porno et féminisme : pas même combat !

Le magazine Influencia, dans un article du 18 mars, titre l’inverse … pour troubler les esprits plus encore que ne le fait la dernière campagne « féministe » Belge, Equal Pay Day qu’il commente.

En effet, l’association féministe flamande zij-kant a réalisé un spot, pour dénoncer les inégalités salariales h/f ………………………. avec une actrice porno !

h//p://www.influencia.net/fr/actualites1/porno-feminisme-meme-combat,35,2436.html
(j’ai cassé le lien, pas la peine de faire de la pub pour ces industrieux du viol,
et peut-être pas la peine de se l’infliger car c’est bien décrit par le journaliste).

> description du spot par le journal « influencia »

« Elle a 23 ans. Elle est élégante, jolie, calme. Son ton de voix est suave comme sa peau. Pourtant pendant cinq ans, Sasha Grey a été une immense star du porno connue pour des pratiques dirons-nous, extrêmes. Classée intellectuelle et alternative dans une industrie qu’elle a quittée l’an passé, la jeune actrice désormais hollywoodienne aide aujourd’hui à promouvoir le slogan controversé de l’Equal Pay Day belge du 20 mars prochain: « Le porno est presque la seule voie pour une femme pour gagner plus qu’un homme. Trouvez de meilleures alternatives sur equalpayday.be».
Promue et organisée par l’association féministe flamande zij-kant, en collaboration avec le gouvernement régional et le syndicat ABVV, la 8e journée de lutte pour l’égalité des salaires entre hommes et femmes se paye à petit budget un clip esthétique et efficace (la dame ayant accepté de travailler quasi gratuitement). En un peu plus d’une minute, dans une atmosphère porno-chic avec en toile de fond des ébats charnels, Sasha Grey explique son choix de carrière, en le défendant et en rappelant surtout qu’elle gagnait plus d’argent qu’un médecin en jouant les nymphomanes soumises.

> En voyant ce spot, j’ai tout de suite pensé au dernier film avec J. Binoche, « Elles » (pro-prostitution) : en fait, leurs spot/film/documentaires promotionnels pour les industries sexistes (SM, porno, prost°, échangisme) filment littéralement la dissociation des actrices, mais en la montrant du point de vue de l’agresseur : elles dans leur propre rôle de traumatisée dissociée, la mise en scène autour comme un vaste espace mental de victime post-trauma ….. le tout baignant dans une atmosphère « sexuelle » et non de souffrance, car vu du point de vue l’agresseur.

Détails.

Bien-sûr, le propos est totalement mensonger sur les gains possibles : faux au plan des rentrées d’argent (l’écrasante majorité des femmes prostituées sont sous proxénètes + volées par les clients), faux au plan des sorties d’argent (les dégâts psychiques [haine de soi, dissociation, perte de l’élan vital à tous les plans cognitifs et pathiques] et physiques [toxicomanies] sont tels que les femmes ne « bénéficient » pas de ce qu’elles gagneraient.

Evidemment, le propos entérine déjà l’équation prostitution = métier, mais, réplique-t-on, c’est juste pas un métier comme les autres.

Mais ce qui me paraît évident, c’est la dissociation qui est représentée/reproduite, mise en abyme à tous les plans (doublement dans le film et une troisième fois en dissociant les spectatrices) :

– Effet sur les spectatrices-eurs : dès lors qu’il y a des images perçues comme « sexuelles », ça dissocie les femmes qui les perçoivent (désidentification par rapport aux femmes/fascination, arrêts de la pensée, confusion, etc.) et ça excite les hommes (passage en mode automatique, donc potentiellement d’agression). L’effet est d’autant plus fort quand ces flash « sexuels » sont parasites, incrustés dans un coin du message principal (visuel mais aussi discursif – cela explique la sidération provoquée [volontairement] par les hommes qui laissent traîner des mots « graveleux » ou des « jeux de mots libertins » dans leurs discours, informels ou savants).  En raison de ce procédé, personne ne peut entendre le « message » féministe : les femmes par rétrécissement de leur champ de conscience, confusion et blancs de la pensée ; les hommes par obnubilation et transfert de la pensée vers l’action (agression verbale [surenchère « humoristique », allusions] ou physique). L’effet « sexualisant » est d’autant plus fort que la femme parle comme une automate porno.

> L’actrice est l’écran sur lequel est projeté deux points de vue radicalement opposés :

* Celui de la victime de stress post-traumatique qu’elle est réellement : > son mode de présence traumatique en phase critique : être hors de soi et regarder la scène de sa maltraitance + l’anesthésie, le détachement de soi qui suivent juste après + la capacité de passer en mode automatique (le réal parvient à lui faire dire des choses totalement incohérentes, dans une attitude sereine, volontaire et déterminée, alors que l’incohérence devrait lui mettre des doutes sur sa maîtrise et sa lucidité et que le rappel non retraumatisant de ces faits très traumatisants devraient s’accompagner de réactions fortes : blocage de pensée, pleurs irrépressibles, extinction de voix, regard dense ….).

* Celui du pantin à quoi les hommes nous réduisent dans leurs films/magazines, car ils nous filment/photographient du point de vue de l’agresseur sexuel, celui qui sur les yeux a le filtre « sexy » pour mater nos souffrances (douleurs plantaires et dorsales à cause des chaussures, asthénie et sous-nutrition, intoxication de la peau et des cheveux, hypervigilance qui nous fait sursauter, étiolement de soi dans la timidité ou le consentement, etc.). Ainsi, le spot colle-t-il une apparence « sexy » à une femme qui dénonce les ravages de l’industrie « du sexe » … une apparence de « normalité » à une femme qui décrit l’horreur de sévices sadiques. Quels sont les codes de ce « sex appeal » et de cette « normalité » ? Ce sont les canons de « beauté féminine » patriarcaux, à savoir une attitude post-traumatique : éthérée, absente, abandonnée, désorientée, se cherchant, désespérément affolée dans le vide des yeux sans empathie, désespérément plongée dans le vide intérieur qui lui a été fait. Enplus, il y a la « winneuse touch »: plaqué sur tout cela, comme un mauvais rimel individualiste, un regard faussement volontariste  (« faux » car il est sexualisé, or la sexualité patriarcale chosifie les femmes; donc, ce regard exprime une volonté … de passivité : provoquer l’autre à l’action, simuler un désir pour susciter son vrai désir à lui …).

> Le message et la mise en scène figurent l’état dissociatif en lui-même.

1) Un message totalement incohérent.

* Le message est totalement paradoxal dans son contenu : elle dit qu’elle a souffert puis elle dit qu’elle en est fière ; elle dit que sa vie est meilleure que celle d’un médecin puis elle décrit des violences que même des personnes torturées dans les prisons politiques n’ont pas vécues …. totalement schizoïde, c’est à dire dissocié : là où il devrait y avoir une articulation logique (« mais », « en même temps » voire « en parallèle »), il y a simple juxtaposition de messages contradictoires.

* Le message est totalement paradoxal dans sa forme :  incohérences entre une parole en première personne et la fixité de sa bouche, entre sa « présence » (fantomatique, « laissée-là », en plan, mutique, même le regard est vide) et sa présentation (style vestimentaire et voix raccords avec l’arrière plan porno), entre son esthétique lisse – sans trace d’aucune souffrance (ni morale ni physique) – et les violences décrites. Seul moment où la parole est raccordée aux mouvements de son visage, c’est quand elle esquisse un sourire pour énoncer les actes de torture qu’elle a subis. Attitude paradoxale, dont les effets sur les spectatrices sont : incrédulité, sidération et déréalisation des horreurs énoncées, ce dont souffre la victime elle-même.

2) Coexistance de deux réalités, inassimilables : rupture du lien de cause à effet entre violence vécue et séquelles traumatiques, rupture du lien existentiel entre soi pendant l’agression et soi qui parle maintenant.

* D’une part, les violences sexuelles. Paradoxales dans la forme : elles sont en arrière-premier-plan. Paradoxales dans le contenu : elles sont éclairées par le témoignage comme étant de la torture mais sont présentées aussi « inoffensives » que le serait, soi-disant, un film « érotique ». Elément encore plus sidérant car impliquant un enjeu éthique fort : éclairées comme acte de torture mais quand même filmées et visibles ? Quid de la complicité de crime ou de non assistance à personne en danger, de la part du réal et du spectateur ? Cette contradiction morale pousse toute personne non sadique à penser que le propos est faux, qu’elle n’a pas vécu de torture, ou alors, ce n’est pas de la pornographie, c’était marginal et accidentel.

* D’autre part, « soi » qui ne peut être soi : pure image incrustée, désincarnée, irréelle, comme une persistance rétinienne de l’oeil de l’agresseur.

> Ce montage provoque chez les spectatrices : incrédulité + déréalisation  + confusion. Il anéantit sans appel le témoignage de l’actrice, dont la parole était déjà dissociée d’elle.

Conclusion : le porno NE PEUT PAS servir la cause féministe !

Car il est filmé du point de vue l’agresseur, mais montre une réelle victime de stress post-traumatique, ce spot peut provoquer sidération, déréalisation, dépersonnalisation et confusion chez toute femme qui tenterait de s’identifier à l’actrice. C’est donc non pas du féminisme mais bien du porno : une oeuvre du sexisme pur, dont l’efficacité réside en ce qu’il met en images l’emprise qu’a l’agresseur sur la victime.

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1 réponse à porno et féminisme : pas même combat !

  1. A ginva dit :

    Ici un article sur Sasha Grey qui dit dans une émission vouloir quitter la pornographie.
    http://radicalhub.com/2011/12/15/why-did-sasha-grey-exit-pornography/

    Et ci-dessous, un livre sur la pornographie récemment sorti: une collection d’articles de féministes anti-porno et survivantes
    http://radicalhub.com/2012/03/11/big-porn-inc/

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