Féminisme radical vs pro-sexe (2)

Quelques termes du débat

Les promoteurs de la prostitution utilisent un euphémisme : « industrie du sexe » pour faire oublier que la presque totalité de la « clientèle » est masculine alors que l’écrasante majorité des personnes employées par ces industries sont des femmes et des fillettes. Outre leurs adjectifs rose bonbon, les industriels étalent un opportunisme cynique : ils récupèrent toutes les revendications des militant-e-s, y compris radicales, pour les retourner contre les opprimé-e-s afin d’imposer leur agenda d’expansion économique. Par exemple, parmi les offensives pro-prostitution, soulignons :

– l’argument des droits des handicapé-e-s à une sexualité : ils légitiment alors le système prostitutionnel en arguant d’un droit à une « assistance sexuelle » des personnes handicapées.

> Ils prétendent régler le problème politique des normes validistes de sociabilité (y compris en matière de sexualité) en recourant à des relations marquées par la hiérarchie : le pouvoir de l’argent (cf. biblio), le pouvoir masculin en matière de sexualité, le pouvoir institutionnel sur les patient-e-s.

> L’argument d’un droit individuel à la sexualité tel qu’il est posé par les pro-prostitution suppose deux choses :

a) La sexualité prostitutionnelle est une sexualité non désirée par la femme prostituée. Peu importe le désir de la partenaire, son consentement suffit. Peut-on appeler sexualité ce qui n’implique le désir et le plaisir que d’un seul des partenaires ? Cette définition, de fait, correspond aussi au viol, où seul un des protagoniste, encore l’homme, éprouve du désir et du plaisir. Comment ne pas voir dans la sexualité prostitutionnelle une forme commune de violence sexiste, à savoir l’agression sexuelle et le viol que subissent tant de femmes ? De plus, ils déplacent un problème politique (la violence sexuelle contre les femmes) sur le plan juridique (le consentement tel que le voit le droit patriarcal actuel français). Cette « neutralisation politique » est une technique pro-sexe : pas vu au plan juridique, pas pris, la parade administrative de tous les industriels propre à la bureaucratie capitaliste. Cette position pro-prostitution est développée par Marcela Iacub ou D. Borillo entre autres.

b) Cela légitime le système prostitutionnel dans son entier. Car qu’est ce que la prostitution sinon une réponse au droit absolu des hommes à une assistance sexuelle, quelle que soit le désir des femmes ? Or cette industrie détruit des millions de femmes pour se fournir en « marchandise » (cf. biblio en dessous).  Il suffirait de réserver ces pratiques à des éducatrices formées par des organismes ? Quid des institutions qui n’auront pas les moyens financiers de payer les vacations de ces « éducatrices » ? Mais surtout, personne ne souligne qu’il n’existe pratiquement aucune offre d’homme prostitués pour les femmes – la petite proportion d’hommes prostitués en tant qu’hommes s’adressant à une clientèle homosexuelle.

Comme toujours, les prérogatives masculines d’un droit absolu à l’accès sexuel aux femmes trouvent à s’exprimer, ici en prenant en otage les revendications contre l’handiphobie.

> cf. dans Actualités, appel à mobilisation.

– l’argument du droit des « travailleuses indépendantes » à s’auto-organiser pour défendre leurs droits (professionnels et/ou humains). Mais :

a) La prostitution – tout comme le service à la personne auquel elle est assimilé de manière malhonnête par certain-e-s – n’est pas un secteur où les travailleuses sont majoritairement « indépendantes ». C’est une industrie. Les pro-sexe mentent quand ils-elles parlent de la prostitution comme d’un métier exercé en libéral. 85% des femmes dans la prostitution sont exploitées par les proxénètes. Le reste des femmes ont des obligations vis à vis des bailleurs et des intermédiaires dont elles ont besoin pour exercer.

b) Aucun de ces commerciaux bien intentionnés ne veut expliquer pourquoi la prostitution telle qu’elle existe est tellement genrée, bien plus que les métiers dits féminins, qui au moins ont une clientèle mixte :

* 98% des clients-prostitueurs sont des hommes,

* 95% des personnes victimes de traite sont des femmes et des fillettes,

* les réseaux sont tenus par les hommes,

* seules les femmes proxénètes ont été prostituées avant, voire sont encore prostituées ; les hommes proxénètes, eux, accèdent directement au statut de patron ; une promotion liée à une qualité de naissance ? plutôt curieux pour un « travail » comme un autre !

* les entreprises, comme General Motors, qui tirent directement profit de la financiarisation des industries du sexe sont des bastions masculins de l’emplois, etc.

Bibliographie

Claudine Legardinier Les trafics du sexe : femmes et enfants marchandises, 2002. Paris : Les essentiels Milan.

Andrea Dworkin « Le pouvoir », in Pouvoir et violence sexiste, 2007. Syllepse.

Un débat

le dossier d’août sur la prostitution d’Alternative Libertaire

http://www.alternativelibertaire.org/spip.php?rubrique196

la réponse du STRASS

http://site.strass-syndicat.org/tag/alternative-libertaire/

la réponse d’AL au STRASS

http://www.alternativelibertaire.org/spip.php?article3712

la réponse des Tumultueuses à AL

http://www.tumultueuses.com/Reponse-des-TumulTueuses-au

la réponse d’une militante d’AL aux Tumultueuses

http://iresmo.jimdo.com/2010/11/03/quel-rapport-entre-prostituée-et-femme-de-ménage/

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