effets du cannabis à forte dose, je suis bien sûr persuadée que cette substance est nocive, néanmoins on peut remarquer également que la souffrance dû au stress post traumatique favorise la prise de drogue ou d’alcool pour soulager cette souffrance. Il n’est donc pas inopportun de penser qu’un certain nombre de ces schizophrènes diagnostiqués sont des personnes victimes de traumatismes non pris en charge et dont l’état s’est détérioré avec la prise de ces substances.

Ce qui me semble dramatique c’est la difficulté pour remettre en question des diagnostics établis. Il semble difficile de faire part de mon sentiment voire de l’expérience de ma fille sur le net sans risquer de donner de faux espoirs à de vrais malades ce qui serait désastreux voire dangereux. J’ai essayé d’en parler avec le psychiatre qui avait suivi ma fille à la clinique mais il était tellement difficile pour lui de remettre en cause son diagnostic et tellement facile pour lui de penser qu’une mère qui refuse le diagnostic est une chose tellement courante, normale, compréhensible, que j’ai bien vu qu’il ne m’écoutait pas.

Alors la seule solution que je vois, est de vous écrire mon simple avis, peut-être pourrez vous grâce à vos formations permettre à vos confrères d’éviter des épidémies de schizophrénie, de psychotiques hypermédicamentés (je me demande d’ailleurs si certains laboratoires n’ont pas un intérêt financier à favoriser cette épidémie, à financer des enquêtes). Vous pouvez utiliser mon témoignage comme vous le désirez pour favoriser la création de centre d’accueil pour les victimes ce qui me semble la solution la plus satisfaisante pour elles.

Avec tous mes remerciements pour votre action,

*

« Malgré toutes mes cystites et mycoses, ma crainte des examens vaginaux, [la gynéco] ne m’a jamais posé de questions. »

Quand j’avais 15 ans j’ai confié à mon médecin de famille avoir été violée par un autre médecin, une semaine après les faits. Il m’a regardée droit dans les yeux, m’a dit que c’était impossible et que je devrais orienter mes soupçons vers mon père (j’ai une excellente relation avec mon père et il ne m’a jamais touchée). Il n’en a pas dit un seul mot à ma mère.

Plus tard, j’ai été hospitalisée pour des crises clastiques. Le psychiatre qui m’a suivie ne m’a jamais demandé si j’avais été victime de violences sexuelles, bien qu’il ait fait part de cette éventualité à ma mère.

Deux ans plus tard, j’avais alors 17 ans, j’ai consulté une sexologue à cause du mon blocage vaginal. Je lui ai confié avoir été violée: elle ne m’a pas crue. A la place, elle me faisait faire de la relaxation mais ça ne fonctionnait pas du tout.

Parallèlement à cela, j’étais suivie par une gynécologue. Malgré toutes mes cystites et mycoses, ma crainte des examens vaginaux, elle ne m’a jamais posé de questions. Une fois, je lui ai demandé si j’avais toujours mon hymen : elle m’a à moitié grondée en me disant que c’était une question stupide, que je devais bien savoir si je l’avais encore ou non… Elle était assez brusque, et elle ne tenait pas compte de mes demandes quand je lui disais de ne pas me brusquer. Du coup, les examens étaient très douloureux pour moi.

Par contre, c’est ma nouvelle gynécologue qui, au bout de 6 mois de suivi, m’a fait parler et m’a encouragée à porter plainte. Je lui serai toujours reconnaissante pour ça. Elle était sensibilisée au problème puisqu’elle est membre d’un CIDFF (Centre d’Information Des Femmes et des Familles).

De plus, j’ai eu et ai toujours des problèmes au niveau de la prise en charge psychologique. Après mon dépôt de plainte, on m’a conseillé une psychothérapeute qui était plus intéressée par son reflet dans le miroir que par ce que je racontais. Les séances duraient 20-25 minutes tout au plus, et je n’avançais pas. Elle me disait souvent qu’il y avait pire que mon cas dans la vie, ce qui me faisait culpabiliser.

J’ai ensuite été suivie par un psychiatre, très bien pour toutes les problématiques familiales, mais pour le viol, il adoptait une méthode qui ne me convenait pas. Il essayait de rechercher dans mon enfance des traumatismes qui auraient été réactivés par le viol…

J’ai ensuite été suivie par une psychothérapeute « victimologue » qui, ne croyant visiblement pas un mot de mon histoire, me traitait comme si je souffrais de névrose obsessionnelle. Alors pour mon blocage sexuel, elle me conseillait d’aller à la piscine et de faire des bains à bulles… La semaine suivant le procès, j’étais très mal, et elle m’a proposé un rendez-vous seulement deux mois après ! J’aurais pu me suicider si entre temps je n’avais pas trouvé ma psy actuelle.

Et encore aujourd’hui, c’est dur avec ma nouvelle psy qui s’y connait un peu plus, qui me croit, mais qui a parfois tendance à rester trop dans la théorie. Elle me dit des choses comme « mettez-vous à distance de tout cela, faites confiance à la justice, il ne peut plus rien vous faire maintenant », alors que je sais pertinemment que je ne peux pas faire confiance à la justice et que j’ai en face de moi un pervers de la pire espèce, qui a réussi à manipuler pendant 6 ans la moitié des juges qu’il a rencontrés ! C’est dur, très très dur de devoir taper du poing sur la table pour se faire entendre, même par les psychologues! Et je passe sur les médecins du travail qui, quand ils me voient, croient que je vais bien alors que c’est juste une façade pour garder ma dignité !

*

J’ai tenu bon face à leurs questions persistantes et je répétais sans cesse : « je m’appelle paradoxe ».

J’ai 36 ans à la fin du mois.

De mes deux ans et demi à ma puberté, j’ai subi de graves sévices sexuels par mes parents et leurs amis ainsi que des maltraitances proches de la torture. Ma mère est décédée quand j’avais 22 ans. Jusqu’à sa mort elle a été d’une violence inouïe avec moi.

Mon père était médecin spécialisé en cardiologie, il avait de l’argent, notre famille était vue comme idéale.

Depuis la petite enfance, j’ai développé des états anxieux, d’une extrême gravité, que mon père a soigné, sans rien connaitre à la pédopsychiatrie, par de l’atarax à des doses pour adulte, et à la demande. Et par des bains de tilleuil qui me faisaient mal (on ne retirait pas les branches), d’autant que j’avais souvent des plaies sur le corps dûs aux sévices.

J’ai tenté de me suicider à 8 ans en me défenestrant. j’ai été soignée à la maison sans passer par l’hôpital.

Mon carnet de santé est vierge, mis à part quelques faux.

Je n’ai jamais été vaccinée pour le BCG, et ce n’est qu’à 21 ans que j’ai été vaccinée pour la première fois de ma vie à l’institut pasteur, quand je suis partie en inde pour un voyage.

À vingt et un ans, je me souvenais de très peu de choses du calvaire que j’avais subi enfant. Ma meilleure amie de l’époque venait de perdre son frère qui s’était suicidé en se défenestrant RAVIVANT l’angoisse et la reminiscence de ma défenestration à huit ans.

Suite à cela, j’ai eu une première bouffée délirante, et après une nuit d’errance en février, pieds nus et en tee shirt, j’ai été récupérée par les policiers qui m’ont harcelée pour savoir mon identité.

J’ai tenu bon face à leurs questions persistantes et je répétais sans cesse : « je m’appelle paradoxe ».

Alors on m’a transférée en psychiatrie à Saint Anne, sur paris.

Les psychiatres me laissaient dormir un peu puis m’interrogeaient, à force j’ai cedé, j’ai dit mon nom.

J’ai atterri au service des grands agités, dans une chambre avec un matelas, enfermée.

Ils sont venus à cinq pour m’immobiliser, on a baissé mon pantalon en me menaçant et avec une grande violence, pour me faire une piqûre dans les fesses. Je pesais 50 kg pour 1m 68. Et j’ai hurlé de toutes mes forces, jamais je n’avais hurlé si fort de ma vie, je croyais que j’allais mourir. ils sont repartis et m’ont laissée seule dans la chambre.

Puis ce n’est que le soir que j’ai intégré un service très fermé à Saint Anne.

J’avais droit à une heure de sortie dans les jardins de l’hopital par jour, au bout de deux semaines.

Mes parents, anciens tortionnaires, ont demandé à la psychiatre d’interdire tout contact entre moi et mes amies, qui seules me donnaient de l’espoir et l’impression d’être quelq’un d’aimable.

Quand je voulais parler à ma psychiatre de ce qui m’était arrivé durant cette nuit d’errance et des flashs qui apparaissaient, sa réponse était : « je ne fais que soigner votre pathologie (psychose) mais je ne fais pas de thérapie ».

Le résultat, c’est que je vivais dans une angoisse terrible, car il m’était tant arrivé cette nuit là ! Et je me réveillais sans cesse à quatre heures du matin. Pas le droit de sortir de sa chambre, je gérais seule mes crise de spasmophilie qui se déclencahient à mes réveils.

Les seuls conseils que la psy me donnait c’était sur mes lectures, elle m’a interdit de lire l’idiot de Doistoevsky, par contre, Paolo Coelho, elle n’était pas contre on m’a fait faire un test de QI.
Ma mère y a eu accès et m’a dit « pas terrible… »
Les psys ne m’ont fait aucun retour…

Je suis restée des années à penser que j’étais comme elle me le répétait enfant, débile et folle.

Ma mère venait tous les mardis me voir, seule visite autorisée.

Je suis restée un mois là, à attendre je ne sais quoi… J’étais gavée d’Haldol, d’anxiolytiques et de correcteurs car j’étais toute raide suite aux effets secondaires.

À ma sortie, mes parents ont refusé que j’aille en maison de repos et j’ai fait ma convalescence chez eux où j’avais toute mon enfance été battue et violée et séquestrée.

J’ai rapidement fait une dépression, et la psy de Saint Anne n’a pas voulu me prescrire d’antidépresseurs, me disant que c’était normal et que ça passerait (je ne pouvais plus prendre de douche seule). Mes parents m’ont maltraitée à nouveau, profitant de mon angoisse extrême et de mon handicap (deux sciatiques datant de l’enfnace et une élocution perturbée).

Je suis parvenue à aller voir un psy en ville en avril. Il m’a dit qu’il pensait que j’avais subi des traumas lourds, voire des viols.

Ma mère est décédée entre temps, mon psy m’a baissé progressivement mon traitement et en un an je n’avais plus aucun médicament !

À 24 ans, je passais le concours de professeurs des écoles avec succès.

Hélas, ce psy a pris sa retraite.
Et j’en ai eu une nouvelle psy qui a remis en question les diagnostics. Après les séances, j’avais des pulsions suicidaires. Elle m’a remise sous anti psychotiques, anti dépresseurs et anxiolytiques.

J’ai démissionné de l’éducation nationale.
Je m’en fichais, la psy me disait que mon père avait été protecteur avec moi dans l’enfance et que ma mère n’était pas capable de me faire toutes les violences que je lui rapportais.
Je me suis faite emploi-jeune deux ans, puis commencèrent des hospitalisations à la chaîne, à la suite de tentatives de suicide de plus en plus violentes, et surtout après un viol dans mon appartement où je vivais seule.

Aux urgences de l’hôpital Tenon, la psy m’a dit « votre geste, c’était pour dire merde à votre psy de ville » !
Non, c’est parce qu’on m’avait violée chez moi juste avant, je n’en ai parlé à personne de ma vie.
On m’a à nouveau proposé une maison de repos, mais mon père a refusé de me payer les frais.

Jusqu’en 2004, j’ai été hospitalisée presque tout le temps, en clinique et en hôpital de secteur, j’ai connu un coma de quatre jours et mon père m’a laissée dans une misère noire.

J’ai eu tous les diagnostics : psychotique, troubles de l’humeur, bipolaire, on a même pensé me prescrire de la sismothérapie !

En 2004, je rencontrai le père de mon fils qui m’a fait venir chez lui.

Je l’ai épousé, car il me disait qu’il me protègerait ainsi de mon père.

Deux ans plus tard mon fils est né, et j’ai refait une bouffée délirante à ses cinq mois.

Mon bébé a été abandonné par son père et moi hospitalisée à nouveau.

La condition de l’ASE était que je reste en hôpital de jour pour qu’ils acceptent de me faire confiance (je n’avais pourtant jamais fait de mal à mon fils).

J’y suis restée 4 ans.

Je n’ai récupéré mon fils qu’à ses trois ans.

Personne n’écoutait rien quand je rapportais mes souvenirs, ceuxconcernant mes sévices m’étaient apparus beaucoup plus clairement depuis la naissance de mon enfant et son placement.

Quand j’angoissais trop, on augmentait les doses.

On m’a prescrit jusqu’à 5 tercian 100 mg à une époque, sans compter les autres médicaments et les antipsychotiques.

Mon errance thérapeutique a duré 14 ans.

J’ai enfin une psychiatre traumatologue qui me suit depuis près d’un an et qui croit en moi, enfin!!!!

Elle diagnostiqué pour moi un état de stress post traumatique et reste convaincue de son constat.

Je n’ai en fait aucune psychose, ni trouble mental.

Aujourd’hui, les services sociaux se basent sur les diagnostics des médecins incompétents d’avant qui voyaient en moi une schizophrène pour certains. Et ils me menacent de me retirer mon enfant, car selon ces mêmes services sociaux, je serais un danger potentiel pour mon fils depuis que j’ai quitté le papa qui était un grand manipulateur et d’une grande violence psychologique à mon égard.

En pleine résilience,, il y a un mois et demi, ma mémoire traumatique s’est réveillée avec violence et je vis un calvaire, fait d’attaques paniques, de flashs, de peurs incontrôlées et de crises de spasmophilie fréquentes.
Je ne sais pas ce que m’attend l’avenir, et si on va me retirer mon fils.

Je ne prends plus aujourd’hui que des anxiolytiques à faible dose pour gérer mes angoisses, mais mêmes ces médicaments devenaient inutiles avant le signalement.

Je fuis les psys comme la peste.

Je me présente très rapidement, j’ai 38 ans et je vis en concubinage. J’ai été attouché par mon frère (j’avais environ 8 ans et lui 3 ans de plus). A l’âge de 16 ans, alors que je ne connaissais rien de l’amour, j’ai servi de « cobbaye » à mon cousin âgé à l’époque de 15 ans. Il m’a violé pendant une semaine, toutes les nuits. J’ai, je pense, tout subi au niveau psychologique : chantage, menace, commentaire grivois, manipulation mentale…

A la fin de cette semaine, je suis repartie de chez ses grands parents abasourdie, ne comprenant pas ce qui m’était arrivée. Puis au fil des mois et des années, ma mémoire a enfoui tous les détails de ces abus sexuels. Je me souvenais, du moins, je savais que j’avais été violé mais je ne savais plus comment ni de quelle façon. C’était le trou noir. J’ai donc vécu dans ce que je pourrais appeler une cage dorée. Ca a duré 10 ans. Quelques années après les abus, j’ai commencé à avoir des flashs, faire des cauchemars, j’étais prise de panique sans cause apparente. J’étais mal, de plus en plus mal. J’ai alors multiplié les conduites à risque, j’ai joué avec la mort, la défiant sans cesse. Puis j’ai commencé à en parler, me disant que forcément, on me croirait. La première personne à qui je l’ai dit, c’est ma mère. Elle m’a fusillé du regard et m’a traité de menteuse et de sale p… blessée par ces propos, je ne lui en ai plus js reparlé. Puis ce fut une autre personne de confiance qui après m’avoir écouté m’a juste dit que c’était des jeux de gosses qui avait mal tourné.

Je fus à nouveau blessé et choqué d’entendre ça. Persistante, j’en ai parlé à nouveau à quelqu’un d’autre (une de mes amies de l’époque) elle m’a dit que c’était « entre ados » et que, comme c’était « juste des doigtés », ce n’était pas vraiment un viol. Je continuais donc à vivre avec ce poids sur le coeur et sur l’âme tout en me disant que c’était peut être pas si grave que ça ce qui m’était arrivé, que les personnes à qui j’en avais parlé avaient peut être raison, que je n’avais pas été violé, et pourtant, ma souffrance, la douleur étaient lancinantes… Je voulais mourir souvent, trop souvent. J’ai donc décidé d’aller voir un psy, puis deux, puis trois, puis quatre, puis cinq, puis six. Ils eurent tous un comportement différent mais qui ne me convenait nullement. Le premier se contentait d’hôcher la tête sans rien dire. La deuxième me fit un chantage odieux (qui me rappelait étrangement celui de mon cousin) : soit je portais plainte contre lui, soit j’arrêtais la psychotérapie avec elle… Le troisième me lança que franchement, c’était pas si grave que ça, que j’étais toujours en vie ! la quatrième me crut à peine et me balança « vous parlez d’amnésie post traumatique, comment peut-on oublier des actes aussi graves ? » . La cinquième et la sixème ne furent pas mieux que les autres. Du genre obstinée, je finis par intégrer un groupe de parole qui m’aida, en parallèle je fus suivi par une psychiatre qui au bout de deux ans estima que je pouvais arrêter les entretiens, que de toute façon, elle ne pouvait plus rien faire pour moi !

Très honnêtement, après tous ces échecs plutôt cuisants, j’allais quand même nettement mieux. J’avais même l’impression d’avoir accouché d’une autre vie, mais un an plus tard (soit un peu plus de dix ans), je décidais de re rencontrer un mec. J’eus la grave erreur de « choisir » un type sur un réseau téléphonique. Je choisis même de le rencontrer chez moi. Dès le premier soir, j’y passais, aucune précaution, aucune tendresse, aucun prélimaire, rien ! ce type me viola pendant quelques mois et ça tous les we. C »était ce qu’on appelle un pervers narcissique. J’ai claqué la porte lorsque j’ai appris par sa bouche qu’il voulait que l’on fasse un truc à trois (il voulait me présenter à un de ces potes et qu’on fasse l’amour tous les trois) .

Comme je ne voulais pas encore connaître le parcours du combattant d’avant (niveau psy je parle), je décidais d’essayer d’avoir de l’aide ailleurs. J’écumais donc le net, à la recherche de forums et de groupe qui pourraient m’aider. Là encore, je me suis complètement leurrée. N’étant pas des pros, je n’arrivais pas à trouver ma place, et comme j’ai un caractère disons assez passionné, je me suis fait virée de tous les groupes et forums qui existent sur le net. J’ai conscience qu’une psychotérapie après ces derniers abus m’auraient été nécessaire, j’ai donc essayé de consulter à nouveau, re re échec ! j’ai vu deux autres pys (deux psychologues) la première, alors qu’elle savait que j’avais un réel besoin de parler de mon ex, a focalisé ces entretiens sur mes parents, la deuxième m’a clairement fait comprendre qu’elle doutait que dans un couple, les viols existent !

Ce qui en résulte de tout ça aujourd’hui : je fuis les psys comme la peste. Je n’ai aucune confiance en l’être humain. Je ne demande plus d’aide de qui que ce soit (et poutant j’en aurais besoin) de peur d’être à nouveau déçue, rejetée, trahie, blessée, pas crue, pas bien prise en charge, etc… Les psychotérapeutes me dégoutent. Je souffre encore beaucoup de ce passé, mais je n’arrive plus à me confier. Mon parcours, le fait d’avoir été malmenée comme je l’ai été, a fait que je me réfugie maintenant dans ma bulle… Voilà quelles sont les conséquences désastreuses de tout ce suivi, ou plutôt ce non suivi. Alors je me débrouille seule, butée comme je suis ça ne risque pas de changer. Je me documente et je lis beaucoup, j’essaie de comprendre pourquoi je me conduis encore parfois comme je le fais, pourquoi j’ai encore des trucs bizarres qui me trottent dans la tête.

Oh bien sûr, si je m’écoutais, j’aurai encore beaucoup de questions à vous poser, beaucoup à apprendre de vous. Vous avez été la première et la seule personne pro à ne pas me rire au nez lorsque j’ai parlé de « fantasmes de viols ». Les autres psys n’ont jamais pris ces fantasmes au sérieux… Ils les balayaient d’un revers de la main ou dédramatisaient en me disant que c’était juste des fantasmes et c’est tout. Voilà, je vais pas vous embêter plus longtemps. Merci de m’avoir lue, c’était long, désolée.

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