Violences par conjoint, un témoignage exemplaire

Une fois n’est pas coutume, je relaie ici un article mainstream. Parce qu’il fait écho à la parole d’une femme victime de violences par conjoint. J’y ai retrouvé énormément d’éléments caractéristiques de cette violence spécifique :
1) stratégies de l’agresseur : retournement de la culpabilité, isolement de la victime, organisation – parfois à échelle institutionnelle – de l’insécurité de la victime, coalition – presque toujours à échelle institutionnelle – des alliés de l’agresseur contre la victime.
2) détermination de l’agresseur à détruire sa victime. Avec le sadisme, c’est un moteur du harcèlement auquel la justice participe en acceptant des procédures répétitives de la part des agresseurs, parfois sur 10 ans, ayant pour objets principaux l’argent (révision de la pension, réclamation de sommes alors même que l’agresseur gagne presque toujours plus que sa victime) et les droits paternels (en particulier droit de « voir » les enfants – non de les prendre en charge, mais simplement rester en contact avec ses victimes) [à lire Hélène Palma « La percée de la mouvance masculiniste en Occident« ], en accordant des droits paternels aux conjoints violents, en ne faisant suivre les interdictions d’approcher d’aucune mesure coercitives, etc.
3) contraste entre le profil de l’agresseur, parfaitement intégré et crédible aux yeux des professionnels, et l’ampleur des violences dont il est capable. Ce contraste est une conséquence de la propagande masculiniste qui brosse en permanence le portrait d’un agresseur dont la brutalité « se voit sur le visage » selon les principes de la phrénologie. Il est un frein majeur dans la compréhension des situations de violences par les policiers, avocats, magistrats, médecins, journalistes…
4) lenteur et aveuglement de la justice qui révèlent une complicité structurelle (parfois individuelle comme on l’a vu au TGI de Meaux) avec l’agresseur
5) blessure spécifique que provoquent les violences sexuelles, car elles sont l’acte de marquage, d’assignation à la caste « femme » dont chaque homme a le pouvoir dans un patriarcat …

*

« Parole de femme battue [par son conjoint] qui se bat avec courage »

par Patrick Napez 21/03/2011

Après six ans de violences conjugales, Valérie tente d’obtenir réparation.

La digue a cédé le 30 décembre 2006. Devant son fils de 4 ans, Valérie (*) est rouée de coups par son mari en fureur. « Il me frappe, essaie de m’étrangler, hurle qu’il va y avoir trois morts... » Grâce à une amie, la jeune femme parvient à s’enfuir avec l’enfant. Fin de six ans de violences conjugales… mais début d’un combat, à ce jour inachevé, pour obtenir justice et réparation.

Valérie a voulu témoigner « pour surmonter la honte d’avoir vécu ça ! ». Et « pousser une gueulante ». Dire qu’elle s’est « épuisée en procédures et démarches sans résultats, face à des flics et des juges à qui il faut sans cesse tout redire. Et revivre le traumatisme… »

A contrecœur, elle s’impose l’anonymat dans le seul but de ne pas interférer avec “l’œuvre de justice”. Espérer encore que sa plainte pour les violences de 2006 aura enfin une suite. Attendre que soient exécutées les décisions qui condamnent en vain le mari à faire face à ses obligations financières. Pouvoir, un jour, à l’appui de ses propres mots peut-être trop subjectifs, montrer à son fils des documents qui auront valeur de preuve. « Que la justice fasse son travail, pour mon fils aussi ! »

Valérie n’occulte rien. Cet homme, elle l’a aimé passionnément, et admiré ses qualités intellectuelles, elle qui n’en manque pas et s’exprime avec des mots précis et pesés. Elle parle de la « stupeur » qui l’a empêchée de réagir pendant tant d’années aux violences psychologiques et physiques. « Les choses ont commencé à se dégrader après le suicide de son frère. D’abord des reproches : j’étais nulle, je ne servais à rien. Au début on n’y prête pas attention, on reste amoureuse, on se dit que les critiques sont peut-être fondées. »

Puis arrivent claques et bousculades. « Par mon travail d’infirmière, j’avais croisé des victimes à qui je disais qu’un homme qui frappe une fois recommence toujours. Et j’étais là, sous l’influence de cet homme, en perte d’estime de moi, incapable de réagir. »

Valérie refuse d’utiliser le mot de « viol » quand elle évoque ces « relations sexuelles contraintes qui permettent de ne pas trop se faire taper dessus. Un psychiatre a dit que les hommes donnent les coups qu’ils ne tirent pas ; de temps en temps ils font l’inverse… »

L’anesthésie s’arrête donc ce 30 janvier 2006, mais pas question de guérison ! Retors et fin juriste, le mari violent ouvre des contre-feux et poursuit son harcèlement « par des textos d’insultes, de chantages, de menaces ». A cette pression, s’ajoute l’incompréhension ou l’indifférence là où on ne les attend pas. Un médecin refuse de se déplacer pour constater les violences. Un policier désinvolte « vous demande vos recettes de cuisine parce que votre ex, entendu auparavant, lui a parlé de vos talents de cuisinière ».

Le divorce traîne jusqu’en 2010 et laisse Valérie exsangue financièrement car le mari a organisé son insolvabilité. Pourtant la jeune femme ne lâche pas prise. Sa mère et son avocate l’aident sans faillir, d’autres policiers se sont montrés plus à la hauteur, des magistrats finiront peut-être par agir. « Par rapport à d’autres femmes battues qui atterrissent en foyer, je suis presque dans des conditions luxueuses. Parfois j’ai envie de hurler, un cri que beaucoup d’autres femmes ne peuvent pousser. »

http://www.midilibre.fr/2011/03/21/parole-de-femme-battue-qui-se-bat-avec-courage,295336.php#Séquence_1

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2 réponses à Violences par conjoint, un témoignage exemplaire

  1. Gérardin sigrid dit :

    Je reçois bénévolement des femmes victimes de violences, leurs témoignages sont accablants. Avant de venir nous rencontrer elles ont raconté, dit des choses évidentes sur les violences qu’elles subissent à des dizaines de personnes, ami-es, travailleuses sociales, police, voisin-es, personnels supposés être formés aux violences, famille, avocat-es …. personne ne relève. Pire, survivantes, elles sont accusées, agressée si elles parlent.
    Vous qui lisez ce blog, vous savez cela parfaitement. Et c’est à vous que je m’adresse. Nous sommes trop peu nombreuses à faire ce « travail », nous sommes parfois trop mal formées par nos organisations de plus en plus colonisées par le patriarcat. Nous ne pouvons compter que sur nous.
    Découragée aujourd’hui et dans un blues d’une fin d’année qui s’achève, je souhaite 2014 moins pire pour toutes les femmes.
    Et je vous embrasse forte mes amies.
    Ci-après, un témoignage d’une femme qui a pu écrire :
    http://crisdansunjardin.blogspot.fr/

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