Une entreprise de démolition des femmes

AFFICHE

Le Porno nous libère ? Conférence débat à l’université de Caen, 09 mars 2012

COMPTES-RENDUS

CP Conférence-Débat

CP non-mixité

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Pornographie et torture.

Le Général Taguba en 2004, a produit un rapport sur « the intentional abuse of detainees by military police personnel »dans la prison politique d’Abu Ghraib, en Iraq. De fait, ont été considérés comme actes torture les actes qu’il a listés :

♦ Donner des coups de poings, des coups de pied et des claques aux détenus;

♦ Filmer et photographier les détenus hommes et femmes dénudés;

♦ Forcer les détenus à imiter des positions sexuellement explicites pour les photographier ainsi;

♦ Forcer les détenus à retirer leurs vêtements et à rester nus plusieurs jours de suite;

♦ Forcer les détenus dénudés à porter des sous-vêtements de femme;

♦ Forcer des groupes d’hommes détenus dénudés à se masturber pendant qu’ils sont photographiés et filmés;

Empiler les détenus dénudés leur sauter dessus;

♦ Placer un détenu dénudé sur une boîte avec un sac de sable sur sa tête, et attacher des câbles sur ses orteils, doigts et son pénis pour simuler une torture électrique;

♦ Mettre une chaîne pour chien ou une laisse autour du cou du prisonnier, qui a été dénudé, et le prendre en photo aux côtés d’une femme soldat

Les soldats violent les détenus femmes;

♦ Menacer de viol les détenus hommes ;

♦ Sodomiser un détenu avec une ampoule et peut-être avec un manche à balais ;

♦ Menacer les détenus à l’aide de chiens policiers, et une fois, faire mordre un détenu.

Or tous ces actes, et pire, sont filmés et protégés légalement (au nom de la liberté d’expression) quand ils sont estampillés « pornographie ». La seule différence entre les images jugées torture et celles jugées « porno », entre les actes jugés « torture » et les actes jugés excitants, est que dans le premier cas, ça porte préjudice à des hommes, dans le second, ça ne détruit que des femmes et profite à des centaines de millions d’hommes.

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A lire l’article traduit par Aurélie Leruth.

« La pornographie entraîne une grande augmentation d’opérations de chirurgie esthétique chez les femmes »

Plus de 2000 femmes ont pu se faire opérer aux frais du National Health Service (NHS) l’année passée tandis que des milliers d’autres ont demandé des traitements privés…

Des chercheurs ont découvert que la demande pour la chirurgie génitale féminine – appelée « design du vagin » – a été multipliée par 5 en une décennie bien que la plupart des femmes n’en aient pas besoin.

Les chercheurs déclarent que les chirurgiens qui traitent les femmes lorsqu’il n’y a pas de nécessité clinique pratiquent un type de mutilation des parties génitales féminines par ailleurs interdit en Grande Bretagne.

La hausse du nombre de femmes en quête de cette opération, qui consiste à réduire la taille des petites lèvres à l’entrée du vagin, est alimentée par des images pornographiques sur Internet et dans des programmes TV parlant de chirurgie esthétique, ces derniers ayant attirés l’attention des femmes sur leur zone génitale.

La première étude au sujet de 33 femmes en demande d’opération et dont l’âge moyen était de 23 ans a pu conclure qu’elles possédaient des lèvres de taille normale. Seules trois d’entre elles avaient une asymétrie significative pour laquelle une chirurgie serait appropriée. Mais 40% d’entre elles désiraient tout de même l’opération, principalement parce qu’elles voulaient réduire la taille de leurs lèvres afin d' »améliorer leur apparence ». Plus de 2000 opérations ont été pratiquées sur des femmes sur le compte du NHS l’année dernière, tandis que des milliers d’autres ont été estimées comme ayant été pratiquées en privé.

Sarah Creighton, de l’hôpital Elizabeth Garret Anderson à Londres, a dirigé l’étude publiée dans le Journal anglais de l’Obstétrique et de la Gynécologie. Elle a dit que sans preuve de nécessité clinique, il n’était pas possible de faire une différence entre cette pratique et l’excision pratiquée dans d’autres cultures, qui est interdite en Grande-Bretagne. Elle a déclaré : « Elle n’a pas été testée légalement et personne n’a été poursuivi en justice. Mais la question est de savoir si l’opération a été pratiquée pour des fins non-médicales, et je crois que ça l’est. Dans ce cas, il est difficile de voir comment ça pourrait être autre chose que culturel. Des chirurgiens diront que la femme était inquiète, qu’elle ne pouvait pas porter de jeans, ou rouler à vélo ou avoir des rapports sexuels parce qu’elle se plaignait de ne pas être à l’aise. Mais personne n’a jamais dit que la chirurgie pouvait changer cela. »

Les femmes ont été « bombardées d’images suggérant qu’elles n’étaient pas normales », y compris depuis des sites de publicité pour la chirurgie génitale féminine, qui présentaient des images idéalisées du vagin parfait, dit-elle. Des enfants aussi jeunes que 11 ans y avaient été placées comme références par leurs médecins généralistes. Pourtant, les organes génitaux continuent à se développer à l’adolescence et toute asymétrie initiale peut s’estomper avec le temps.

Certaines études ont suggéré que la chirurgie peut réduire la sensibilité, ce qui pourrait affecter la fonction sexuelle. Des récepteurs d’œstrogènes ont été récemment découverts au bord des lèvres potentiellement ôtées par ce type d’intervention.

Les chercheurs ont critiqué les organismes professionnels, dont le Collège Royal des Obstétriciens et des Gynécologues, pour avoir omis de donner des indications au sujet du contexte dans lequel il est approprié d’offrir un traitement aux femmes.

… pendant que les hommes optent pour de faux abdominaux.

Le dernier acte de chirurgie esthétique connue pour attirer l’attention du public (ou du moins celle des spectateurs de Celebrity Big Brother) est celui d’arborer de faux abdos.

Affichés avec une fierté qui laisse songeur par le participant Darryn Lyons – qui investit dans la firme qui lui a fait le traitement, l’effet est créé par la production de rainures dans la graisse qui recouvre le torse via liposuccion, dans le but reproduire les tendons du muscle à l’intérieur.

Le consultant en chirurgie plastique Kevin Hancock a raconté à The Independent : « Ça ne va pas être ferme comme des abdos normaux, ça va juste être doux comme de la graisse normale. C’est une illusion et on se demande ce qui va se passer au fil du temps. Ça durera peut être le temps de sa célébrité, en présumant qu’elle ne sera pas terriblement longue. » Rob Hastings.

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version original parue dans The Independant : « Pornography linked to huge rise in plastic surgery for women« , by Jeremy Laurance, 24.08.2011.

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MARIE  VICTOIRE  LOUIS

Ce texte ne peut être que difficile, voire impossible à lire. Je le comprends. J’aimerais simplement suggérer aux personnes qui ne pourront/voudront pas en supporter la lecture, qu’elles pensent peut-être un instant que des millions d’autres femmes – moins sensibles qu’elles ? – vivent dans leur chair tous les jours ce qui est écrit ici.
Ce texte a été rédigé à partir de notes prises pendant deux jours et demi – sans accès à aucun site payant, en tapant sur les rubriques : « sexe » et « pornographie » – sur les premiers sites pornographiques qui me sont tombés sous les yeux. Il s’agit donc d’une goutte d’eau – aléatoire – sur les milliers de sites pornos, accessibles, pour pas un sou, à n’importe qui est connecté.
Chaque ligne de ce texte est – de manière édulcorée – soit la retranscription, soit la description de ce que j’ai vu et lu sur ces sites : lorsqu’il s’agissait d’écrits, ils étaient toujours accompagnés de photos, extraites ou non de films ou de vidéos, représentant des femmes concrètes et des hommes concrets.
Il importe aussi de savoir que sur ces sites, les vidéos peuvent être proposées « par tonnes », les photos, « par milliers » ; les « filles », « par centaines » ou : « tous les jours renouvelées ».

Dans la pornographie

Les femmes avalent, les hommes décident
Les femmes ont mal, les hommes attaquent
Les femmes obéissent, les hommes recrutent
Les femmes trinquent, les hommes culbutent
Les femmes subissent, les hommes s’amusent
Les femmes attendent, les hommes choisissent
Les femmes gémissent, les hommes ordonnent
Les femmes étouffent, les hommes transpercent

Les femmes sont des trous, les hommes sont sans pitié
Les femmes ont tout de la salope, les hommes, des méga-bites

Dans la pornographie

Les femmes sont soumises, les hommes sont les chefs
Les femmes se font mettre, les hommes se font plaisir
Les femmes sont foutues, les hommes y vont en force
Les femmes sont culbutées, les hommes sont bien servis
Les femmes sont très gentilles, les hommes sont honorés
Les femmes éveillent le mâle, les hommes en redemandent
Les femmes sont disponibles, les hommes doivent les mater
Les femmes sont toujours prêtes, les hommes toujours en rut

Les femmes sont des putains, les hommes, des saligauds
Les femmes ont des têtes de connes, les hommes ont des queues d’ânes

Dans la pornographie

Les femmes acceptent tout, les hommes ont toujours plus
Les femmes doivent plaire, les hommes doivent les baiser
Les femmes doivent se coucher, les hommes, les bombarder
Les femmes donnent ce qu’elles ont, les hommes, leur dard à sucer
Les femmes sont prêtes à tout, les hommes, toujours prêts à l’attaque
Les femmes ont un corps de rêve, les hommes sont là pour être servis
Les femmes obéissent au regard, les hommes réalisent leurs fantasmes
Les femmes sont affamées de sexe, les hommes le leur donnent à bouffer

Les femmes sont des bonasses, les hommes, des brutes épaisses
Les femmes ont des vagins d’enfer, les hommes, des engins monstrueux

Dans la pornographie

Les femmes sont des expertes, les hommes les auditionnent
Les femmes ignorent leur sort, les hommes décident de leur usage
Les femmes doivent être utiles, les hommes sont là pour les dresser
Les femmes font ce qu’elles ont à faire, les hommes ont à en décider
Les femmes se plient aux exigences, les hommes n’en ont jamais assez
Les femmes sont là pour eux, les hommes commandent tout ce qu’ils veulent
Les femmes doivent se montrer très gentilles, les hommes vont devoir les punir
Les femmes prennent une giclée, les hommes les prennent comme un pack de bière

Les femmes sont très dociles, les hommes, des pervers graves
Les femmes ont des grosses miches, les hommes, des matraques toujours dressées

Dans la pornographie

Les femmes sont en manque, les hommes remplissent les trous
Les femmes vident les couilles, les hommes forcent les passages
Les femmes sont des garages à foutre, les hommes leur marchent dessus
Les femmes ont droit à être giflées, les hommes ne doivent rien à personne
Les femmes sont mises à quatre pattes, les hommes savent admirer le spectacle
Les femmes avalent ce qu’on leur donne, les hommes les souillent après usage
Les femmes sont traitées comme des bêtes, les hommes se font livrer des putes
Les femmes sentent le sexe, les hommes sentent tout de suite qu’elles aiment ça

Les femmes sont des fourre-tout, les hommes, des machines à baiser
Les femmes ont des langues de putes, les hommes, des gueules de vicieux

Dans la pornographie

Les femmes se taisent, les hommes admirent leur harem
Les femmes ne discutent pas, les hommes hurlent pour être entendus
Les femmes pompent, avalent, en silence ; les hommes éjaculent sur elles
Les femmes n’ont rien à dire, les hommes n’ont qu’une parole : ’la ferme’
Les femmes sont des grandes filles, les hommes n’ont pas de compte à rendre
Les femmes lèchent sans broncher, les hommes aiment leur cracher à la gueule
Les femmes ne veulent pas se laisser faire, les hommes n’en ont vraiment rien à foutre
Les femmes ont des paroles de soumises, les hommes les traitent comme leurs esclaves

Les femmes sont des pouffiasses, les hommes, de vrais malades
Les femmes ont des têtes à claques, les hommes, du jus à revendre

Dans la pornographie

Les femmes font tout pour du fric, les hommes n’ont peur de rien
Les femmes font des pipes à la chaîne, les hommes, collection d’anus éclatés
Les femmes sont fouillées à fond, les hommes se les échangent après services
Les femmes doivent sucer des pieux, les hommes leur enfoncent leurs engins
Les femmes sont des accros du sexe, les hommes toujours aptes à les satisfaire
Les femmes doivent être calmées après emploi, les hommes, les inonder de foutre
Les femmes avalent les sexes les plus gros, les hommes doivent leur boucher le nez
Les femmes sont prêtes à être défoncées, les hommes enfournent tout ce qu’ils trouvent

Les femmes sont des sales garces, les hommes, des gros cochons
Les femmes ont des gorges profondes, les hommes ont des marteaux piqueurs

Dans la pornographie

Les femmes aiment la défonce, les hommes aiment leur faire mal
Les femmes se délectent de sperme, les hommes, de les voir avilies
Les femmes sont fières d’être déchirées, les hommes, de leur cheptel
Les femmes adorent être enfermées, les hommes, jouer les bourreaux
Les femmes séduisent tous les mecs, les hommes méprisent toutes les femmes
Les femmes aiment la brutalité, les hommes font tout ce qui leur passe par la tête
Les femmes raffolent des grosses bites, les hommes savent comment les contenter
Les femmes sont ravies qu’on leur crache dessus, les hommes satisfaits d’eux-mêmes

Les femmes sont des chiennes en chaleur, les hommes, des singes en rut
Les femmes sont des orifices, les hommes ont des fantasmes

Dans la pornographie

Les femmes sont ravagées, les hommes rentrent partout
Les femmes bouffent de la merde, les hommes leur pissent dessus
Les femmes sont attachées, les hommes, libres de leurs mouvements
Les femmes sont torturées à sec, les hommes en terminent avec elles
Les femmes sont sans défense, les hommes n’en font qu’une bouchée
Les femmes découvrent leur douleur, les hommes font leur apprentissage
Les femmes ont des culs trop serrés, les hommes, des bâtons trop gros pour elles
Les femmes se tordent dans tous les sens, les hommes apprennent à serrer les liens

Les femmes sont des lécheuses d’anus, les hommes, des bouffeurs de cons
Les femmes ont des boules dans la gueule, les hommes, des instruments de tortures

Dans la pornographie

Les femmes sont brûlées à la cire, les hommes les marquent au fer
Les femmes sont évanouies, les hommes continuent leurs ravages
Les femmes sont crucifiées, les hommes ont des désirs de meurtres
Les femmes hurlent de peur, les hommes se délectent de leur jouissance
Les femmes se tordent de douleur, les hommes savent bien les emballer
Les femmes ont les seins transpercés, les hommes enfoncent les aiguilles
Les femmes crient comme des folles, les hommes disent : ’on voit qu’elles aiment ça’
Les femmes sont des bombes, les hommes leur mettent des grenades dans leur vagin

Les femmes sont des déchets, les hommes, des psychopathes
Les femmes sont du sexe, les hommes sont le sexe
« La porno est entrée dans les mœurs »

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6 réponses à Une entreprise de démolition des femmes

  1. Dany dit :

    Hop hop hop : sur les affiches était portée la mention : interdit aux hommes.

    Je pense que la question proposée pour argumenter « contre la pornographie » réduit a priori les possibilités de compréhension du sujet : le porno nous libère ? Et sinon ?

    Etant mal né, puisque étant né homme, je n’ai pu assister à la conférence. Les hommes seraient-ils moins à même d’en parler? Serions nous guidés par nos passions? Sommes nous des bêtes?

    Donc, pour seul objet, ces quelques phrases et préjugés typiques délivrés dans le tract : le porno serait pédagogique, il serait innocent car pure image et non réalité. Pour sûr, on ne peut que jeter ce qu’on en laisse.

    J’aimerai rencontrer une de celles qui ont eu l’occasion d’assister au « débat », et entendre de vive voix ces arguments sensés persuadés que ce qui est une représentation vidéo de types de sexualités, autant fantasmés que vécus, est un mal.

    Je suis à Caen, et j’attends réellement d’être contacté.

    J’ai l’espoir que la radicalité de la cause permette encore la tolérance de la conversation.

    Dany.

    • binKa dit :

      J’ai autorisé ce post de Dany, car il est exemplaire des réactions des hommes face aux rarissimes tentatives des femmes de s’auto-organiser (donc, pas de parano, Dany, ceci n’est pas contre toi, c’est une réponse très généraliste sur tous les cas de défense virile que j’ai vu/entendue en plusieurs années de militance) :

      1) revendication immédiate : fondée sur un sentiment de légitimité à « être là » partout, une certitude que tout espace est accessible. Ces sentiments contrastent radicalement avec le sentiment d’illégitimité qui paralyse trop souvent les femmes, y compris quand elles sont agressées dans ces mêmes espaces (rue, chambre, etc.). La situation est comique : un événement réservé aux femmes et c’est l’insurrection (tous les mecs ont tapé des scandales face à ces affiches, quelle que soit leur raison de vouloir venir à la conférence, la raison la plus commune étant qu’ils se sentaient privés d’un droit), alors qu’au quotidien, l’écrasante majorité des espaces publics sont réservés aux hommes : du café du coin au gouvernement en passant par les écoles d’ingénieur… Alors question « exclusion » ou « sexisme à l’envers », messieurs, passez votre chemin, commencez donc à revendiquer la mixité réelle partout, et ensuite, venez nous intimer l’ordre de squater aussi nos espaces non-mixtes.

      2) victimisation : « étant mal né ».

      3) monologue : Dany fait les questions réponses. Pour deux raisons :
      a) souvent, les hommes ne peuvent pas s’imaginer que nous puissions penser ou créer des choses en dehors de leur univers mental ; ils plaquent donc ce qu’ils pensent sur ce que nous disons. D’autant plus que, de leur point de vue, nous devons rester sous contrôle en permanence. S’ils échouent à exercer leur surveillance, ils dénigrent ce que nous faisons « entre nous », et lancent un appel émouvant à notre inconscience : « mesdames, revenez à la raison : revenez-nous ! ». Le dénigrement est clair ici : Dany pense que le « seul objet » de débat-conférence, c’est les trois « préjugés » cités dans l’affiche. D’une part, c’est pas totalement inutile puisque Dany lui-même, scrutant des fourmis du haut de son flan, développe deux clichés en une phrase (l’idée que c’est une représentation de la sexualité). D’autre part, c’est vraiment prendre les organisatrices pour des dilettantes. Cette conférence est le produit d’une année de recherche. C’est vraiment faire un faux procès aux femmes, surtout féministes, que de les chercher sur leur professionnalisme : les seuls glandus que j’ai vu se ramener en colloque les mains dans les poches, sans un papier, avec cette même arrogance de se dire « oh, moi, les trucs de bonne-femme, pas besoin de les lire, je sais ce qu’il en est », c’était des hommes.
      b) les hommes maîtrisent mieux que nous l’art de la guerre verbale : une des stratégies premières est de baliser le terrain, le semer de panneaux interdicteurs (de penser ou de parler), afin de garder le contrôle. Donc là
      * je suis prévenue : monsieur se réserve le droit d’interpréter mes réponses dans un hypothétique dialogue comme relevant de l’intolérance ;
      * et sa question délimite strictement le chemin que prendra le dialogue demandé : en quoi la représentation vidéo de la sexualité est un mal ?
      = interdit de penser tout ce qu’a démontré la conférence ! à savoir : – ce n’est pas de la représentation mais les images prises face à des violences réelles ; – ce n’est pas de la sexualité mais de l’agression, le plaisir exprimé n’étant pas sexuel mais sadique ; – ce n’est pas une question de morale mais une question politique d’inégalité.

      4) arrogance :
      a) « hop hop hop« , dit-il …. ça me fait curieusement penser au « hep, hep, mademoiselle, qu’est-ce que vous faites ? » … le juge a parlé, nous sommes tenues de nous expliquer.
      b) le fameux « je pense que » qui vaut pour raison de prendre la parole. Pourquoi ? car magiquement, la pensée d’un seul homme aurait la capacité d’opposer une objectivité bien plus forte à n’importe quelle(s) femme(s). Le nombre de fois où j’ai entendu des hommes, en plein colloque, face à un parterre de féministes, toutes plus universitaires les unes que les autres, balancer « Je n’ai pas lu ce dont vous parlez, mais Je pense que » pour venir nous expliquer que là, on se trompe, ou là, on n’a ignoré quelque chose de capital…. Ils arrivent alors comme un cheveu sur la soupe, en pensant qu’ils en sont l’ingrédient essentiel.
      c) certitude que l’objectivité et la rationalité du débat est amputée de moitié (ou plus ?) s’il n’y a pas d’hommes … ah bon, les hommes pensent différemment ? Les femmes ne savent pas penser seules ? Les femmes ne savent pas penser ce que les hommes pensent et ce qu’elles pensent ? ou ils pensent des choses différentes sur la pornographie ? je pense que c’est plutôt cette dernière option. Et perso, c’est pour ça que j’ai été contente que cela se passe en non-mixité, car je sais trop ce que les hommes pensent du porno : c’est eux qui la font, eux qui la matent, eux qui nous la proposent, eux qui en rigolent, eux qui la banalisent et eux qui la justifient.

      Leur conviction de base ? Bah exactement ce que dit Dany : c’est une représentation de la sexualité, de divers « types de sexualités » … mais ça aussi c’est un gros préjugé typique martelé par tous les hommes : porno = sexe … seul problème : ça c’est la version des vainqueurs. ça les fait jouir, donc c’est du sexe. Cette rationalité très élaboré évacue un petit détail de l’histoire : la première réaction des femmes est presque toujours le choc ou le dégoût.

      Ce qu’a permis la non-mixité, c’est que la version des vaincues soit audible, loin des trompettes de la virilité triomphante : la version de celles qui sont « choquées » d’être traitées comme des ennemies jusque dans leur intimité, d’être humiliées dans des millions de films et, de fait, d’être méprisée par leur copain qui s’excite à mater ces films de haine, la voix de celles qui sont obligées de se voir mises à terre et à quatre pattes, « défoncées » et sadisées … bref, la version de celles qui peuvent enfin s’indigner : « NON, me traiter de salope, c’est pas du désir ! OUI, c’est de la haine« .

      C’est à partir du constat de la violence qu’est la porno pour nous, que nous pouvons remettre en cohérence les éléments totalement mystifiés par la propagande industrielle : non, la violence dans la sexualité n’est pas normale, l’insulte si elle le fait jouir, c’est qu’il est sadique ; oui on peut être excitée quand ça nous détruit mais c’est pas le signe d’une liberté, c’est le signe d’une auto-destruction, d’une haine de soi, présente dans le film lui-même, etc.. Pour partir de ce constat de souffrance, il faut déjà que se taisent les clairons virils qui voient du sexe là où c’est une agression.

      Désolé Dany : toi de ta place d’homme, tu ne peux pas comprendre qu’il nous faille nous réunir pour nous reconnaître maltraitées quand nous sommes insultées, qu’il nous faille être entre nous pour replacer cette violence au plan pathique, éthique, politique et juridique, et cesser de la voir comme irréelle ou ignorée des hommes. Toi et tes frères « mâles nés », vous êtes à l’opposé de ce vécu : on ne vous a pas appris à « souffrir pour être désirable » ou « s’insulter pour jouir ». C’est pour cela que vous tolérez infiniment moins la limitation de vos libertés : vous vous sentez déjà lésés quand des femmes se réunissent entre elles, et vous venez nous demander des comptes sur nos blogs … j’imagine à peine ce que vous feriez si soudain une propagande multimilliardaire diffusait des images de vous à genoux, à quattre pattes, baisés jusqu’à la déchirure ou la lésion, frappés sur le sexe, menacés par des vagins dentés bien durs, traités de queutard ou de couillus par des femmes qui prendraient leur pied, debout, triomphantes …. à coup sûr, vous répliqueriez violemment. Réjouissez-vous, pour l’instant nous ne faisons que nous réunir sans vous … mais peut-être devrions-nous venir vous persécuter jusque dans vos lieux de jouissance (boulot, chambre à coucher, etc.) pour vous faire lâcher cette arme qu’est la pornographie.

      Car aucun « type de sexualité » ne peut se construire sur la violence. Sinon, c’est …. violent.

  2. Dany dit :

    Dans le doute qu’un bug est provoqué la disparition du précédent post, je me permets de le remettre.

    Bonjour !

    J’ai commencé à répondre. […]

    « Car aucun « type de sexualité » ne peut se construire sur la violence. Sinon, c’est …. violent. »

    Rien de plus vrai : la violence, vécue comme telle, ou vue, chasse le plaisir pour celui ou celle qui en est la victime, appelle le sadisme ou la tristesse (j’ai à l’esprit la chanson de Moustaki « Chanson Cri »). De fait, dire que la violence participe du plaisir, c’est créé des coupables par notre faute, et tous nous condamner.
    Mais qu’en est-il du rapport sexuel en soi? Nous parlons de ce qu’il doit ou ne doit pas être, mais pas de ce qu’il est, et je reconnais mon tord. Replaçons nous donc au moment du rapport. Y-a-t-il de la violence ? Suis-je capable, moi seul, d’y répondre? Quelle prétention j’aurai ! C’est une question de point de vue dirons les vilains.
    C’est une question de point de vue, effectivement, mais qui ne se partage pas entre le point de vue spécifique de la femme, et le point de vue spécifique de l’homme. En réalité, le seul point de vue, pendant l’acte, sur l’acte, point de vue réfléchi, qui juge les faits, c’est celui du spectateur.

    _ « Quoi ! Une troisième personne ! Quel vicelard ce dany ! »

    […]

    Nous voyons en effet, dans n’importe quel film pornographique, la soumission, l’avilissement, la violence. Ce regard est celui qui est désintéressé, c’est non seulement celui du féminisme, mais celui de tout un chacun qui ne vise pas alors la pornographie pour satisfaire un plaisir personnel. Mais lorsqu’un tel plaisir est visé, lorsque dans une relation hautement intime à soi même, lors de la masturbation, on « passe » par ce médium qu’est la pornographie, on ne voit pas l’avilissement, on ne voit pas la soumission, on ne voit pas la violence, comme plus tôt on ne voyait pas l’amas de chair et d’os gesticuler dans l’absurdité d’un mouvement compulsif et ridicule.
    On voudrait que le masturbateur voit la violence. Il ne peut pas.
    Elle n’est pas dans la pornographie telle qu’il la voit.
    […]
    Voilà comment une critique de la pornographie, dans sa diffusion apparemment, est envisageable. Mais également, voilà sous quel nouvel aspect l’homme ou la femme, pour l’instant spectateur, peut se pencher sur « cet objet » lié au plaisir d’autres. […]

    • binKa dit :

      bonsoir Dany,
      je n’avais pas répondu la première fois, car votre post, loin de progresser vers une conscience critique de la pornographie et des dommages qu’elle crée envers un groupe humain au bénéfice d’un autre, était une laborieuse tentative de nier et neutraliser les enjeux politiques et éthiques que soulève le refus qu’opposent les femmes à la pornographie. Je veux épargner aux femmes la violence mal masquée de votre texte : insulte (« tas d’os et de chair », ce cynisme hérité des romantiques racine dans la misogynie la plus ouverte), négation de l’enjeu central (éthique : la violence est violence, et ce n’est certes pas le point de vue du branleur qui s’opposer à cette vérité) dans une opération d’illusionnisme digne d’un manipulateur (fausse objectivité, verbiage alambiqué piqué de quelques « saillies » explicatives, etc.).

      J’ai laissé quelques passages significatifs, dans le contenu et dans la forme (votre prétention à édicter l’objectivité, à l’incarner aussi [effacement de ses postulats éthiques et logiques pour afficher un raisonnement faussement basé sur le bon sens, usage du « nous » qui a cour dans les articles académiques]). J’ai souligné en gras le « butoir de votre pensée » en matière d’anti-masculinisme, butoir directement planté dans votre cerveau par les pornographes. On peut la résumer ainsi : « rien de ce qui m’excite ne peut être critiqué » car « le point de vue de l’homme excité est le point de vue objectif ».

      Tout votre propos était de disqualifier l’objectivité basée sur des faits (l’observation d’actes passibles de poursuites pénales), des recherches (plus de 30 ans de recherches par des sociologues, psychologues, juristes) et des témoignages de plus en plus nombreux de survivantes de la pornographie et de la prostitution, ou de victimes de viols conjugaux. Comment prétendez-vous balayer tout cela ? Ne vous laissant guider que par la naïveté de mauvaise foi du penseur-in-progress, vous tentez de lui opposer une autre « objectivité », tout droit sorti du chapeau des …. pornographes ! Qui croyez-vous qu’est ce « tiers terme neutre » qui observe d’autres avoir des rapports sexuels ? Qui prétend enregistrer sans artifice des faits objectifs, suspendant tout jugement éthique sur leur violence ? Cette position est celle du voyeur, en effet, du pornographe qui se prétend « amateur » et celle de l’homme qui se branle sur la pornographie, là aussi vous avez raison.

      De fait, les motifs de cette suspension de jugement éthique n’ont strictement rien d’éthique :
      – ils sont le banal axiome carnassier des post-Sadiens : « ça m’excite, j’ai du plaisir, ne vient pas me parler de responsabilité collective et de souffrance de certaines ! »
      – et le banal alibi des pornographes qui déversent leurs produits « amateurs » pour contourner les lois et les consciences éthiques : « désolés, c’est les faits ! ».
      => En un mot, « l’objectivité » que vous avancez ne sert qu’une chose : rétablir la subjectivité masculiniste en toute légitimité pour réédicter votre postulat incritiquable que nous devrions accepter (porno = sexualité).
      Or la pornographie n’est que sadisme envers les femmes.
      Votre éthique (qui est celle des grands « libérateurs sexuels » que sont les industriels du sexisme) assoie son hédonisme sur une montagne de nos corps meurtris, étouffés dans leur propre cri. De fait, ce « plaisir » qui vous sert de guide n’est pas le plaisir altruiste que vous prétendez, ni « autistique » du branleur, mais le plaisir sadique qui ne jouit que de détruire l’autre.

      Vous ne vous expliquez aucunement sur un point central : comment l’enregistrement neutre, « objectif », de la sexualité produit-il une sexualité violente ? La pornographie est violente, et même ultra-violente : comment passe-t-on d’une interpénétration des corps, d’actes d’échange et de réciprocité, à un pilonnage intensif et unilatéral ? Vous balayez cela en laissant entendre que la sexualité en elle-même serait violente. Pure pétition de principe, issue des affirmations d’agresseurs sexuels notoires et célébrés par les plus grands théoriciens (Freud, Lacan, Foucault, etc.). Vous affirmez également que la violence est affaire de perception. Faux. Elle est affaire de point de vue et de décision éthique. Et les points de vue des femmes et des hommes ne sont pas deux points de vue équivalents à dialectiser à l’aide d’un tiers terme jugé neutre – sous-entendu, de l’affrontement de ces deux vérités, il ne pourrait en sortir aucune. Les femmes, en tant que vaincues de la batille, ont une supériorité épistémique sur la réalité de la domination.

      Ainsi, seules les personnes qui souffrent peuvent la dénoncer ; seule une décision éthique collective peut acter : « si des gens souffrent, c’est grave ». La décision sociale actuelle est malheureusement : « si des femmes souffrent, il n’y a pas mort d’homme ». Vous en rappelez une des closes actuelles : « si un bonhomme en tire du plaisir, il peut y avoir de la casse, il ne s’agit que de tas d’os et de chair après tout ».
      b.

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