Mère fusionnelle, femme toxique, enfant aliénée et père castré, partie 1 : ça brûle toujours**

Dans le 6ème arrondissement de Marseille, un jour d’hiver, une mère s’inquiète.
Elle en parle à son médecin :
– « Ma fille fait de plus en plus de crises d’asthme »
– « je vous renouvelle la ventoline ? »
– « oui »
Elle hésite et se lance:
– « je voulais vous dire : il y a des infiltrations dans l’immeuble depuis des années. La chambre de ma fille est irrespirable : le mur se couvre de plaques noires et marrons. ça pourrait être à cause de ça ? »
« bon, bon, ma petite dame, n’allez pas chercher des choses qui n’existent pas … votre fille est bien dans sa chambre, elle a juste besoin que vous la couviez moins, l’asthme est plus courant qu’on ne le croit, nul besoin de dramatiser, personne n’en meurt ».

Mois de mars. 3ème bronchite asthmatiforme de sa fille, elle-même se relève difficilement d’un rhume qui a dégénéré en otite.
Elle retourne chez le médecin, plus décidée que jamais. Mais lui aussi est buté :
– « bon, ma petite dame, vous n’allez pas m’apprendre mon métier ».

Entre les déplacements aux urgences les jours de crise de l’enfant, malgré les visites auprès de ses patients à rattraper, même le week end, elle parle aux locataires de son immeuble.
Puis, forte des inquiétudes de nombreuses personnes de l’immeuble, elle écrit à quelques propriétaires.
Monsieur J. D., président de copropriété et propriétaire majoritaire des logements lui envoie un courrier abrupte : tout va bien, tout est aux normes, une enquête a été menée il y a deux ans qui n’a rien révélé … il précise qu’ « on » n’aime pas les faiseurs de problèmes par ici, qu’elle est seule à élever sa fille, elle devrait y penser … pour le bien de l’enfant, il faut qu’elle cesse d’inventer des problèmes, sinon une plainte pourrait tout à fait tomber.
Ce qui tombe pour l’instant c’est le mot : « hystérique ». « Les divagations d’une hystérique » plus précisément. Dossier enterré.

23 juillet, 22h17. Départ de feu dans l’un des logements. Le voisin du dessus.
Le piège de flammes se referme en moins de 5 minutes sur le logement, en 10 minutes sur les habitants du palier … Elle court hors de son logement, avec sa fille dans les bras, elle fuit, sa fille ne peut presque plus respirer.
Hébétée, affolée, elle se retrouve en bas de l’immeuble, derrière elle, tout ce qu’elle a se noie dans les flammes.

Un pompier, appelé par un voisin, marche non loin de là et regarde les alentours.
Elle court avec son enfant dans les bras, et s’accroche à lui :
– « Sauvez ma fille ! »
Surpris et agacé :
– « Mais qu’est-ce qui vous prend ? »
– « Vous ne voyez pas ? Ma fille ne respire plus ! »
– « Mais qu’est-ce que vous racontez ? Bien sûr, elle respire, sinon elle ne gémirait pas ! Et si vous ne la teniez pas aussi serrée, elle pourrait respirer »
– « Mais faites quelque chose ! »
– « Calmez-vous ma petite dame, vous étouffez votre enfant, vous l’inquiétez aussi, regardez, elle bleuit »
– « Et le feu, vous allez l’éteindre ?! »
– « Quel feu ? »
– « Mais là !!!! », hurle la mère, sidérée, en panique et en rage.
– « Calmez-vous, sinon je vous emmène à l’hôpital ! C’est grave ce que vous dites là, vous savez : on ne crie pas au feu pour rien ! Vous avez des preuves de ce que vous dites ? »

Une ambulance, appelée par le pompier au vu de l’état critique de cette mère agitée, s’approche, un ambulancier en descend.
S’adressant au pompier :
– « Eh beh, eh beh, qu’est-ce qui se passe ? C’est encore pour Madame C. F. ? Ce n’est pas la première fois qu’on se déplace ».
Plus bas, au pompier :
– « Elle est procédurière, elle écrit aux propriétaires, elle fait tout pour ternir l’image du propriétaire de son logement, elle serait prête à le traîner en justice, tout ça pour se venger et ne pas payer de loyer ».
A la mère, froidement :
– « Vous vous rendez compte de ce que vous faites vivre à votre enfant ? Vous avez vu son état d’angoisse ? Elle est agitée, elle est en pleurs… vous croyez que c’est un état normal pour une enfant ? Vous lui transmettez votre angoisse, et maintenant elle fait une crise d’asthme .. encore une ».
L’air définitif, hochant la tête comme un maillet de juge :
« On pourrait l’hospitaliser ! c’est ça que vous voulez ! »
La mère, soudain saisie par un ultime espoir :
– « OUI ! »
Le pompier :
– « mais attention, Madame, si vous persistez à ne pas trouver d’accord avec votre propriétaire, si vous refusez d’avoir des relations apaisées avec lui, d’adulte à adulte responsable, si vous refusez les médiations, le tribunal administratif pourra décider que votre fille vivra sans vous dans ce logement : pour sa sécurité vous irez vivre ailleurs ».
En durcissant le ton :
« Tout enfant a droit à un toit ! Vous essayez de la priver de toit depuis des mois. Et ce soir, regardez ce que vous offrez à votre fille : la rue. Pourquoi êtes-vous là ? pourquoi avoir fui votre logement, pourquoi l’éloigner de sa chambre ? Vous entretenez chez votre enfant une peur irrationnelle de son propriétaire, à cause de vous, elle croit qu’il lui fait du mal, c’est l’image du propriétaire, là, que vous détruisez, et plus tard, ça peut avoir des conséquences très graves, elle finira sans logement, SDF ».

23 juillet, 22h53 : trois morts. 72 personnes expulsées par les flammes, hagardes dans la rue. Et une enfant inanimée dans les bras de sa mère, sombrée dans le coma devant un pompier et un ambulancier.

24 juillet, 9h00, commissariat de police. L’OPJ a le visage dur que donne la certitude de rendre, seul contre tous, la justice ; il laisse un message sur le répondeur de la mère :
– « Vous ne vous êtes pas rendue au poste ce jour. Dans des circonstances aussi graves, une telle inconséquence est inadmissible. Venez cette après midi, je vous recevrez pour vous auditionner ».

24 juillet, 13h20, l’enfant sort du coma mais reste en réanimation. Sa mère doit se rendre au commissariat.

Le psychologue du commissariat la reçoit :
– « Madame, vous comprenez que l’on peut se poser la question … pourquoi vous n’êtes pas parti plus tôt ? Pourquoi vous n’avez pas protégé votre enfant ? ».

L’OPJ prend la relève … il laisse planer un ton et des silences intimidants :
« Vous savez, vous feriez mieux de parler, nous raconter ce qui s’est passé ».
Silence.
« Le propriétaire a porté plainte contre vous, pour incendie volontaire ! Qu’avez vous à dire ? »
Silences.
« Il a des preuves que vous le harcelez depuis des mois, que vous avez essayé de remonter les locataires contre lui, de ternir son image auprès du syndic. Vous vouliez priver votre enfant de toit ? c’est pour ça que vous avez inventé des histoires de moisissures … »
Silence.
« et cette hypermédicalisation autour de votre enfant ? il y aura une enquête vous savez, on le saura si ces hospitalisations … 4 en deux mois, vous vous rendez compte ? si elles étaient justifiées ».

« Il dit aussi que vous laissiez souvent votre enfant seule, pour aller à droite à gauche, chez des gens … pour une mère soi-disant inquiète … ».

Elle échappe aux poursuites car une plainte collective a été déposée contre Monsieur J. D. : une enquête diligentée par l’assurance d’une copropriétaire a établi l’insalubrité irrémédiable de certaines parties de l’immeuble. Le drame du 23 juillet aurait pu arriver bien plus tôt, il était presque inévitable tant que le propriétaire n’était pas condamné et les gens relogé-e-s.

____

Scénario improbable ? Car le lien entre asthme et environnement insalubre est connu ? Car les flammes ça se voit ? Car les pompiers ont un nez et les ambulanciers des yeux ? Car une locataire qui met le feu à son propre logement pour priver son enfant d’un toit, c’est plutôt tordu comme histoire … Oui. Scénario improbable. Histoire inventée.

Par contre, si vous la modifiez un peu, ça se passe près de chez vous, tous les jours, et des dizaines de métiers sont impliqués dans cette conspiration des oreilles bouchées.

Quand le « propriétaire » est le père de l’enfant, et « l’incendie » est la violence paternelle et la violence conjugale, on assiste exactement à ce genre de situations folles – convergence de pratiques sociales policières et judiciaires héritées du code napoléon et du pouvoir psychiatrique et psychanalytique sur les femmes. Cette violence institutionnelle se durcit à chaque offensive masculiniste. Alors, on assiste à un véritable scénario absurde qui, s’il n’était pas mortel pour une femme ou un enfant, serait hilarant de bêtise.

Tous les jours, des avocats, des juges, des policiers, des gendarmes, des médecins, des psychologues, des psychiatres, des psychanalystes, des directeurs d’école, des enquêtrices sociales mandatées par le JAF ou le JE … répètent à Madame d’arrêter de transmettre son angoisse à son enfant, et de retourner dans l’immeuble en flamme, au nom du bien de l’enfant, pour ne pas priver l’enfant d’un  propriétaire et le propriétaire d’un locataire. Certains ont même enquêté dans les décombres avant d’exiger de telles choses.

Leur idée fixe est simple : quand ils admettent que la mère a été victime de violences conjugales (c’est rare : la plupart du temps, la mère passe pour une menteuse, affabulatrice, revancharde qui instrumentalise son enfant et manipule les institutions dans son projet malveillant ou irresponsable … bref, on l’accuse de ce que fait l’agresseur), ils se disent que Madame réagit pour rien, « à cause de son passé » ! Oui, elle a vécu un incendie, il y a longtemps, mais c’est fini maintenant (N. B. : les violences conjugales, ça finit un jour, l’incendiaire change et devient miraculeusement un bon père grâce à un jugement de divorce, mais madame n’arrive pas à tourner la page !). Et là, devant son enfant qui tousse, elle se croit en plein incendie, et alerte les pompiers et tout le monde pour ses angoisses imaginaires.

Convaincus, ces professionnels accusent Madame d’aliéner son enfant pour éloigner le père. Quand elle protège son enfant en anticipant tous les mauvais coups de Monsieur, on la dit « sensitive » (une formule polie pour dire paranoïaque), ou « fusionnelle », « surprotectrice », et on « réintroduit du père » à grand coup d’expertises du lien, de séances psy au CMP, de médiations, de mesures AEMO et de menaces par le juge ; personne ne songe à se demander pourquoi ce gentil père maintient des gardes invivables pour ses enfants avec ses ex, alors qu’il ne s’occupe pas d’eux et en laisse la charge à son actuelle proie (N.B. un homme dominateur ou violent ne l’est qu’avec une seule femme dans sa vie, et même pas avec son enfant, c’est démontré scientifiquement : les hommes sexistes, comme les catastrophes inexpliquées ou les hasards malheureux, ne présentent aucun risque de récidive) … si par miracle, une enquêtrice débarque dans la situation, elle va plutôt y voir le signe d’un bon père (démesurément remercié pour le seul fait d’ « être là » pour – dans la même pièce que – ses enfants), elle soutiendra son combat pour pas perdre le contact avec ses enfants, et si ces enfants chanceux présentent, malgré tout, des symptômes de stress indéniables (l’écrasante majorité des professionnels de l’enfance ne savent pas identifier ni interpréter les signes de stress post-traumatique chez les enfants), elle va facilement accuser la belle-mère (cette marâtre éternelle qui concentre la double haine patriarcale pour les femmes et pour les mères) ou invoquer une jalousie de l’enfant envers un nouveau né ou envers sa belle-mère (N.B. la nature de la femme est proche de celle de l’enfant : tous deux très sujets à la jalousie, la majorité de leurs plaintes résultent de ce penchant naturel), et, en classant l’enquête ou en ouvrant les droits du père, elle va enterrer les enfants dans le silence ; plus l’enfant a des symptômes de stress aigu ou, pire, chronique, plus la mère sera soupçonnée par les services sociaux et les psy d’être une mauvaise mère et plus l’enfant sera perçu comme étant en danger avec sa mère, qui « l’instrumentalise » dans sa « folie maternelle » ; quand elle dénonce les violences paternelles, on l’accuse de ternir l’image du père; quand elle les fuit, on l’accuse de vouloir éloigner son enfant d’un Père, cette figure symbolique quasi divine ; si elle décide, face à l’évidence de la violence, de ne pas livrer son enfant à l’agresseur, Monsieur porte plainte, elle finit convoquée au commissariat (ici la présomption d’innocence, droit exorbitant dans les mains d’un homme agresseur, ne vaut plus du tout, et Madame est malmenée sans ménagement), parfois elle reste quelques heures en garde à vue pendant que Monsieur, avec l’aide des forces de l’ordre, va chercher les enfants, et parfois elle est condamnée en correctionnelle, à 3 mois avec sursis et 2.000 euros de dommages et intérêts à verser à l’agresseur … cet agresseur qui échappera presque toujours à la justice ; quand elle veut faire soigner l’enfant, elle ne peut pas (l’agresseur a l’autorité parentale et s’oppose à tout soin efficace), si elle y parvient, on l’accuse de surmédicaliser son enfant (préjugé de Münchhausen par procuration – un syndrome aussi rare dans la population générale que fréquent chez les mères d’enfants victimes d’un père ou d’un beau-père) ; quand elle lâche la rampe et se contente de parer les coups les plus durs, anesthésiée, épuisée par des années de guerre totale par un homme que tout le monde encense ou protège, on l’accuse de « ne pas se rendre compte »; alors, un juge finit par l’accuser de ne pas avoir protégé son enfant (de ce qu’aucun professionnel n’avait vu jusqu’à présent !) et il prononce le placement de l’enfant pour la punir de persister à « entretenir le conflit conjugal » ( = protéger son enfant). La machine s’emballe si Monsieur, pour se couvrir, décide de « dénoncer » Madame au JAF pour SAP, au JE pour mauvais traitement ou à la police pour coups et blessures (qu’il s’est lui-même infligé, et pour lesquels il a eu beaucoup plus de jours d’ITT qu’une femme à marques égales, car un homme qui se plaint ou qui pleure, ça impressionne beaucoup les professionnels) : des transferts de garde, des placements chez le père … rien n’est impossible pour n’importe quelle mère aux prises avec un homme déterminé qui somme la justice des Hommes de lui rendre raison. Et malheur à celle qui aurait vécu les mêmes violences durant son enfance ! elle sera deux fois accusée d’aliéner son enfant : pour éloigner le père et par projection de sa propre histoire. Si malgré tout cet interminable processus de lavage de cerveau institutionnel, l’enfant devenue grande a gardé une mémoire précise de certains faits, si elle a maintenu une once de confiance dans les autorités et décide de parler et dénoncer son père, sa mémoire blessée sera retenue contre elle, encore et encore.

 

Personne ne semble vouloir admettre l’évidence : si cette mère et son enfant présentent un même état d’angoisse, ce n’est pas parce que la mère (irrationnelle, fusionnelle, toxique et castratrice) a influencé l’enfant (terriblement suggestible et inconscient de tout ce qui se passe autour de lui sauf des états émotionnels internes de sa mère), mais tout simplement parce que mère et enfant ont subi la même réalité angoissante, les mêmes agressions, les mêmes violences et partagent une même peur d’un même agresseur !

Mais bien sûr, dans notre société saturée de haine anti-femme et de mépris anti-enfant, il est plus facile de traiter une mère d’hystérique et de ravaler un enfant au stade d’éponge à émotions (maternelles) sans conscience, que de retirer à un père un peu de son droit de propriété sur femme, enfants et biens ou son droit de brailler aux oreilles de ses sujets récalcitrants.

___________________________________

Pour conclure, quelques lectures supplémentaires + un film qui, malgré ses quelques clichés (homme armé, victimes conscientes de la violence qu’elles vivent), est très juste sur des points essentiels …

Film : Jusqu’à la garde, Xavier Legrand. (violences conjugales ; violences paternelles ; droits du père).

Film : Dolores Claiborne. (violences conjugales; violences paternelles ; violences sexuelles par inceste ; impact traumatique ; relation traumatisée mère-fille).

Livre : Lucas T. : Et moi alors ? fils d’un pervers narcissique. Ma souffrance invisible. (témoignage d’une très grande vérité. préface et post-face inadaptées).

Articles ou rapports :

« Agressions sexuelles incestueuses dans un contexte de séparation parentale : déni de justice ? » / Collectif féministe contre le Viol, Paris / 2000. 

https://www.centre-hubertine-auclert.fr/sites/default/files/fichiers/rapport-enfants-co-victimes.pdf

http://www.memoiretraumatique.org/assets/files/v1/campagne2015/2015-Rapport-enquete-AMTV.pdf

https://cfcv.asso.fr/wp-content/uploads/2017/07/Livret-juridique-2016-ok.pdf

Image associéeDolores Claiborne

__________________

** noues remercions M. D. éducatrice pour cet article que noues noues sommes contentées de relire et modifier dans sa forme.

Ce contenu a été publié dans arnaque, féminisme, masculinité, viol. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *