Viol : l’émancipation des femmes se passera de toute justice

Peggy Sastre (anti-féministe notoire avec son livre Ex Utero) vient d’écrire un article pour le Nouvel Obs :

« Viol : l’émancipation des femmes ne passe pas forcément par la justice« 

Elle y rend hommage à une autre anti-féministe, particulièrement négationniste des violences vécues par les femmes : Marcela Iacub.

extraits et commentaires :

« La sacralisation du porter plainte.

Je crois même que je ne souscris absolument pas à cette appréhension du viol exclusivement et obligatoirement policière et pénale, tant elle balaye bien trop facilement les nombreux cas (contrairement à ce que peut en penser une Clémentine Autain, mais j’y reviendrai une autre fois) de personnes qui survivent, justement, à une agression sexuelle en décidant, sciemment, de ne jamais s’en remettre à la justice et qui voient dans son officialité un obstacle dramatique à leur résilience. »

> « Officialiser » un viol ? on officialise une union, un mariage, mais un viol …. on le dénonce. Les victimes restent dans le silence, pour protéger leur vie, car de leur point de vue, comme de celui de l’écrasante majorité des hommes qui les entourent – et souvent des autres victimes femmes -, c’est elles les coupables, elles ont honte et partagent pour part la version de l’agresseur sur les faits.

« De plus, à supposer que le viol soit un outil (masculin) d’annihilation (des femmes), choisir de ne rien dire, c’est aussi faire comprendre à son agresseur qu’il ne s’est rien passé et que ce n’est pas demain la veille qu’il réussira à vous « détruire ». »

> « tagadagadère, heuuuuu…. même pas mal ! » voilà un conseil féministe ? Nier le traumatisme + entamer un dialogue avec l’agresseur ? Quel interlocuteur est plus fiable que la justice ou que la police pour être reconnue (ici en tant que non-victime) ? … le violeur, bien sûr !

> Les fanfaronnades de bravaches sont bonnes pour les hommes, ce virilisme quand on est « la femme » dans le combat de coq est suicidaire. Typiquement virile, cette attitude de défi est une stratégie masculine pour éliminer les personnes hors jeu (femmes). Pourquoi y inviter les femmes ? Car ce faux féminisme fonce sur les chiffons rouges agités par les toréadors et nous met toujours en danger.

« Car l‘oubli – d’un viol ou de n’importe quel événement traumatique – ce n’est pas forcément un pis-aller ou une quelconque stratégie de survie à la petite semaine [...] c’est surtout l’une des premières tactiques qu’a trouvé le cerveau pour aller de l’avant.« 

> faux : l’oubli est un mécanisme propre à la mémoire traumatique, il permet de survivre en situation de danger de mort, mais fige dans la répétition sans fin du traumatisme. Il ne permet certainement pas « d’aller de l’avant ».

Cet article est typique du faux féminisme actuel.

Ses messages principaux sont :

> plus j’encaisse sans broncher, plus je suis en « power » ;

> moins je dénonce les hommes, plus je combats l’état policier, mon seul ennemi ;

> et plus je transmets mes stratégies de victime (s’anesthésier, oublier, dénier, se dissocier de ses ressentis, anesthésier sa colère envers l’agresseur, la déplacer sur des femmes, ici les féministes), plus je sors de la « victimisation ».

Nombre de femmes incarnant « le féminisme » moderne dans les médias (sex-expertes, écrivaines, pornographes ou juristes) transmettent aux autres femmes leurs techniques de survie post-traumatiques (et parfois leurs techniques d’agresseur quand elles ont viré SadoMaso). Mais ces techniques sont dissociantes et mettent la victime en danger pour augmenter son niveau de stress (principe même du masochisme dans le SM). Dans un livre à paraître, Muriel SALMONA traitera entre autre de cette vague « féministe » qui apprend aux femmes à jouer les victimes fières de l’être.

Morale de l’histoire ….

Le titre de l’article avoue de manière presque explicite le projet poursuivi par la vague féministe « sex positiv » à laquelle Peggy Sastre participe :

Mesdames, si vous voulez vous émanciper à la manière « sexy » des Iacub, Sastre, Millet, Delorme, Jouvet ou Minx, vous devrez vous passer de justice. Vous pourrez marcher fièrement pour vous assumer « salope » ou « pute », mais marchez dans l’ombre, baissez vos yeux coupables si vous voulez réclamer justice ou mettre un violeur hors d’état de nuire. Renoncez aux droits qui vous sont virtuellement accordés, car ils attentent trop aux libertés des hommes.

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Femmes et hommes dans la prostitution : même combat ?

1 – La déviance comme paradigme ou comment les femmes violées sont des fumeuses de marijuana.

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 avertissement : en exergue, une réponse typique que reçoivent les féministes dès qu’elles dénoncent les stratégies de promotion de la prostitution : auto-victimisation, menaces et judiciarisation des « débats ». Stratégies masculinistes, que l’on retrouve aussi dans la luttes des « pères » pour leurs droits de propriété sur femme et enfants …

Je pense que ce commentaire sera surement supprimé par les modératrices, mais il fait office d’avertissement : les citations nominatives d’associations dans ce textes, suivies de diffamations calomnieuses, ne resterons pas sans suite. nous ferons valoir ce que de droit suite à ces citations et diffamations.

M. C. D. L.

Vu les moyens alloués au harcèlement des féministes et les avocats dont sont dotés certains « minoritaires » (peu nombreux mais majoritaires du point de vue des intérêts défendus) … je vous laisse trouver par vous-mêmes les pro-sexe dont je parle (ils sont très reconnaissables).

pour info : Non à la censure exercée par des groupes qui soutiennent l’exploitation sexuelle !

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Des salons universitaires (…. ) au terrain (….),   les auto-proclamés « pro-sexe » aiment à se définir comme « freaks », « queers », et parlent plus souvent de répression policière que d’oppression. Pourquoi ? En outre, ils se placent sur le plan moraliste pour contrer les abolitionnistes : selon eux, « les gens » sont « choqués », ont des « préjugés » sur les « anormaux », les lois nationales aussi bien que les positions féministes sont « moralisatrices », il existe une « hypocrisie » sociale face aux personnes « immorales ». Pourquoi ? Ils interdisent à quiconque de « juger » dès qu’il s’agit de prostitution : ce serait « stigmatiser » des femmes, donc ce serait sexiste ; ce serait se sentir supérieure à elles, au prétexte qu’elles auraient fait un « choix » moins « digne ». Pourquoi profèrent-ils cet interdit de « juger » « la prostitution » ? Autre travers : ils font beaucoup plus de psychologie que de sociologie, et de la très mauvaise psychologie : par exemple, l’aliénation serait une forme d’inconscience ou de naïveté, une faiblesse de l’esprit qui caractérise les « faibles », les « soumises », bref en un mot dans leur échelle de valeurs moralistes : les « victimes ».  Ils l’opposent au « sujet », en fait le « winner » néolibéral qui calcule rationnellement ses options, détermine ses choix en fonction de ses intérêts objectifs, et marche debout, la conscience éclairée comme un organe de perception. Ils font aussi de la mauvaise sociologie : ils appliquent ce qu’ils pensent être la psychologie des individus (mais comprise du point de vue dominant) à l’analyse de l’espace social. Par exemple : une femme prostituée « se sent en contrôle » quand elle « gère » un client agressif ou connaît toutes les contorsions pour éviter les lésions ? Alors la prostitution est « empowerment ». Un client-prostitueur ne se vit pas comme dominant ? Alors la domination n’est pas une caractéristique de la prostitution. Autre curiosité : durant les diversions … heu les débats proposés par les pro-prostitution, les violences vécues par les femmes prostituées sont toutes expliquées par le « stigmate ». La stigmatisation populaire, la stigmatisation étatique et policière, la stigmatisation par les féministe …. le stigmate de « pute » les préoccupe plus que les meurtres et les viols commis par et pour le système proxénète ; de plus, l’expansion mondiale de cette industrie de haine sexiste s’expliquerait mieux par une idée que par des intérêts matériels (domination économique et sexuelle)….

Je me suis longtemps demandé comment un stigmate pouvait, à leurs yeux, expliquer la violence inouïe du système prostitutionnel. Négationnisme, idéalisme ? Les deux … mais surtout un cadre d’analyse, issu de la sociologie de la déviance.

Comme le montre le livre pro-prostitution de Stéphanie Pryen, Stigmate et métier (1999), le cadre emprunte beaucoup à la sociologie de Howard Becker. Selon lui, c’est la nomination sociale, la désignation publique, qui crée le « problème » déviant, et cette stigmatisation, en affectant l’estime de soi de la personne, explique sa « carrière de déviant ». Ainsi, il y aurait deux étapes cruciales dans cette « carrière » : 1) transgression de la norme. 2) stigmatisation. La stigmatisation peut se faire de manière formelle (application de la loi par exemple) ou de manière informelle (rejet du groupe d’appartenance, réprimande, sarcasmes, etc.).  Cette stigmatisation expliquerait un engrenage : c’est en quelque sorte une prédiction auto réalisatrice, car « la manière dont on traite les déviants équivaut à leur refuser les moyens ordinaires d’accomplir les activités routinières de leur vie quotidienne. En raison de ce refus, le déviant doit mettre en ouvre des pratiques routinières illégitimes ». De fait, cela mène le sujet stigmatisé à adhérer à un groupe déviant, ce qui consolide la déviance. En effet, les groupes déviants élaborent des rationalisations dans le but de légitimer l’identité déviante, et penser positivement sa « différence ». Puis ils créent une sub-culture déviante.

Je me suis rendue compte que certains éléments de la théorie de Becker correspondaient trait pour trait aux arguments idéalistes des promoteurs de la prostitution. Pourtant il y a quelques problèmes à appliquer cette « théorie de l’étiquetage » à la prostitution.

# Becker lui-même a précisé que sa théorie n’explique pas tout le phénomène de la déviance. Or les pro-prostitution explique tout : les violences policières, les brutalités proxénètes, le sadisme des clients, la paupérisation des femmes, leur stress pot-traumatique …. tout, par le stigmate.

# Cette théorie traite sur un même plan la stigmatisation formelle (application de la loi) et la stigmatisation informelle (sarcasmes, regards, exclusion de groupes). Elle est donc d’une part dépolitisée et d’autre part idéaliste.

> Dépolitisée, elle alimente le cynisme propre aux capitalistes [Becker a été formé à l'Ecole de Chicago] et aux masculinistes. En effet, cette théorie déplace voire nie la limite entre ce qui est jugé licite et illicte par une société  : ici sont assimilés illégalité (= jugement légal) et « immoralité » (= jugement populaire). Illégal ou choquant, tout est « déviant ». Condamnation pénale ou condamnation morale, tout est stigmatisation. Et, comme tel, tout devient terrain de jeux potentiel des « freaks », matière à construire une sub-culture « minoritaire », « subversive ». Mais problème. Ces deux condamnations ne se superposent pas. La violence conjugale, caricaturée dans l’image de la « bête » déchaînée contre une faible « soumise », est réprouvée en paroles mais presque jamais sanctionnée pénalement. Confondre les deux amène à surestimer grandement la protection dont bénéficient les femmes, et à ignorer totalement l’organisation systémique de ces violences. A l’inverse l’exhibitionnisme, réprouvé moralement est aussi virtuellement condamnable pénalement (dans les faits, il ne l’est jamais). Ne pas distinguer les deux, c’est vouloir ignorer la différence de principe qui motive ces deux jugements : d’une part, le rejet de « la sexualité » « individuelle » de l’agresseur (paradigme classique de la police des moeurs), et d’autre part, la sanction d’un acte qui porte préjudice à la victime (paradigme contemporain, ayant émergé avec la notion de droits humains dans les années 50). Ceci mène les « pro-sexe » à nier les préjudices subis par les femmes au nom de ce que les hommes nomment « sexualité ». Identifiés à l’agresseur qui y voit du sexe, ils expliquent les réactions des victimes par la « stigmatisation » de la sexualité par les puritains, une honte sociale nommée « sacralisation du sexe ». Or ceux qui s’exhibent, matent ou touchent, ont l’intention d’humilier et leur acte est sadique. Leur excitation est sadique, nullement « autistique ». Les victimes perçoivent parfaitement cette intention : dans ses yeux vides et perçants, elles voient son projet d’anéantissement, de mort psychique. D’où leur peur de mourir, même dans une situation où « objectivement » il n’y avait pas de risque. Percevoir une telle déshumanisation dans le regard d’autrui est un facteur majeur de stress post-traumatique.

De fait, dans leur lutte contre la « stigmatisation », les « pro-sexe » entretiennent ces confusions. Par exemple, ils associent la lutte pour dépénaliser l’homosexualité à la lutte pour dépénaliser la pédocriminalité (dite pédophilie), la menace de viol (dit exhibitionnisme), le sadisme sexuel (dit SM), le viol tarifé (dit prostitution) ou la chosification (dit voyeurisme). Ainsi, Gayle Rubin pourfend « la condamnation générale de toute relation sexuelle adulte-enfant » (2010 : 91 et suiv.). Son groupe « Samois » fait référence à l’un des monuments de la littérature sadique, Histoire d’O. Michel Foucault a écrit une post-face lénifiante et exaltée à un livre d’une violence inouïe : « Ma vie secrète ». Il avoue ainsi que, pour lui, l’exhibitionnisme, le harcèlement, l’agression et le viol, par personne ayant autorité et avec usage de la violence, sont de l’érotisme. Cette autobiographie écrite par un violeur en série (comme Sade) est une référence principale dans son Histoire de la sexualité. Les « sexualités périphériques » qu’il y définit sont donc décrites du point de vue de l’agresseur. Loin d’endosser la responsabilité de la violence sexiste qu’ils promeuvent, les « pro-sexe » accusent toute féministe anti-SM ou anti-prostitution de faire reculer les droits des « minorités sexuelles ». Mais le procédé est grossier …  l’homosexualité est « stigmatisée » au sens de mal jugée (préjugés populaires), elle doit donc être « déstigmatisée », au sens de réhabilitée. Mais l’exhibitionnisme ou la pédocriminalité,  eux, sont « stgimatisés » au sens d’être illégaux. « Destigmatiser » ces actes vise à les rendre légitimes et licites, « normatifs » (ce qu’ils sont déjà d’un point de vue statistique). Or ils ne sont  »sexualité » que du point de vue des agresseurs. Du point de vue des victimes, ce sont des violences qui traumatisent durablement. Que cela fasse jouir les exhibitionnistes et les prostitueurs ne peut justifier que l’on y voit des formes de sexualité. De plus, ce sont des agressions politiques car ce sont les femmes et les enfants qui sont les premières cibles et les hommes les coupables.

> Cette théorie de l’étiquetage appliquée à la prostitution est aussi idéaliste. Dans ce monde idéel qui crée le système prostitueur (là encore, c’est un point de vue dominant), une sanction légale vaut un regard mal placé ; l’exclusion d’une manifestation vaut l’exclusion sociale organisée par une clique d’hommes (persécution sexuelle et violences économiques  par les clients-prostitueurs et les proxénètes + persécution sexiste et nationaliste par la police). Si loi et sarcasmes se valent, on comprend mieux certaines diffamations. De nombreux pro-prostitution accusent les féministes abolitionnistes d’avoir, sur les femmes prostituées, le même pouvoir  qu’ont la police, l’état ou les clients-prostitueurs. Que dire des slogans aberrants comme : « pénalisation du client = violence faites aux femmes prostituées » ? Ou des appels à légaliser le proxénétisme pour faire progresser les droits des femmes prostituées ? On peut dire qu’ils sont logiques. Si toute répression sociale n’est que stigmate, alors  les sanctions pénales encourues par les proxénètes  (rarement effectives) valent les sanctions (symboliques, économiques et sexuelles, très réelles) subies par les femmes prostituées. On notera que, comme d’habitude, les coupables et les victimes sont mis sur un même plan éthique et politique. Les pro-prostitution défendent donc de manière indissociable les femmes prostituées contre leur « stigmatisation » (la persécution sexiste) et les proxénètes contre leur « stigmatisation » (les sanctions pénales d’un droit patriarcal). En effet, les lois sur le proxénétisme sont une des raisons principales de leurs mobilisations.

=> De fait, le grigri du « stigmate » et l’idée de persécution des « déviants » ont un pouvoir magique sur les débats. Instantanément, deux phénomènes, pourtant diamétralement opposés, deviennent équivalents, aux plans éthique et politique : 1) la violence proxénète  (viols, meurtres, déportation, menaces de mort et de viol)  & la violence sexuelle virile (exhibitionnisme, pédocriminalité, voyeurisme, sadisme, viol tarifé). 2) la violence subie par les femmes prostituées, persécutées en tant que « femme » + en tant que  »femme-cible ».  Toutes sont une sub-culture déviante provoquée par la stigmatisation. Sur le même plan éthique et politique, il y a aussi la « persécution » pénale subie par les proxénètes, qui serait une stigmatisation de plus.

# Enfin et surtout. Becker a élaboré sa théorie à partir de deux groupes étudiés : les fumeurs de marijuana & les chanteurs de danse.

Ici « l’acte transgressif », première étape de la carrière de déviant, est un acte motivé par le plaisir, de plus, il est impulsé par la personne. Effectivement, ça correspond à la position des client-prostitueurs et des proxénètes. Mais comment oser prétendre que la prostitution est un acte motivé par le plaisir pour les femmes ? Comment prétendre que dans un système tenu à 80% par des proxénète, dans lequel la « carrière » débute en moyenne à 14 ans, cet acte est impulsé par la femme prostituée ?

Mieux. Revenons sur le premier acte transgressif, celui qui abat sur soi l’ombre du stigmate, et poussera la personne à construire son identité à travers lui. Le stigmate de « pute » : quand s’abat-il sur les femmes ? Quand elles deviennent accrocs au sexe ? Quand elles agissent par plaisir ? Non, il ne s’abat pas en raison du comportement d’une femme, il s’abat en raison de son existence : c’est son être qui est visé, pas ce qu’elle fait. Elle est « pute » car elle est femme. C’est un nom d’être, l’insulte par excellence, qui ne peut désigner une catégorie sociale autre que « femme » et peut désigner toute femme. Aucune vie « rangée » ne nous préserve de ce « stigmate ». Mieux. Une femme ne rencontre pas ce stigmate dans une situation de plaisir. Elle est traitée de « pute » par l’homme qui l’a agressée, car il veut qu’elle se soumette ou car il veut qu’elle se taise. Combien de femmes ont été traitées de « pute » quand elles esquivaient le harcèlement de monsieur ? Combien de fillettes et d’adolescentes violées ont été accusées d’être des « putes », des « allumeuses », pour avoir voulu dénoncer leur agresseur ? Combien de femmes ayant porté leur souffrance jusqu’au procès, ce sont vues traitées de « pute » quand elles ont demandé des dommages et intérêts ? En retour, combien de fillettes violées par leur père ou oncle ont été couvertes de cadeaux ? Stratégie de l’agresseur qui alterne violence et gratification. Certes. Mais cette ambivalence instaure chez l’enfant une équation terrible : être reconnue et/ou aimée <=> être violée <=> être payée. De plus, elle empêche la plupart des témoins de reconnaître la violence exercée contre l’enfant : en effet, ces cadeaux sont vus comme une circonstance atténuante et non comme une contrainte. Certaines femmes violées dans le cadre professionnel sont « payées » par une « promotion ». Loin d’être un cadeau, c’est une stratégie de l’agresseur : il les place sous un contrôle plus direct (hiérarchie professionnelle) et instaure un pacte de silence. De plus, cette promotion était souvent due, mais l’agresseur a exercé un chantage – comme les douaniers ou les agents administratifs dans les pays dictatoriaux, les violeurs font repayer à la victime ce qu’elle aurait dû obtenir de droit. Or selon l’agresseur, l’avantage matériel efface le crime. Malheureusement, cette vision est partagée par tous les complices muets (combien parleront de « promotion canapé » dans cette situation ? L’association Cabiria le fait par exemple). Dans ces deux exemples, l’agresseur a effacé un viol par le paiement. Là encore, le stigmate de « pute » plane sur les victimes.

> Le stigmate de « pute » ne vient pas aux femmes quand elles ont une sexualité de plaisir : il leur vient quand les hommes, pour avoir une sexualité de plaisir, les agressent ou les violent. Il leur vient aussi quand les violeurs tentent d’effacer toute trace de leur crime.

=> En conséquence de quoi, cette théorie de l’étiquetage ne peut être appliquée à la prostitution. Sinon à changer la définition même de l’acte prostitutionnel : il n’est pas sexualité de plaisir mais viol. Et là on comprend comment des femmes, assignées au stigmate de « pute » quand elles ont été agressées ou violées, s’enfoncent dans un système où « pute » = violée …. mais payée. On comprend aussi pourquoi clients-prostitueurs et proxénètes veulent qualifier la prostitution de  »travail » ou de « commerce » : si madame est rétribuée contre son viol, alors ce n’en est plus un, c’est du « donnant-donnant ». Tout est légal, tout est équitable. De même, on comprend pourquoi des hommes traitent de « pute » la femme qu’ils violent ou veulent violer : si elle est à vendre comme une « prostituée », alors son viol n’est plus un crime.

Le stigmate de « pute » (le seul qui existe dans la prostitution) ne sert qu’à une chose : organiser le viol en amont et assurer l’impunité des violeurs en aval, dans le système prostitueur et en dehors de lui. Dans ce contexte, l’obstination de certains groupuscules « pro-sexe » à imposer aux femmes prostituées de s’auto-nommer « pute » est très inquiétante.

2- « Toutes les femmes sont des putes ».

D’un côté, les pro-prostitution insultent les femmes prostituées en interdisant à quiconque de penser que « pute » est une insulte. Méthode typique de manipulation mentale : l’agression (insulter) alterne avec l’interdit de se sentir blessée (anesthésier) ou de penser l’évidence, d’exercer son bon sens (sidérer). Paralyser la critique par le paradoxe permanent. Déréaliser aussi les violences qu’ils ne peuvent dénier. Ainsi, ils prétendent que la violence majeure est symbolique : c’est une violence en idée seulement, une fausse représentation « dans la tête » « des gens ». Il suffirait de « l’assumer » pour qu’il ne « blesse » plus (pour une critique de cet idéalisme, cf. Take Back our Walk, 2011).

De l’autre côté,  ils affirment que la prostitution est banale entre hommes et femmes. Selon eux,  »toutes les femmes se prostituent », « gratuitement » ajoutent-ils. Ah bon ? Oui, oui : le bouquet de fleur, le resto payé, la femme mariée « entretenue » (oui, oui, les pro-prostitution sont persuadés que la femme est entretenue par le conjoint !) … tout cela est des « rétributions » pour « service sexuel » fourni ou à fournir. Les femmes en couple « coucheraient pour des ressources », comme les femmes prostituées : la seule différence seraient le nombre de « partenaires » et la forme de la rétribution. Un simple « échange économico-sexuel », selon l’expression qu’ils ont volée à Paola Tabet pour la retourner contre les féministes et les femmes. Donnant-donnant, gagnant-gagnante. Pas d’arnaque (contrairement à ce qu’analyse Paola Tabet, 1998 & 2004). Juste un « arrangement » économico-sexuel.

Mais tout cela est faux en plus d’être insultant. Pure mystification de notre oppression. En effet, où sont passés la violence, la contrainte et le viol là-dedans ? Disparus. Disparu le vol des ressources, le monopole du pouvoir et des propriétés organisés par la classe masculine. Disparues les violences sexuelles (exhibitionnisme, attouchement, harcèlement, menace de viol, agression, viol) … or elles s’abattent sur presque toutes les femmes, dès l’enfance. Or l’inégalité, le chantage aux ressources (argent, logement), alterné avec les violences sexuelles, permet d’arracher le consentement en toute impunité. Disparue l’inégalité car les pro-prostitution dénient la contrainte qui pèse sur toutes les femmes et occultent les bénéfices qu’en tirent les hommes. A la place, ils brossent le tableau d’un idéal  »marché » au mariage ou à la prostitution où tout se « négocie » entre partenaires. Ici, l’extorsion devient une  »transaction sexuelle » où chaque « partenaire » y trouve « son compte ».

Un exemple, le bouquet de fleur, que scelle-t-il ? « Transaction » libre ou manipulation et chantage viril ? Combien de femmes ont reçu ce fameux bouquet de fleur après une agression de la part du conjoint (verbale, morale, sexuelle ou physique) ? Combien de femmes l’ont accepté en se sentant redevables. Comment ignorer qu’il nous rend moins libres de ne pas céder sur nos refus  ou notre désir ? Désir, pas consentement. Les femmes sous contrainte consentent : répondent « oui » à ce que veut l’autre … mais les femmes libres désirent : veulent positivement quelque chose. Consentir n’est pas désirer. C’est raisonnablement vouloir et non ressentir un élan. D’autant moins dans un contexte d’inégalité car alors consentir est vouloir ce l’autre veut. En effet, seuls les hommes définissent ce qu’est la sexualité, via leurs organes de propagande (manuels d’éducation, pornographie, médias, magazines féminins et masculins – tous tenus par quelques hommes oligarches) et via leurs pratiques de violence (prostitution, mariage, droit de cuissage). Dans ce contexte, consentir est accepter la subordination (jouir « comme une chienne », désirer « comme une salope », accepter un bouquet « comme une vendue », séduire comme une « garce » ou une « chaude »). Enfin, consentir, c’est être « raisonnable », accepter ce qui seul existe, et renoncer à ses désirs de rêveuse (un homme soucieux de nous, qui pourrait, en même temps, nous désirer et nous considérer comme un alter ego, un ami, avec respect, empathie et solidarité).  C’est donc évaluer toutes les « bonnes raisons » que l’on a d’accepter. Et les « bonnes raisons » ne correspondent qu’accidentellement au désir sexuel de la femme : c’est une « bonne raison » de ne pas vouloir, juste pour ce soir, dormir dans son 12 mètres pas chauffé d’étudiante, de préférer avoir la paix, éviter sa mauvaise humeur, lui faire plaisir …

En fait, d’où vient cette vision du chantage aux ressources comme une « transaction » calculée de part et d’autre ? D’où vient ce cynisme  ? D’où vient l’idée que les femmes calculent leur bénéfices et saisissent les opportunités que leur offrent les relations avec les hommes ? Comme d’habitude avec les pro-sexe, cela vient des hommes. En effet, combien d’hommes voient les femmes comme des profiteuses ? Mieux. Combien pensent que les femmes se prostituent auprès d’eux ? Combien utilisent le « cadeau » comme une monnaie d’échange ? Une monnaie de singe pour se faire pardonner un adultère, obtenir un accès sexuel à une femme jugée « achetable », endormir sa conscience. Et que prétendent-ils dire par ce bouquet ? « Je t’aime », « voici un vrai cadeau, généreux », « je t’apprécie ». Double discours, un seul but : la grande arnaque. Dès lors, où est « l’accord » éclairé entre deux partenaires mus par un intérêt égal ici ? On assiste bien plutôt à la rencontre entre manipulation et choix « raisonnable » non éclairé. L’homme qui « investit » dans un bouquet de fleurs spécule sur la « naïveté » ou l’indignité de la partenaire ; calcul parfois associé à la gratitude ou la fascination de trouver en elle la « femme parfaite » pour ce rôle – jubilation souvent prise pour de l’amour. De l’autre, la femme se contorsionne pour éviter les voies contradictoires mais obligatoires qui la mènent à l’indignité : « pute », « fille facile », « fille à vendre », « cruche », « coincée », etc.

Dernier mensonge. Les femmes en couple « couchent-elles pour des ressources » ? En bref, sont-elles rétribuées dans les relations qu’elles entretiennent avec les hommes ? NON ! Ces relations sont caractérisées par l’inégalité, l’oppression : cela veut dire que non seulement, elles ne sont pas rétribuées, mais, mieux, elles sont volées par les hommes. Les corvées ménagères : du vol. Le soin aux enfants : du vol. La charge matérielle des personnes dépendantes et du mari : du vol. Le sous-emploi : du vol. Le sur-chômage : du vol. L’inégalité salariale : du vol. La ségrégation verticale et horizontale sur le marché du travail : du vol. Les écarts vertigineux de retraite : du vol. Dire que les femmes sont rétribuées dans les relations avec les hommes est le plus gros mensonge diffusé par les bénéficiares du vol, les hommes, en couple et/ou travailleurs.

En résumé : les pro-prostitution traitent toutes les femmes de « putes », les ravalant à des rentières ou des commerciales gérant leur capital-sexe. L’insulte sidère et interdit de penser. Mais les pro-prostitution ne s’arrêtent pas là. Ils bloquent la pensée par des interdits moraux. Selon eux, il est interdit de penser que « pute » est une insulte, ce serait insultant pour les « vraies putes ». Il est interdit de « juger » la prostitution, ce serait méprisant pour celles qui l’ont choisi. Bizarre : pourquoi les pro-prostitution 1) focalisent sur les femmes, 2) interdisent de juger tout le système ?

Bizarre … moi, spontanément, je « juge » les clients-prostitueurs et les proxénètes. Un jugement citoyen et non moraliste. Je juge les hommes qui imposent par leur argent à des femmes des actes sexuels qu’elles ne désirent pas. D’un point de vue féministe, c’est du viol. D’un point de médico-légal, c’est une violence : les pénétrations répétées, l’absence de dilatation des orifices (car la femme n’est désirante) occasionnent des lésions et des déchirures. Subir des intrusions physiques sans l’avoir désiré cause un stress post-traumatique dont toutes les femmes témoignent. Sans compter que les hommes sont excités au sadisme par la pornographie (qui conditionnent leur sexualité dès l’âge de 10 ans, selon les statistiques ministérielles) : la brutalité des actes sont traumatisantes, physiquement et psychiquement. Je juge donc très durement ces hommes. Et je refuse tout discours qui protègerait ces hommes, car rien ne les oblige à se comporter ainsi, sinon le sadisme et l’égocentrisme, éléments que l’on retrouve chez tous les violeurs. Je juge les proxénètes car ils sont illégaux en France. Je juge aussi ces hommes car ils dressent des femmes au viol tarifé, par la menace et l’agression, le mépris et l’utilisation totale. Je les juge car ils font de leur violence un métier. Je les juge aussi car leur choix est inacceptable : ils préfèrent « prendre le risque » que leur éemployée » soit violée, battue, violée » plutôt que prendre un risque commercial. Sans compter qu’ils ont choisi de gagner des fortunes ainsi plutôt qu’être caissier ou ouvrier. Les pro-prostitution ne parlent jamais de la liberté de choix des proxénètes car leur choix ne pose aucun problème dans la rationalité virile : tout bénèf, pour pas cher, sans baisser son froc.

Les pro-prostitution préfèrent focaliser sur les femmes. D’abord pour stopper net les féministes : juger la prostitution, c’est juger des femmes, donc c’est être sexiste, aucune féministe ne peut « condamner la prostitution », et tout soutien au système est féministe. Voici une méthode typique : inverser la culpabilité, la déplacer loin des complices des agresseurs, sur les personnes solidaires de la victime. Ensuite, car c’est logique dans leur système explicatif de l’acteur social : s’il faut blâmer quelqu’un dans la prostitution, c’est les « actrices principales », les seules  »volontaires » qui « choisissent » d’y être. Les clients-prostitueurs, eux, ne semblent faire aucun « choix », ils sont simplement « là ». Parfois, ils sont malheureux car d’autres femmes ne leur laissent pas le choix - la conjointe qui refuse certains « actes sexuels » (oui, oui, le mythe de la femme coincée et frigide sans raison est tenace chez les pro-prostitution). Les proxénètes, eux, ne sont jamais interrogés sur leurs « choix » qui est toujours inacceptable (au moins délinquant, le plus souvent criminel).

=> Ces procédés rhétoriques (insulte + déréalisation + effacement des vrais agents du système prostitueur) poursuivent un but limpide : suspendre le jugement éthique, politique (et pénal) sur tout le système, au prétexte fallacieux de « déstigmatiser » les femmes victimes du système.

3 - Les prostitueurs, les grands absents du débat.

Une fois que victimes et bourreaux sont dans le même sac, il suffit d’escamoter rapidement les profiteurs de l’affaire pour définitivement protéger les hommes. En effet, dans les discours pro-prostitution, on n’entend parler que de la femme prostituée : ses choix, ses non-choix, sa liberté sexuelle, ses gains astonomiques, etc. Par contre le choix du client prostitueur à imposer par son argent des actes qu’il sait indésirables ? Pas un mot. Le choix du proxénète entre caissier et dresseur de femmes à violer ? Pas un mot. Mieux. Les accusations pleuvent sur les féministes abolitionnistes : puritaines, catho, suppôt de l’état …. il paraîtrait que nous sommes la première cause mortalité des femmes prostituées ! Comment en arrive-t-on là ? En défendant la cause des hommes, clients et proxo.

De fait, les … , ….  et autres activistes masculinistes pourfendent la loi sur la pénalisation du client et réclament plus de libertés pour les proxénètes. En parallèle, ils focalisent l’attention des féministes sur des ennemis communs, pour occulter nos ennemis qui sont leurs amis. Ainsi, pour eux, le système répressif n’implique que deux protagonistes (parfois 3 si on compte les féministes) :

- le policier
- l’état (qui est prohibitionniste mais est assimilé aux abolitionnistes).

, tous deux analysés d’un point de vue anti-capitaliste mais jamais anti-sexiste (alors qu’il existe une réelle communauté d’intérêt entre l’état, la police, les clients et proxénètes : à savoir, l’exploitation et la destruction des femmes).

=> Rien sur les clients-prostitueurs ni les proxénètes quand il s’agit de dénoncer la répression que vivent les femmes prostituées. Pourquoi ? car dans l’affaire, « clients » et « patrons » ne sont que des « partenaires économiques » , avec lesquels tout est négociable, même le respect (cf. les guides du respect produits par …  & ….  !).

Voilà pourquoi je mets en ligne un certains nombre d’enquêtes et de compten rendus d’enquêtes sur ces grandes mains invisibles qui tiennent l’insutrie dite « du sexe ».

O’Connell Davidson, Julia. 2001. L’exploiteur sexuel

Clients Prostitueurs – des stéréotypes persistants, 2009

Clients, une nouvelle étude à Londres, 2010

Une enquête sans précédent aux USA – qui sont les proxénètes, 2010

Legardinier, Les motivations des prostitueurs, 2009

Combien d’hommes prostitueurs, Legardinier, 2009

Bridget Anderson & Julia O’Connell Davidson, Trafficking – a demand led problem, 2002

Legardinier & Bouamama, L’homme en question, le processus du devenir-client de la prostitution, 2004

Legardinier & Bouamama, Les clients en question, enquête d’opinion publique, 2004

Donna HUGHES, Best Practices to Address the Demand Side of Sex Industry, 2004

Melissa Farley, Julie Bindel et Jacqueline M. Golding – Men Who Buy Sex, Who they buy & What they know, 2009

Sven Axel Mansson Les pratiques des hommes  »clients » de la prostitution, 2003

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Pourquoi les hommes aiment tant la pornographie ?

Andrea Dworkin.
Why Men Like Pornography & Prostitution So Much.

Keynote Speech at International Trafficking Conference, 1989

Documentaire :

Extraits :


« Pornography & Pop Culture: Putting the Text in Context »
Gail Dines

at the Feminist Antipornography Conference: Pornography & Pop Culture – Rethinking Theory, Reframing Activism Wheelock College, Boston March 24, 2007

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Ne laissons pas les industries sexistes saloper notre lutte contre le viol

En réponse aux  » marches des salopes  » ou  » slutwalk  » qui ont déferlé aujourd’hui de Strasbourg à Minneapolis** :

Take Back our Walk. Ne laissons pas les industriels saloper nos luttes !

** Pour mémoire, Minneapolis est un lieu symbole de la lutte anti-proxénètes.

Pornography and Civil Rights. A New Day for Women’s Equality. Andrea Dworkin & Catharine MacKinnon.

« Quand ceux qui vous dominent vous amènent a prendre l’initiative de votre propre destruction, alors vous avez perdu plus qu’aucun peuple opprimé n’a jamais pu se réapproprier. »
Andrea Dworkin, 1987. 

***  Les perles de la déferlante française :   Mot d’ordre :

  »respect pour tous » …

 quand je vous dis que la masculin l’emporte dans ce backlash néolibaralosexiste….

 Sens de l’action :

 « La “slutwalk” est un message de tolérance et de respect envers chaque individu, concernant son apparence ou sa sexualité » 

Les organisatrices n’ont pas osé traduire « slut », histoire de déréaliser leur propre sexisme auprès des participantes francophones.  »Tolérance » ? Qu’y a-t-il à tolérer chez les victimes réelles ou potentielles de viol ? Leur condition de naissance (ce pourquoi elles sont violées : « être femme ») ou les faux alibis que se donnent les hommes (fille « sexy » et femme prostituée) ? Autre question : les femmes dans la prostitution expriment leur sexualité ? Servir sous les ordres virils, avoir peur, être affamée, s’anesthésier pour supporter (par le toxique ou la décorporalisation) c’est exprimer sa sexualité ? Quelle est l’expérience sexuelle de ces recycleuses d’insultes pour avoir une telle définition de la sexualité de certaines femmes ?!

 projet social :

 « La “slutwalk” ne se revendique pas féministe mais égalitaire. Nous ne militons pas pour une libération sexuelle ou une autonomie mais un respect de chacun pour chacune, quels que soient son âge, son genre, son orientation sexuelle ».

 Et ben voilà qui éclaire ! Si les insultes, les viols et les coups fusent dans le respect, alors tout va bien…. Désormais, appelons à ce que les prostitueurs disent aux femmes avant de payer pour les violer : « Bonjour salope, puis-je me permettre de vous demander de faire ce que je dis, je vous rappelle que je vous paie pour que vous vous taisiez, sinon pour me flatter, procédons maintenant à votre viol, sans vouloir vous forcer, je préfère vous enculer. Je vous prie de m’excuser de vous maintenir la tête ou de vous agripper les cheveux, je conçois que vous soyez froissée par mes démonstrations de toute-puissance« 

 

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Le viol est une arme sexiste pointée sur toutes les femmes 2

DSK Un long parcours de non-lieux

DSK Un largo recorrido de impunidad

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Le viol est une arme sexiste pointée sur toutes les femmes

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Légaliser la prostitution : délires et conséquences

« La légalisation de la prostitution : ses effets sur la traite des femmes et des enfants », Richard Poulin

Effets de la légalisation sur la traite des femmes et des enfants

Sheila Jeffreys : The Industrial Vagina, The political economy of the sex trade, 2009.

tableau non exhaustif, chacune peut rajouter ses arguments ….

NON à la prostitution, tableau d’arguments

L’offensive des pro-prostitution par la petite porte de l’handiphobie…. Les basses Oeuvres de Jean Michel Carré

Handicap & Libération sexuelle – NON au hold-up patriarcal

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J’ACCUSE

L’industrie mondiale du sexe et ses complices

entravent l’autonomie de toutes les femmes


par Lee Lakeman,

Vancouver Rape Relief Center

Allocution donnée au Tribunal populaire sur l’exploitation sexuelle commerciale organisé par la CLES en mars 2011 à Montréal.

Je tiens à joindre ma voix aux accusations portées ici contre l’industrie mondiale du sexe.

De fait, à partir de ma longue expérience de travail contre la violence sexiste, j’observe que l’industrie du sexe est coupable d’une prise de pouvoir qui étend son emprise sur notre gouvernement, sur notre collectivité et sur nos vies.

Pour s’en faire une idée, il faut considérer non seulement les actes individuels d’exploitation sexuelle et les prostitueurs individuels, mais aussi une industrie mondiale du sexe.

Observer les quantités incroyables d’hommes en cause : selon certaines statistiques, un homme sur sept achète régulièrement du sexe. Observer que les hommes de tous les pays et de toutes les classes sociales achètent du sexe.

Nous savons que les hommes de l’hémisphère Nord et de l’Occident en achètent partout dans le monde, à des femmes de toutes les classes et de toutes les races, parce qu’ils ont les moyens et le pouvoir de le faire impunément.

Il existe une hiérarchie d’exploitation qui est surtout basée sur l’appartenance de sexe, de classe et de race, et donc une hiérarchie de responsabilité basée sur cette même distribution hiérarchique.

La quantité de profits tirée de l’exploitation dans l’industrie du sexe dépasse l’entendement et demeure insondable ; les torts infligés sont inouïs, en dépit de ce que nous savons et entendons ici. Cette industrie est un système et non seulement un assemblage d’individus ou d’actes individuels d’exploitation ; c’est un casse-tête de relations humaines destructives et de processus antisociaux.

Je dis que la prostitution, la traite est surtout analysable comme une violence anti-femmes, c’est-à-dire un mécanisme de contrôle qui assujettit l’ensemble des femmes aux plans social, économique, civil et politique. Comme d’autres formes de violence anti-femmes, la prostitution, la traite est une force qui découle d’actes physiques individuels posés par chaque homme contre chaque femme.

Mais l’agrégat ou la somme des éléments individuels, forts de la collusion de tous les autres, devient une chose beaucoup plus imposante, un ensemble complexe de relations humaines, une structure plus lourde, une force de répression plus formidable.

La violence anti-femmes est un système

Quarante années à observer et combattre la violence et le viol conjugaux nous ont appris que chaque acte de violence sexiste se combine aux autres pour créer une force qui terrorise non seulement cette femme battue, violée ou prostituée présentement et à l’avenir, mais fait de sa subjugation un exemple par lequel terroriser même les femmes qui n’ont pas été attaquées, n’ont pas été battues ou violées cette fois-ci, n’ont pas été cette fois-ci jetées à genoux.

C’est ce que fait chaque acte réussi de violence contre une femme ou une fille.

Chaque réitération patriarcale de ce récit de subjugation devient une histoire nous invitant toutes à la prudence, un avertissement appuyé, un signal qu’en cas de transgression, nous pourrions devenir la prochaine à être battue ou violée, ou à voir nos enfants séduits, ou à être vendues, nous ou nos filles. Nous observons également que les femmes qui sont piégées par l’âge, par le mariage, par des handicaps ou la maladie, par la pauvreté et le racisme sont plus vulnérables aux hommes qui souhaitent s’en prendre à elles. Elles ont moins de voies d’échappement, moins de protecteurs, moins de mesures de sécurité, peu d’accès à la justice. Ce sont donc souvent ces femmes-là qui sont choisies pour cette violence sexiste.

Les femmes laissées avec des personnes à charge ; les vieilles, les jeunes, les malades et celles qui sont dépendantes seront choisies parce que les hommes connaissent et exploitent le fait que beaucoup d’entre elles endureront la violence anti-femmes plutôt que d’abandonner leurs responsabilités envers les personnes qui dépendent d’elles. Ce facteur est aussi vrai en prostitution que dans d’autres formes de violence sexiste, de l’inceste à la violence envers les femmes âgées.

Nous savons aussi que chaque acte de violence anti-femmes punit les femmes pour leurs actes de liberté. « Tu agis comme une lesbienne », dira-t-il ou « tu fais ta salope » ou « tu n’aurais pas dû te montrer en public » ou « sortir le soir » ou « t’habiller comme ça » ou « flirter » ou « être aussi bitch, agressive ». « Tu es une mauvaise mère », dira-t-il lorsqu’elle refuse de se soumettre devant ses enfants, ou « tu es une fille désobéissante » quand elle divulgue son inceste. « Tu aurais pu être en sécurité » si seulement tu avais travaillé pour un pimp ou pris suffisamment de temps pour l’observer, l’agresseur, par la fenêtre de son auto ou « engagé un garde du corps », « travaillé à l’intérieur » et fait ce qu’on te disait.

Seule, nous luttons contre chaque homme en position inégale de force physique, économique et sociale.

C’est de toutes ces manières que la violence anti-femmes constitue une force qui les contrôle une par une et les empêche d’exercer leur liberté.

Aucune femme ne devrait vivre dans l’esclavage de la dépendance

Beaucoup de femmes se voient forcées d’abdiquer leur accès à la sphère publique, y compris leur accès aux ressources publiques et à une vie publique et donc politique.

La violence anti-femmes est aussi une force qui empêche les femmes de se rassembler et d’agir en groupe pour progresser. Rassemblées dans la vie publique, nous posons des revendications dans nos communautés et aux urnes électorales. Nous pouvons réclamer que les revendications territoriales autochtones soient résolues, que la police réponde aussi rapidement aux appels des femmes pauvres qu’à ceux des femmes riches, que les hommes partagent les soins aux personnes dans la sphère privée, mais qu’ils partagent également la revendication de garderies publiques, de soins de santé publics et d’un système d’éducation public. Nous pouvons revendiquer que les hommes partagent la richesse de la planète en assurant des revenus décents garantis à chacune de nous, pour qu’aucune femme ne vive dans l’esclavage de la dépendance. Collectivement, nous pouvons insister pour que les frontières permettent aux femmes d’émigrer et pour que les ressources naturelles cessent d’être soumises à l’exploitation et à la destruction par les entreprises. Collectivement nous pouvons faire appliquer des lois qui interdisent aux hommes d’exploiter les femmes et les enfants où que ce soit.

La violence anti-femmes, y compris dans la prostitution, empêche individuellement et collectivement les femmes d’accéder à la liberté, de créer de la liberté, de lutter pour la liberté. La violence anti-femmes, y compris la prostitution, est à la fois une cause et un résultat de l’oppression des femmes et nous devons l’abolir.

Qu’est-ce que l’industrie du sexe au-delà de la violence de chaque homme ?

Le défi lancé à cette industrie implique des travailleuses volontaires, des clients, des promoteurs, des propriétaires et des agents de développement. Il met en lumière les relations humaines débilitantes et les processus socio-économiques criminellement destructeurs dont les femmes sont le matériau brut et les prostituées sont les produits, où l’hypersexualisation des fillettes est un processus industriel nécessaire et où les relations sexuelles entre êtres humains sont réduites au modèle économique brut de personnes qui vendent et de personnes qui achètent.

Mais les processus sociaux comprennent aussi des observatrices et des témoins ; les fillettes qui nous regardent reçoivent le message de ce qu’elles peuvent attendre d’actes de liberté, de relations sexuelles ; elles sont averties du type de relations sexuelles et économiques et sociales qui les attendent. Elles et nous devenons les personnes prostituées.

En dépit du féminisme, la libération des femmes n’est pas encore advenue. Nous vivons toutes encore dans le ventre de la bête qu’est le patriarcat.

Dans le processus de colonisation qui se poursuit avec la prostitution et la traite, les filles et les femmes autochtones sont servies comme autant de cibles à la rage sexualisée des hommes, aussi bien dans les réserves qu’à l’extérieur. Chassées de leur maison et de leur territoire par l’inceste, la violence conjugale et le viol, les femmes autochtones sont amenées par camion et ghettoïsées dans les quartiers appauvris des villes, ceux dévolus à la prostitution, où elles sont forcées à vivre en public et trop souvent mises à la merci des prostitueurs qui y traînent en voiture, condamnées au statut de « femmes de la rue », ayant plus de valeur mortes que vives.

Dans le travail de libération que nous menons depuis quatre décennies, nous du mouvement féministe avons créé pour beaucoup de femmes des possibilités d’instruction et d’emplois, des droits à une libre sexualité et à une liberté de procréation. Mais nous n’avons pas réussi à amener les hommes qui sont dans nos vies, que ce soit au Québec ou au Canada, à partager également le travail de prendre soin de nos parents, de nos enfants, de prendre soin les uns des autres ou de la collectivité.

Juste au moment où nous accomplissions ces quelques changements pour certaines femmes, le patriarcat est revenu à la charge avec un violent retour du bâton de la domination masculine, une mondialisation plus intense du capital et une nouvelle vague de l’impérialisme international qui ont fait disparaître tout autant de possibilités. En nous transférant les pertes qu’ils subissaient, les hommes ont aussi élargi un précipice de différences économiques entre les femmes.

Alors que nous, les femmes du Canada et du Québec, devenions moins tolérantes du sexisme, moins contraintes dans nos choix, les hommes qui sont dans nos vies ont refusé plus audacieusement de se rallier à la transformation sociale vers une égalité publique, des ménages égalitaires et une sexualité égalitaire.

Ils exigent encore que les femmes, n’importe quelle femme mais des femmes sous contrôle sexiste, prennent soin des bébés, des personnes âgées, des malades, du foyer et des besoins affectifs et sexuels fantasmés par les hommes.

Incapable de nous contraindre davantage en raison de la nécessité de notre travail hors du foyer et de notre résistance en tant que mouvement des femmes, ils ont prêté leurs voix, leur soutien politique et leurs votes au racket soutenu par le gouvernement de la prostitution et de la traite. Plutôt que changer, ils colonisent les femmes des Premières nations et importent des femmes du tiers monde pour leur déléguer ces actes de travail et de soumission.

Ce sont les programmes de « travailleuse invitée » et de « travailleuse domestique », où des bonnes d’enfants philippines et des ménagères latina et des préposées aux soins antillaises dans les hospices travaillent sans parité de salaire, sans les droits d’une citoyenne ou d’un avenir à titre de Canadienne, mais travaillent également sous la menace constante de l’exploitation sexuelle.

Elles font la part des hommes du travail de soin, et parfois aussi notre part, pour pouvoir envoyer leur chèque de paie à leurs enfants dans des pays dont les entreprises transnationales et les bandes criminelles continuent à piller et à exporter les ressources, dont parfois même les femmes.

Nous voyons les danseuses érotiques de l’Europe de l’Est, les travailleuses asiatiques en salons de massage et les escortes noires en sachant que les plus pauvres des femmes nées parmi nous ainsi que ces femmes importées et racisées se font imposer les actes « répugnants » (misogynes) de nourrir les égos masculins et de satisfaire une sexualité masculine « tordue » (sexiste) à laquelle nous-mêmes avons à peine ou partiellement échappé.

La mainmise des profiteurs sur notre gouvernement

La traite sexuelle aux fins de prostitution est maintenant une forme de commerce international dont les profits dépassent la traite de main-d’œuvre à rabais ; elle contribue à l’économie de plusieurs pays et la supplante souvent.

L’industrie du sexe fait cause commune avec d’autres systèmes lucratifs mondiaux du patriarcat. Ces systèmes concourent à réduire et à miner toute capacité pour nos gouvernements de réglementer et limiter, de contrôler ou de rejeter l’iniquité du capitalisme et la cruauté de la violence anti-femmes. Le néolibéralisme achète nos gouvernements et les reconfigure de manière à servir les profiteurs et non les femmes. Depuis 1995 au Canada, par à-coups mais systématiquement, les forces de la grande entreprise ont dicté leurs choix à nos gouvernements et les ont restructurés.

Le contrôle et l’accessibilité de barèmes décents d’aide sociale nous ont échappé, tout comme nous avons perdu des politiques humaines d’aide sociale, des critères intelligents et progressistes d’immigration, des droits du travail, des salaires adéquats, la sécurité de nos pensions, nos programmes d’aide juridique et de garderies, des foyers pour personnes âgées et des budgets pour les groupes de femmes.

Au lieu de la sécurité du revenu, on nous offre aujourd’hui de décriminaliser la prostitution.

Le gouvernement refuse de plus en plus de protéger les femmes de la violence sexiste en nous disant qu’en cette époque de privatisation, le gouvernement n’a aucune obligation de protéger les gens, et qu’au contraire, la liberté exige que chaque femme engage ses propres agents de sécurité, puis qu’elle engage ensuite des avocats afin d’intenter des poursuites pour pallier l’échec de cette privatisation de la protection contre la violence anti-femmes.

Le gouvernement nous dit et dicte aux tribunaux qu’il revient à chaque femme, isolément, de choisir un conjoint sécuritaire, un emploi sécuritaire et un endroit sécuritaire où vivre, bref de créer elle-même des conditions sécuritaires comme si nous pouvions nous défendre nous-mêmes des hommes qui choisiront de vendre à d’autres hommes de la violence sexiste comme gratification, et comme si nous pouvions détecter quand et lequel des hommes choisira de nous violer, nous battre ou nous tuer.

L’idéologie et la propagande de l’industrie du sexe

Le patriarcat, y compris le capitalisme, fonctionne également comme une religion et fait cause commune avec d’autres religions, du fait de gouverner à l’aide d’idées et de grand-prêtres en plus de le faire avec de l’argent et de la force brute.

Cette religion partage avec presque toutes les autres religions certaines idées communes : que les femmes ont moins de valeur, que les femmes et la sexualité des femmes doivent être contrôlées, que les hommes sont supérieurs et que les personnes subjuguées ont choisi leur condition, de sorte que les personnes qui sont au bas de l’échelle choisissent d’être au bas de l’échelle.

Dans la plus récente version du patriarcat, la version néolibérale, nous vivons un attachement quasi-religieux à l’individualisme concurrentiel, aux principes de chacune et chacun pour soi et de l’avarice comme normale, aux critères des profits de l’entreprise et du produit national brut comme seule mesure de la richesse et du bien-être de la collectivité. Nous vivons un délire écologique mondial qui atteint un niveau sans précédent.

Il est impossible de cloisonner et de détruire certaines parties du monde tout en en protégeant d’autres, impossible d’exploiter les femmes d’une partie du monde sans contaminer les rapports sociaux ailleurs.

L’exploitation des territoires et des ressources où vivent d’autres femmes les forcent à émigrer de leurs terres natales au Nord et en périphérie du Canada, ainsi que des régions les plus pauvres d’Afrique, d’Asie, des Antilles et de l’Amérique du Sud.

N’importe quelle carte de la traite des femmes et du tourisme sexuel vous démontrera que ces pratiques misent non seulement sur la domination des femmes par les hommes mais également sur des situations où la population est pauvre, pauvre au-delà de tout espoir.

Les capitalistes du patriarcat exigent des gouvernements locaux qu’ils participent à la subjugation des femmes et à l’accumulation des profits en adoptant des lois et des politiques en ce sens.

Le gouvernement conservateur Harper et chaque administration provinciale et municipale continuent, de concert avec d’autres forces patriarcales, à refuser de protéger les femmes de la violence, notamment en refusant de restreindre l’industrie du sexe. À ce jour, aucun parti politique provincial ou fédéral n’a pris parti pour l’abolition de cette forme de violence anti-femmes. Ils n’entravent ni la prostitution au pays, ni la traite internationale des femmes et des filles à des fins de prostitution.

Ils nous répètent, de manière honteuse, que la pénalisation des femmes pour le « crime » de pauvreté d’être prostituée – à l’échelle internationale ou nationale – est une affaire de « maintien de l’ordre public » tandis que la décriminalisation de l’industrie internationale du sexe est une opération justifiable au plan commercial.

Tout comme les actes de violence individuelle comptent, les actes de résistance individuelle comptent aussi. C’est ce que nous apprennent les témoignages individuels des femmes qui sont ici.

L’héroïsme qu’il y a à narrer sa vie de femme comme le récit d’une victoire a de la valeur pour le reste d’entre nous. Chaque femme qui a échappé ou qui a survécu à l’industrie du sexe et qui ose prendre la parole une fois et une fois encore crée une force, une force libératrice, et chacune d’entre nous qui redit son histoire et la nôtre comme un récit de dignité et d’héroïsme contribue à générer cette force.

L’humiliation que l’on ressent dans l’état de subjugation peut être rendue plus supportable par la compassion, mais elle est totalement transformée dans la solidarité d’une action libératrice.

De façon similaire, l’humiliation que l’on ressent à constater la subjugation des femmes est transformée du fait d’assister et de participer à leur libération.

J’accuse

J’accuse le patriarcat, sous sa forme de l’industrie mondiale du sexe, d’être en collusion avec des hommes individuels pour dominer et écraser des femmes individuelles dans notre recherche de sûreté, de sécurité et de liberté.

J’accuse l’industrie du sexe de dominer, d’écraser et de saper la solidarité que nous avons générée dans nos communautés avec une propagande commerciale insensée sur les choix des femmes et les droits des hommes.

Je les accuse de mentir pour camoufler le pouvoir en publiant et en diffusant de la propagande défaitiste sur la soi-disant impuissance du gouvernement à instaurer des mesures allant au-delà du maintien de l’exploitation, au-delà de la loi du commerce.

J’accuse l’industrie internationale du sexe de saper, de dominer et d’écraser le peu de démocratie que les femmes ont réussi à obtenir des gouvernements.

Ils dérogent aux instruments internationaux et à des ententes comme l’Accord de Palerme.

Le mouvement international des femmes et les hommes de bonne volonté veulent s’assurer mutuellement d’une protection des femmes et des filles face à l’exploitation commerciale et face à la négligence où l’État laisse les femmes, et ils veulent confirmer au sein de la population ordinaire que les femmes ont un droit naturel et choisi à vivre dans la paix et la liberté.

La violence anti-femmes, y compris la prostitution, sera abolie.

Traduction : Martin Dufresne et Michèle Briand. Version originale anglaise. Mis en ligne sur Sisyphe, le 18 avril 2011.

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Pourquoi je hais les hommes

« I will say loud and proud, yes, today I hate men, and will tomorrow and the day after. But only the men who perpetrate these crimes against my sisters, and those who do nothing to stop it. »

« Listening to the news on the radio yesterday I mistakenly assumed it was a programme dedicated to men’s violence against women and children. First there was the case of the mother and her four daughters who were burned to death. Then the case of the woman murdered by her jealous ex-boyfriend after a campaign of harassment. Then the man who killed three children and their stepfather by torching their home as they slept, because his 16 year old girlfriend had « rejected » him. He had killed a woman previously when she ended their affair, but the jury in its wisdom decided he had been « provoked » and found him not guilty of murder. He served three years and came out to kill four others. Oh, and let’s not forget the teenager raped in a park by 8 men, « allegedly » of course.

A quick trawl of other news stories this week where men have raped, tortured, killed and abused women and children produced the following:

Man given six year in prison for raping woman for being a lesbian; student union president in rape trial for raping fresher; man kills daughter in revenge for « wife cheating »; man who killed whole family after being released previously for killing girlfriend given 35 years in prison; man arrives back in UK after trial for killing girlfriend collapses; gang rapist jailed, four walk free; man on trial for killing wife; woman beaten for saying Ronaldo is gorgeous; human rights guidelines to be changed after woman murdered by paroled rapist.

These are cases reported in national newspaper, over the past 4 days, and there are more I did not include. The irony is I and other feminists who fight against male violence towards women and children are labelled « man haters ». Am I missing something? It is men who hate women, going on the evidence of the above cases, and the millions of incidents of battery, child sexual abuse, rape, sexual harassment, torture and murder of women and girls by boys and men.

Before the misogynists start ranting on about how many men are abused by women, how many women kill their children, etc, etc, don’t bother. Every piece of credible research produced in every country in the world where this work has been done shows that sexual and domestic violence is committed overwhelmingly by men against females. The men who regularly get very offended on this blog, protesting that they have never hurt a fly, probably do not do an awful lot to stop other men harming women. Where are men’s voices of protest in this war against women? When can we expect your support in reducing numbers of females killed and raped by men? I will not be holding my breath, but in the meantime, I will say loud and proud, yes, today I hate men, and will tomorrow and the day after. But only the men who perpetrate these crimes against my sisters, and those who do nothing to stop it. Are you in either one of those categories? If so, then I despise you. »

Julie Bindel, 2 nov. 2006, pour The Guardian,

En vrac, quelques motifs de haine, en réponse à la leur.

et si ça marque, c’est pas du jeu ?


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Pourquoi la porno concerne les féministes

« Pornography is an essential issue because pornography says that women want to be hurt, forced, and abused; pornography says women want to be raped, battered, kidnapped, maimed; pornography says women want to be humiliated, shamed, defamed; pornography says that women say No but mean Yes–Yes to violence, Yes to pain. (…)

Pornography perpetuates the distrust of women for women by perpetuating the object status of women; pornography perpetuates the demeaning and degrading of female intelligence and creativity by perpetuating the object status of women. (…)

Pornography gives us no future  Pornography robs us of hope as well as dignity; pornography further lessens our human value in the society at large and our human potential in fact; pornography forbids sexual self-determination to women and to children; pornography uses us up and throws us away; pornography annihilates our chance for freedom. »

Andrea Dworkin

« Why Pornography Matters to Feminists, »

first published in Sojourner, Vol. 7, No. 2, October 1981

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