Montre-moi que t’as pas honte de toi !

C’est l’histoire d’une belle arnaque, encore une.
L’histoire d’un défi lancé par le dominant.

Et que les opprimées se font une fierté de relever.
Les termes du défi viril ? « Montre-moi que t’as pas honte de toi »
Le sous-titre paradoxal ? « Montre-moi que t’es pas une gonzesse, te cache pas de honte ! Montre-moi que t’es une femme, mets-toi à poil ! »
La logique qui ordonne ce sous-titre ? « Moi = voix du monde parle à toi = cul de mon monde ». Car ce sont les hommes, en tant que caste dominante, qui monopolisent tous les canaux de propagande et toutes les armes qu’ils braquent sur nous (armes à feu, argent, propriétés et viol). Ils ont donc imposé
1) ce qu’est la nudité humaine (signe de spiritualité, de lien à dieu, de fragilité existentielle, de force naturelle, etc.) en tout point contraire à la nudité féminine (signe de lubricité, de lien inextricable avec les choses ordonnées pour l’Homme par Dieu, de fragilité à abuser et de menace à brutaliser)
2) la honte aux femmes vis à vis d’elles mêmes (violences masculines intériorisées)
3) les moyens que nous aurions de nous « libérer » de cette honte : ils ont imposé les termes de la « libération sexuelle », basée sur
……… a) la surenchère de violence masculine contre les femmes, c’est à dire la chosification maximale illustrée par la pornographie : pilonnage nous réduisant à leur ravage, à trois « trous », ballotement et coups brutaux donnant un effet de cadavérisation car seuls les corps morts sont ainsi secoués par l’action d’autrui … Toute cette haine virile est inscrite sur notre corps. Notre corps nu signifie désormais « cible porno, site de pilonnage ». C’est l’anatomie politique post-porno, gravée dans nos corps par une industrie multi-milliardaire – on se rappellera un précédent historique : l’esclavage négrier qui permit d’inscrire dans le corps des Noir-e-s l’anatomie politique du Nègre.
……… b) la fanfaronnade virile du sujet néolibéral qui avec ses petits bras va soulever la structure.
La clause cachée : « De gré ou de force, tu le feras (m’obéir et rester le cul du monde que tu es) alors autant que « tu assumes« .

Tout oppression est fondée sur la déshumanisation, la rupture du lien de réciprocité, d’empathie, qui aurait pu exister du dominant vers l’opprimé. Mais le sexisme est une oppression spécifique. Nous sommes donc déshumanisées de manière spécifique : nous sommes incarcérées dans un « corps », refermé sur nous comme un cachot au point que pas une lueur de présence humaine, d’alter-ego, n’en émane du point de vue dominant. Et ce « corps-femme » n’a qu’une seule signification : « fait pour l’usage dominant ». Or cet usage est sexiste, ça veut dire qu’il détruit notre intégrité de manière spécifique : par le viol, la violation de ce cachot, pour ne nous laisser aucun espace de repli psychique. L’écran qui passe entre nous et les dominants, qui rompt le lien d’empathie, c’est le sens « sexuel » (= fait pour eux + violation) qu’a notre présence pour eux. Ainsi notre corps a pour sens (construit) ontologique : « cul pour l’homme ». C’est ce que le mot « chosification » signifie bien platement. Nous sommes transformées en une chose mentale dans la conscience dominante des hommes, un artéfact de leur domination qui leur répète « J’existe pour toi, tu peux user de moi sans limite, aucun usage n’est un abus » (= c’est ce que signifie être une chose).

« Notre » « nudité » n’existe pas en dehors de ce qui la crée socialement, nous ne la portons pas naturellement comme une peau de naissance. Elle est un signe totalement social, d’autant plus que notre stigmate de classe est gravé dans notre corps, comme dans toutes les oppressions « racialisantes ». Nous faire croire que nous portons naturellement notre nudité et donc que seules les féministes puritaines pensent que « femme nue = honte« , c’est précisément le but de la propagande masculiniste actuelle. Pourquoi ?  Pour nous pousser à la surenchère en nous fourgant la réponse à cette équation : « montrez-leur à ces puritaines que votre corps n’est pas honteux« . Coup double : anti-féminisme et pornification de nos vies.

Seul problème : on ne démontre pas la vacuité ou l’injustice d’un stigmate en l’exhibant. Mais on détruit ce qui crée le stigmate, en l’occurence 1) les violences masculines qui créent l’équation « corps = honte » pour les femmes 2) les moyens qu’ont les hommes de contrôler le monde dans lequel nous vivons, depuis la perception de nous-mêmes jusqu’à nos moyens de lutte, en l’occurence les moyens qu’ils mettent en oeuvre pour nous faire croire que nous mettre nues est un acte de liberté et de libération (industries multimilliardaires de la pornographie et de la « beauté »).

Nous libérer de ce stigmate ne peut en aucun cas passer par le jeu de massacre, le défi lancé par les industries pornographiques mondialisées. Celles-ci n’ont qu’un seul but : nous pousser à la surechère dans leurs violences sexuelles masculines.

Nous ne pouvons pas stoper le projet de destruction sexiste en jouant à leur jeu de la « sexy subversion », car pour les dominants de l’oppression sexiste, excitation sexuelle et destruction des subalternes sont intimement liées. Les hommes éprouvent une excitation sexuelle à nous détruire : au mieux ils aiment contempler une femme regardant dans le vague, l’air dissociée ou dépressive (Marilyn Monroe est un exemple frappant), au pire ils s’excitent à nous entendre crier ou haleter de peur ou de douleur (la pornographie n’est que cela).

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8 réponses à Montre-moi que t’as pas honte de toi !

  1. madeleine dit :

    super cet article
    extraordinaire
    de l’oxygene pour les neurones

    au moins un decriptage fiable clair et precis de cette image de la femme que les
    media deversent à longueur de temps.

    c’est dommage pour les autres articles j’ai du mal a traduire
    mais bon je vais pousser mes capacités linguistiques

    super merci

  2. Marion dit :

    Vraiment bien dit le paragraphe sur la réification maximale illustrée par la pornographie, je n’avais jamais perçu auparavant cette comparaison du corps mort avec le corps baloté des « personnages » féminins des films porno.
    Merci pour cet article.

  3. Madz dit :

    Bon article qui dit (de manière un peu différente) ce que je pense. Mais il y a des bémol, que j’estime grave;

    « […] ce qu’est la nudité humaine […] en tout point contraire à la nudité féminine »

    Vous dissocié l’humain du féminin, ce qui monumentalement grave. L’humain est composé de féminin et de masculin, l’humain est en tout cas pas exclusivement masculin. D’où l’horreur que j’ai à lire le mot homme associé uniquement au masculin. Un femme EST un homme. Le mot homme est le propre de l’humain et donc du féminin. Toute femme à le droit de cocher la case homme dans un questionnaire, de le mettre sur son profile facebook, etc…
    L’appropriation par le genre masculin du mot homme est un vol à la femme, le fait que c’est entré dans le langage courant comme étant la dénomination exclusive du masculin et une démonstration de ce que pense le masculin du féminin; nous ne somme pas des êtres-humains, mais des choses féminines. Je ne suis pas une chose !! Je suis un homme !! Et j’ai le droit et le devoir de porter ce titre ! Et c’est dans cette réappropriation de ce mot par les femmes que la lutte féminine doit ce battre et non pas dans la féminisation des mots.

    • binKa dit :

      merci pour votre commentaire argumenté
      Je suis absolument d’accord sur le fait que les hommes ont commis un hold-up sur l’humanité.
      simplement ceci : ce n’est pas moi qui oppose humanité et féminité, c’est le système idéologique et pratique patriarcal. c’est bien pour cela que « humain » se dit Homme.
      b.

  4. Alexandra dit :

    un autre exemple de « dialogue avec le dominant », One Billion Rising, pure com’ sur les violences qui en plus efface les coupables.
    à lire ++

    http://carolyngage.weebly.com/2/post/2013/02/movement-vs-dance-moves.html

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  6. Euterpe dit :

    Oui cet article (et les autres) démonte bien le piège sexiste. Fabuleux.
    Juste un mini détail : je crois que balloter prend deux « l » (ça ballote plus qu’avec un seul, d’ailleurs !).

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