L’anatomie politique des damnées du sexe in Pornoland

Hot Vidéo, une importante revue pornographique française, a payé une enquête sur la sexualité des français-es en fonction de leurs intentions de vote politique au célèbre institut de sondages IFOP !

> On peut télécharger sur leur site les résultats de l’étude (pdf, 1138 ko)

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Nomenclature de la bonne sexualité libérée

Ce sondage repose en fait sur une sorte de nomenclature de la bonne sexualité libérée qui n’est jamais questionnée ou même justifiée. Quels sont les principaux critères retenus pour évaluer le degré de « libéralisme sexuel » -expression dont on cherche en vain la définition dans les 27 pages – des personnes ayant répondu anonymement à l’enquête en ligne ? « Degré de satisfaction à l’égard de sa vie sexuelle », « nombre de partenaires sexuels au cours de la vie », « fréquence des rapports sexuels », « diversité et type de pratiques » et « expériences sexuelles au cours de la vie ». Pas un mot sur le désir. A quel point les personnes interrogées ont-elles désiré leurs partenaires, leurs pratiques sexuelles ? Il est pourtant difficile de penser la liberté sans penser le désir ! D’ailleurs, interroger les sondé-e-s sur les degrés de « satisfaction à l’égard de sa vie sexuelle » et d’insatisfaction, est sensiblement différent du fait de les interroger sur leurs désirs et plaisirs en qualité et en fréquence. La satisfaction ne se vit pas hors sol, mais notamment en fonction de l’intériorisation des normes sociales sur ce qui est censé être satisfaisant ou non. En l’occurrence, en matière de sexualités, le poids des diktats ou normes est colossal. Faute d’éducation correcte à la sexualité et à l’égalité femmes-hommes, ce sont les diktats des alliés objectifs que sont le porno et les dogmes religieux qui prospèrent.

Ce n’est pas un hasard si l’enquête fait comme si les pratiques à l’aune desquelles on pouvait mesurer le degré de libération sexuelle étaient: la pratique de la fellation par les femmes pour les hommes ; la pratique de la pénétration anale sans précision de qui pénètre qui; le recours à l’échangisme et l’infidélité. La masturbation, critère qui pourrait, avec d’autres comme le désir, le plaisir et la connaissance de son propre sexe, constituer un indice du degré de libération sexuelle, n’est pas renseigné par genre ni exploré. Les plaisirs sexuels par soi-même et pour soi-même jouent pourtant un rôle fondamental dans la construction des sexualités tout au long de la vie. Si la pratique du cunnilingus par des hommes pour des femmes est mentionnée, elle ne fait pas l’objet d’un focus comme les pratiques, scrutées à la loupe, graphiques à l’appui, de la fellation par une femme, de la pénétration anale, de l’échangisme et de l’aventure extraconjugale. Tu parles d’une subversion ! Cela fait au moins 30 ans que le porno, relayé par la culture populaire, a désigné ces pratiques comme quasi obligatoires. Ces pratiques ne sont ni bonnes ni mauvaises en elles-mêmes, c’est le fait qu’elles soient désirées par toutes celles et tous ceux qui les pratiquent qui est déterminant ! En quoi traduiraient-elles une sexualité libérée ou subversive ? [lire la suite]

Anatomie Politique : des cibles pour le pilonnage intentif viril.

> Même s’il est évident que cette enquête est de complaisance, à la feuilleter, j’hésite entre le rire nerveux (quand je vois que dans tous leurs graphiques, ils affirment que les femmes, et non les hommes, seraient le plus satisfaites de leur sexualité !) et l’abattement :

– 80% de femmes pratiquent la fellation (proportion pour les moins de 25 ans !), presque 50% la sodomie.

> Les femmes qui les acceptent doivent mentalement occulter ou dépasser les représentations humiliantes et insultantes que la pornographie associe à ces pratiques (cf. le méprisant jeu de mot dans le CR de l’enquête  h**p://www.streetpress.com/news/25932-sexualite-des-francais-et-vote-le-sondage-de-l-ifop-et-hot-video). Pourquoi ? Car à Pornoland, haine sexiste et excitation, domination et désir viril, triomphe et éjaculation,  sont indissociables.

Ces pratiques pénétratives, loin d’être « libératrices » ni même neutres, sont construites pour dissocier**, donc détruire les femmes, y compris quand celles-ci les désirent

** dissocier = briser leur conscience et les rendre vulnérables à l’emprise, ce qui permet aux hommes d’augmenter toujours plus les violences sexuelle et économique.

– 6% acceptent l’échangisme.

> L’échangisme est l’anti-chambre de la prostitution, et un dispositif parfait pour la violence conjugale : les conjoints violents (manipulateurs ou agresseurs physique) y amènent leur victime pour la faire violer par d’autres hommes. L’échangisme est une des nombreuses formes que prend le contrat sexuel entre hommes, un contrat d’appropriation collective***.

*** concept renvoyant aux théories de Colette Guillaumin et Paola Tabet ; en fait de viol en série ou en réunion.

– l’infidélité devient aussi une pratique sexuelle.

Que ces chiffres soient descriptifs ou à visée prescriptive, ils révèlent (à peine car il n’y a pas une seule question sur ce que les femmes identifieraient comme violent pour elles) l’impact qu’ont les violences pornographiques sur la vie des femmes.

Comme le dénonçait déjà Andrea Dworkin il y a plusieurs décennies, les pornographes visent à larder le corps des femmes de deux « trous » supplémentaires : la bouche et l’anus. Depuis des siècles, ils ont ouvert « l’entrée du vagin », à coups de viols, de contrainte à l’hétérosexualité et de mythes . Désormais, depuis 50 ans, ils forent à coups de propagande tentaculaire, deux « entrées » de plus dans notre corps. Produit pornographique, sur le modèle du corps des femmes prostituées, il devient une série de trous, de cibles, fait pour l’invasion virile, la colonisation, l’occupation armée (le pénis est pour les hommes, de leur point de vue, et du point de vue des pornographes, une arme). La stratégie est identique à celle des colonisations de territoire : des zones précises sont d’abord annexées manu-militari pour désorganiser tout le territoire puis pour servir de comptoirs à une expansion coloniale. D’abord le sexe puis la tête et les bras. D’abord effacé de la carte pendant les 15 premières années de notre vie, notre sexe subit un pilonnage intensif dès les premiers rapprochements avec l’ennemi. Une fois qu’ils ont mis un pied en nous, ils rendent notre corps impropre à la vie autonome, au voyage intérieur, au repli en soi. Ils sèment aux endroits stratégiques des zones mortes, des zones tampons et des mines anti-personnelles … il leur est dès lors facile de nous manipuler, nous faire les servir en tout (sexualité, travail, soin,  écoute, etc.), et, si nous résistons, nous pulvériser.

  • Face à cette réquisition virile de l’anatomie et de la sexualité, face à la destruction de notre intégrité physique donc morale et mentale, les féministes, surtout lesbiennes, devraient célébrer une sexualité non invasive, libérée du phallocentrisme.

  • Nous devrions dénoncer l’anatomie politique (Nicole Claude Mathieu, 1992) car elle occulte presque toutes les violences sexuelles masculines.

  • Nous devrions refuser en masse qu’ils nous lardent plus encore de trous, car ils les créent pour y planter d’abord leur grappin puis leurs drapeaux victorieux.

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