Notre langue est le langage de la torture, Rebecca Mott at RadFem 2012.

(Allocution donnée à Londres par Rebecca Mott, en juillet 2012, aux RadFem 2012)

C’est un immense honneur pour moi que de prendre la parole ici à titre de femme sortie de la prostitution.

Je veux parler de l’usage de la langue, et de la façon dont celle-ci peut maintenir la classe prostituée dans une condition sous-humaine.

C’est l’usage de la langue qui ne perçoit comme «réelle» et outrageante la violence qui est la norme pour les femmes et les filles prostituées que lorsque celle-ci affecte des femmes et des filles non prostituées.

C’est la langue qui fait une distinction entre le monde de la pornographie et le monde réel.

C’est la langue qui imagine que la pornographie à base de torture est un nouveau phénomène, alors que celle-ci est inscrite dans les corps et les esprits de la classe prostituée depuis au moins 3000 ans.

Le traumatisme est une ombre constante planant sur les femmes sorties de la prostitution. Nous avons appris à nous y adapter en agissant comme si nous étions en contrôle des situations. Nous réservons toute notre attention à bâtir la route abolitionniste.

Les formes extrêmes de torture mentale, physique et sexuelle étaient nos normes. Ce n’était pas seulement «beaucoup de viols». Notre réalité ne correspond pas au langage du viol.

Notre langue est le langage de la torture. C’est le langage du vol et de la destruction totale des droits humains fondamentaux des personnes prostituées.

Le but de l’industrie du sexe est de réduire à une condition sous-humaine l’ensemble de la classe prostituée. Ils font des personnes prostituées des marchandises jetables après usage.

Pour comprendre les profondeurs du traumatisme des femmes sorties de cette condition, il est important de savoir qu’elles sont violées si souvent que cela n’est pas considéré comme un viol mais seulement comme leur routine. Comment le langage du viol pourrait-il rendre compte de cela?

Pour voir notre traumatisme, vous devez voir que les personnes prostituées sont transformées en pièces vivantes de pornographie. Que chaque nouvelle mode de la porno sadique est déversée dans nos corps et nos esprits.

Pour comprendre notre traumatisme, sachez que nous étions considérées comme des marchandises jetables. Des marchandises sur lesquelles on pratiquait des expériences, pour voir combien de torture sexuelle nous pouvions supporter sans mourir réellement.

Nos corps et nos esprits sont lourds de l’indicible.

L’industrie du sexe a pour a priori que les femmes qui la quitteront n’auront pas de mots pour exprimer leurs réalités – ou que, si nous arrivons à trouver ces mots, nous ne serons pas crues, ou on se détournera de nous avec dégoût.

Nous n’avons pas d’autre choix que parler car nous ne nous laisserons pas refouler dans le silence.

Entendez que la seule façon dont nous avons pu survivre a été de nous transformer en mortes vivantes.

Sachez que nous réapprenons actuellement à être humaines.

Voyez que nous vivions dans un monde où nous avons appris à obéir. Nous nous sommes enseigné à simuler le bonheur quand nous vivions douleur et terreur.

Comprenez que nous ne pouvions pas savoir que nous avions un passé, et ne pouvions pas croire en un avenir. Nous vivions d’un instant à l’autre.

Nos voix sont étouffées par les menaces constantes des lobbyistes de l’industrie du sexe. Il ne s’agit pas de simples « trolls » cachés derrière leurs ordinateurs – le lobby de l’industrie du sexe est principalement constitué de proxénètes et de prostitueurs. Elles et ils sont financés par ceux qui tirent profit de cette industrie du sexe et sont hautement organisés.

Ils ont tout le temps du monde pour détruire mentalement et réduire au silence les femmes qui ont quitté l’industrie.

Le lobby de l’industrie du sexe voit les femmes qui l’ont quittée comme des marchandises ayant échappé à leur contrôle.

Ils n’ont aucune conception de ces femmes comme des êtres humains, et n’auront donc aucun scrupule à nous pousser au-delà du désespoir.

Ils ont pour objectif de repousser les femmes dans l’industrie du sexe ou de nous détruire complètement.

Ils sont en colère parce que nous ne sommes plus leurs esclaves.

Nos voix multiples ont terrifié le lobby de l’industrie du sexe – parce que l’on nous croit et que cette croyance impose des changements réels pour la classe prostituée.

Nous ne pourrons jamais arrêter de parler avant que l’ensemble des personnes prostituées ne disposent de la véritable liberté.

Version française: Martin Dufresne

Texte original: « My Speech » – http://wp.me/paIl9-FQ

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It is a great honour to be speaking here as an exited woman.

I wish to speak of the use of language,  and how it can keep the prostituted class as sub-humans.

It is the use of language that only sees it as “real” , when the violence that is the norm for prostituted women and girls is viewed and create outrage when it effects non-prostituted women and girls.

It is the language that speaks of the porn world and the real world.

It is the language that imagines that torture porn is new, when it has been inside the bodies and minds of  the prostituted class for at least 3000 years.

Trauma is a constant shadow for exited women. We have learnt to adapt by acting in control. We keep our focus on building the road to abolition.

Extreme mental, physical and sexual torturing were our norms. It was not just “lots of rapes”. Our reality does not fit the language of rape.

Our language is the language of torture. It is the language of the stealing and utter destruction of the prostituted’s basic human rights.

The purpose of the sex trade is to make all the prostituted class into sub-humans. They make the prostituted into disposable goods.

To understand the depths of trauma for exited women – it is important to know that they are raped so often, that it is not viewed as rape, it is just their routine. How can the language of rape have meaning for that?

To see our trauma – you must see that the prostituted are made into living pieces of porn. That each and every new fashion in sadist porn is poured into our bodies and minds.

To comprehend our trauma – know we were viewed as disposable goods. Goods that were experimented on, to see how sexual torturing we could take without actually dying.

We hold inside our minds and bodies the unspeakable.

The sex trade works on the assumption that exited women will have no words to express their realities – or if we can find words, we will not be believed, or others will turn away in disgust.

We have no choice but to speak our for we will not be forced back into silence.

Hear how we only survived by making ourselves into the living dead.

Know we are re-learning how to be human.

See that we lived in a world where we learnt to obey. We taught ourselves to perform being happy when in pain and terror.

Understand we could not know we had a past, and could not believe in a future. We lived from one moment to the next.

We are silenced by the constant threats from the sex trade lobby. These are not trolls who hide behind their computers – the sex trade lobby is mainly made up of pimps and punters. They are funded by sex trade profiteers and are highly organised.

They have all the time in the world to mentally destroyed and silenced exited women.

The sex trade lobby views exited women as goods who have left their control.

They have no concept that exited women are humans – so will have no conscience about pushing us beyond despair.

It is their purpose to push exited women back into the sex trade or to destroy us utterly.

They are angry that we are no longer their slaves.

Our multiple voices terrified the sex trade lobby – or we are believed, and in that belief we are forcing real change or the prostituted class.

We can never stop speaking out until all of the prostituted have true freedom.

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